Russie 1812

Entretiens

Des conversations longues avec des acteurs du moment, construites comme des lectures de situation plutôt que comme de simples citations.

Juin–décembre 1812

Entretien

Entretien | « Nous marchons pour la Pologne » — un officier de nos lanciers polonais, au bivouac sur le Niémen

Ils sont près de cent mille sous nos aigles, le plus fort contingent après les Français, et nul ne passe le fleuve d’un pas plus résolu. Depuis que l’Empereur, dans sa proclamation, a nommé « seconde guerre de Pologne » la campagne qui s’ouvre, un espoir vieux de vingt ans remonte dans les rangs polonais. Nous avons recueilli, au bivouac, les propos d’un officier subalterne de nos chevau-légers lanciers — un homme qui espère la résurrection de sa patrie sans encore oser la tenir pour promise.

Sur les bords du Niémen, 24 juin 181215 min
Entretien

Entretien | « On coupe pour sauver » — Un chirurgien-major raconte les ambulances de la Moskova

Derrière la ligne de feu, à quelques centaines de toises de la grande redoute, les ambulances n’ont pas désempli de la journée. Les voitures légères imaginées par le baron Larrey pour porter les chirurgiens au plus près des rangs ont ramené sans relâche leur charge d’hommes brisés par le canon. Nous avons trouvé, au soir de la plus grande bataille qu’on ait vue, un chirurgien-major du service des ambulances, le tablier raidi, la scie encore à portée de main. Il a bien voulu dire ce qu’est son métier les jours de bataille : couper vite, couper tôt, et disputer à la gangrène le peu qu’on peut lui reprendre.

Aux ambulances de la Moskova, 8 septembre 181215 min
Entretien

Entretien | « Qui a mis le feu à Moscou ? » — Le comte Rostopchine, gouverneur, répond à nos questions

On l’accuse, dans toute la Grande Armée, d’avoir ordonné de réduire en cendres l’antique capitale des tsars avant de l’abandonner à nos troupes. Les preuves, dit-on, s’accumulent : les pompes à incendie emmenées, les forçats lâchés, les foyers rallumés à mesure qu’on les éteignait. Le comte Fédor Vassilievitch Rostopchine, gouverneur général de Moscou, nie tout. Mais il nie d’une manière singulière — en accusant les nôtres, en invoquant un peuple qui se serait brûlé lui-même, en se réfugiant dans une grandeur antique. Entretien reconstitué, où l’homme esquive autant qu’il répond.