Montoire, octobre 1940

Entretiens

Des conversations longues avec des acteurs du moment, construites comme des lectures de situation plutôt que comme de simples citations.

24-30 octobre 1940

Entretien

« Ce que l’on peut — et ne peut pas — savoir »

Trois jours après la poignée de main de Montoire, tout n’est pas dit, et beaucoup ne sera peut-être jamais dit. Pour démêler le sûr du supposé, nous avons réuni les notes d’un confrère qui passe ses journées à recouper la presse autorisée des deux zones, la rumeur des files d’attente et ce qui filtre des radios étrangères. Un long entretien sur le peu que l’on sait, le beaucoup que l’on ignore, et la manière dont l’information circule — ou ne circule pas — dans la France d’octobre 1940.

27 octobre 1940, 10h0016 min
Entretien

« Le quai vidé de ses hommes »

Il tient un quai de la gare de Montoire depuis des années. Ces derniers jours, on l’en a écarté sans un mot d’explication : sa gare a été nettoyée, repeinte, bouclée, puis confiée à d’autres, des cheminots allemands, tandis qu’on lui ordonnait de se taire et de rester chez lui, volets clos. Il a vu passer des trains lourds, un tapis rouge déroulé sur son quai, des plantes en pots qu’il n’avait jamais vues. Il a peut-être croisé, sans le savoir, un homme dont on parle aujourd’hui dans tout le pays. Ce soir, une heure après l’allocution du maréchal à la radio, il met enfin un nom sur ce qu’il a subi.