De Manzikert à Plaisance : ce que l'Orient réclamait
Pourquoi ce sermon, et pour répondre à quoi ? Rétrospective du recul chrétien depuis Manzikert (1071) jusqu'à l'ambassade de Plaisance (mars 1095), carte à l'appui — et l'écart, laissé ouvert, entre ce que Byzance demandait (des renforts) et ce que le pape proclame (un pèlerinage armé), rapporté par un clerc informé venu de Plaisance.
Le recul chrétien en Orient, de Manzikert à Clermont
Vingt-quatre années de revers pour les chrétiens d'Orient, telles qu'on peut les reconstituer en Auvergne à la fin de novembre 1095 : la déroute des Grecs à Manzikert, la perte de l'Asie et de Jérusalem, puis l'appel de secours porté à Plaisance, huit mois avant le sermon de Clermont. Les dates et les frontières venues d'Orient nous parviennent lentes et brouillées ; elles valent en ordre de grandeur.
Défaite de Manzikert1071
L'empereur des Grecs Romain IV Diogène est vaincu et capturé par le sultan seldjoukide Alp Arslan.
Ambassade de Plaisancemars 1095
Les envoyés de l'empereur Alexis Comnène réclament devant le pape des renforts militaires occidentaux contre les Turcs.
Départ fixé15 août 1096
L'expédition annoncée à Clermont doit se mettre en route à la fête de l'Assomption de l'année prochaine.
Confirmé
Manzikert
L'armée byzantine écrasée aux confins d'Arménie ; l'empereur Romain IV Diogène fait prisonnier, puis écarté du trône à son retour.
Incertain
Jérusalem aux Turcs
Au fil des années 1070, les Seldjoukides prennent la Syrie-Palestine, dont Jérusalem ; la date exacte du changement de maître se rapporte diversement.
Confirmé
Alexis Comnène empereur
Monté sur le trône de Constantinople, il défend un empire amputé de la plus grande part de l'Asie et recourt de longue date à des combattants d'Occident.
Confirmé
Concile de Plaisance
Les ambassadeurs d'Alexis exposent le péril turc et demandent des renforts ; le pape exhorte les fidèles à secourir l'Orient chrétien.
Confirmé
Sermon de Clermont
Urbain II appelle la chevalerie d'Occident à marcher au secours de l'Orient et vers Jérusalem, avec remise de pénitence pour qui part par dévotion.
Entretien
Le grand entretien du jour
La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.
Deux portraits : Urbain II, moine de Cluny et pape de la réforme grégorienne, en lutte contre l'empereur Henri IV et l'antipape Clément III ; et Adhémar du Puy, l'évêque désigné légat, que la tradition dit premier à prendre la croix au pied de la tribune.
Dès le lendemain du sermon, le riche et vieux baron du Midi fait porter son adhésion. Le fait, et le portrait de Raymond de Saint-Gilles, premier grand seigneur à répondre.
La milice du siècle devient-elle celle du Christ ?
L'appel partage les esprits. Un clerc favorable y voit la milice du siècle devenue milice du Christ ; un chevalier d'Auvergne rapporte ses impressions encore flottantes au sortir du sermon ; un homme de peine avoue la tentation de la remise des péchés ; un moine sceptique rappelle que le vrai pèlerin porte un bourdon, non une épée.