Louis XVI 1793

Entretiens

Des conversations longues avec des acteurs du moment, construites comme des lectures de situation plutôt que comme de simples citations.

Janvier 1793

Entretien

Entretien | M. de Malesherbes, défenseur du roi au lendemain du vote de la mort : « J’ai passé ma vie à réclamer des juges impartiaux ; il m’en manque un aujourd’hui »

À soixante et onze ans, l’ancien ministre de la Maison du roi s’est offert de lui-même pour défendre Louis Capet. La nuit dernière, la Convention a prononcé la mort à quelques voix de majorité ; reste à débattre le sursis. Le vieux magistrat reçoit notre correspondant. Il dit l’impossibilité, à ses yeux, d’un jugement où la même assemblée accuse, juge et fait la loi ; il rappelle ce qu’il a vu et entendu auprès du roi ; et il ne cache pas ce qu’il espère encore. Un long entretien avec l’homme qui, des trois défenseurs, est le plus proche du prisonnier du Temple.

17 janvier 179315 min
Entretien

Entretien | Un conventionnel girondin au lendemain du rejet de l’appel au peuple : « Nous voulions que ce fût la nation qui frappe, et non un parti »

Partisan de soumettre la peine au peuple, il a vu sa proposition rejetée par l’appel nominal du 15 janvier, puis la mort prononcée contre Louis Capet, puis, la veille encore, le sursis écarté à son tour. L’exécution est attendue pour demain. Il dit son trouble : la peur d’un jugement de parti, le poids du vote où il a fallu se lever pour décider de la vie d’un homme, le précédent de l’Anglais Charles Ier, et ce qu’il en coûte à un républicain de faire mourir au nom de la République. Un long entretien à chaud, quand tout recours est épuisé et qu’il ne reste que l’attente.

20 janvier 179317 min
Entretien

Entretien | Sur la place, ce matin-là : « On attendait je ne sais quoi, et il est tombé un grand silence »

Il était de faction dans le cordon, sur la place de la Révolution, ce 21 janvier. Garde national, patriote, il a tenu la ligne, transmis la consigne du silence, entendu les tambours couvrir la voix du condamné, vu le couperet tomber et la tête montrée à la foule. Il dit le froid, l’attente, et surtout ce silence pesant qu’il a contribué à faire et qui l’a saisi lui-même. Pas d’allégresse unanime dans sa bouche, mais un trouble : les uns ont crié « Vive la République ! », d’autres sont restés muets. Un entretien à chaud, deux jours après, avec un homme qui a fait le silence autant qu’il l’a subi.