L'abjuration d'Henri IV, 1593

Entretiens

Des conversations longues avec des acteurs du moment, construites comme des lectures de situation plutôt que comme de simples citations.

23-28 juillet 1593

Entretien

« C’est moi qui le recevrai, et moi qui l’absoudrai » — l’archevêque de Bourges sur l’instruction du roi et le droit qu’il y engage

À deux jours de la cérémonie prévue à Saint-Denis, Renaud de Beaune, archevêque de Bourges et grand aumônier de France, conduit l’instruction du roi. Il a bien voulu nous dire comment se mènent ces conférences, ce que le prince concède et ce qu’il dispute, et de quel droit des prélats français prétendent recevoir un prince excommunié et relaps sans mandat exprès de Rome — une difficulté qu’il ne cherche pas à masquer.

23 juillet 159313 min
Entretien

« Ce que le pape a lié, un archevêque ne le délie pas » — un docteur de Sorbonne récuse l’absolution de Saint-Denis

À Saint-Denis, ce jour, des prélats français ont reçu à l’Église le roi de Navarre sans que Rome y eût part. Pour la faculté de théologie de Paris, acquise à la Sainte Union, cette absolution ne tient pas. Nous avons recueilli l’un de ses docteurs, qui expose, article par article, pourquoi il la tient pour nulle et réclame le recours au Saint-Siège. C’est la parole d’un camp, argumentée en théologien ; Aujourd’hui la rapporte sans la faire sienne.

25 juillet 159313 min
Entretien

« Nous l’avons pressé sur les points de la foi » — un docteur de l’instruction raconte les séances de Saint-Denis

Avant d’abjurer devant l’archevêque de Bourges, le roi a été instruit plusieurs jours durant, à Saint-Denis, par les prélats et les docteurs appelés à cet office. L’un d’eux, qui a pris part aux conférences et notamment à la longue séance de vendredi, a bien voulu nous dire sur quels points on a pressé le prince, ce qu’il a concédé et ce qu’il a disputé — et de quelle prudence un homme d’Église doit user quand il s’agit de juger la conscience d’un roi.

26 juillet 159313 min
Entretien

« Dans Paris, on a faim et on est las de la guerre » — un bourgeois de la ville pèse la nouvelle de Saint-Denis

Paris tient toujours pour la Ligue, portes closes, garnison en armes et prédicateurs en chaire. À trois jours de l’abjuration du Béarnais à Saint-Denis, nous avons recueilli, sous le sceau de la prudence, un marchand de la ville. Il ne se déclare pour personne — la ville étant ce qu’elle est — mais il dit la lassitude, la cherté du pain et le poids des soldats du roi d’Espagne, et il se demande tout haut si un roi redevenu catholique rendrait le pain et la paix. Aujourd’hier rapporte sa parole sans la faire sienne.

28 juillet 159313 min
Entretien

« Je sers ce roi depuis Ivry, et il vient d’abjurer ma foi »

Quelques jours après que le roi a ouï la messe à Saint-Denis, nous avons rencontré, sous les murs de Paris, un capitaine gascon de l’armée royale, de la Religion. Il a porté les armes pour ce prince à Coutras, à Arques, à Ivry ; il l’a suivi quand il n’était que roi de Navarre et le chef de leur parti. Aujourd’hui, il se demande à voix haute ce qu’il doit à un maître qui vient de quitter la foi pour laquelle les siens sont morts. Aujourd’hier rapporte ses paroles sans les faire siennes.