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Gravure en coupe montrant le massacre de protestants dans une grange à Wassy, soldats armés attaquant des fidèles désarmés sous une charpente ouverte

Wassy : deux récits d’un même dimanche, et rien pour les départager

Franz Hogenberg, gravure du massacre de Wassy (fin du XVIᵉ siècle) — domaine public (Wikimedia Commons).

La nouvelle du sang versé dimanche dernier en Champagne est arrivée jusqu’à nous, mais elle nous arrive double. Les gens du duc de Guise et ceux de la religion racontent la même matinée de deux manières qui ne se rejoignent en aucun point. Nous les rapportons côte à côte, sans prétendre dire laquelle est la vraie : nous n’en avons pas les moyens.

La rédaction d’Aujourd’hier 6 mars 1562 7 min
Wassy, 1er mars 1562

Deux récits, point par point

De ce qui s’est passé dans la grange de Wassy le dimanche 1er mars, il nous parvient deux récits inconciliables : celui des gens du duc de Guise et celui de ceux de la religion. Nous les rangeons ici côte à côte, point litigieux par point litigieux, chacun attribué à son camp — sans arbitrer. AUCUNE des deux colonnes n’est validée : nous ne disposons d’aucun témoignage neutre, et il ne nous appartient pas de dire laquelle dit vrai. En particulier, la préméditation n’est pas tranchée : nul, à cette date, ne peut établir si le duc est venu pour faire cesser un culte ou pour tuer. Ce tableau met les versions en regard ; il ne les départage pas.

Nature de l’assemblée Culte réformé dans une grange, à quelques pas de l’église

Version catholique : assemblée illégale, un prêche tenu dans les murs de la ville, en violation de l’édit de janvier qui ne tolère le culte réformé qu’hors les murs des villes closes. — Version protestante : assemblée de fidèles réunis pour prier, que rien n’autorisait à venir troubler par les armes.

Qui a commencé ? Premier geste attribué au camp adverse par chacun

Version catholique : les gens du duc, venus faire cesser l’assemblée, auraient été accueillis à coups de pierres, voire visés par des arquebuses depuis la grange ; la tuerie serait une riposte qui a dégénéré. — Version protestante : des fidèles désarmés surpris en pleine prière, sans provocation de leur part, provoqués et attaqués délibérément.

Le duc frappé ? Une pierre reçue par le duc — allégation d’un seul camp

Version catholique : le duc lui-même aurait été atteint par une pierre lancée depuis l’assemblée, ce qui aurait déclenché ou justifié la charge de ses gens. — Version protestante : rien de tel ; le coup prêté au duc servirait à couvrir après coup une tuerie voulue.

Les cris « Tuez-les tous » — rapporté par un camp, nié par l’autre

Version catholique : on ne reconnaît pas de tel mot d’ordre ; ce qui s’est fait aurait été le fait d’une échauffourée. — Version protestante : les gens du duc auraient frappé aux cris de « tuez-les tous ». Nous donnons ces mots comme dits d’un camp, jamais comme parole établie.

Préméditation Indécidable à cette date

Version catholique : nulle intention de tuer ; le duc voulait faire cesser un culte illégal, et les choses ont dégénéré. — Version protestante : massacre prémédité, provocation délibérée du duc. — Nous ne tranchons pas : rien, sur le moment, ne permet d’établir l’intention.

Bilan humain De l’ordre de 25 à 50 morts, 150 à 200 blessés

Les deux camps s’accordent sur des victimes nombreuses — des femmes et au moins un enfant parmi les morts —, mais non sur leur nombre. Aucun décompte sûr : les chiffres avancés vont jusqu’à quelque soixante-dix morts. Le pasteur, blessé, a été arrêté et conduit prisonnier à Saint-Dizier.

Rapporté

Le duc et son escorte à Wassy

Le duc de Guise, avec une escorte d’environ deux cents gens d’armes, se trouve à Wassy, qui relève du douaire de sa nièce Marie Stuart. À quelques pas, une assemblée réformée est réunie dans une grange. L’heure exacte n’est pas fixée par les récits.

Incertain

L’affrontement éclate

Ce qui met le feu aux poudres — sommation, pierres, arquebuses, provocation — est précisément le point sur lequel les deux camps se contredisent. Nous ne le fixons pas.

Incertain

La tuerie

Nombreuses victimes dans et autour de la grange. Le pasteur est blessé et arrêté. Riposte dégénérée pour les uns, massacre voulu pour les autres.

Rapporté

Deux récits partent de Champagne

Chaque camp porte sa version ; elles se répandent séparément. C’est de cette divergence, non d’un fait unique et sûr, que nous rendons compte.

Aucune source neutre. Chaque colonne émane d’un camp : nous n’avons ni témoin extérieur ni pièce qui permette de départager. Les présenter en parallèle, sans arbitrage, est le seul parti honnête.

On compte déjà plus de quatre-vingts versions de cette journée. L’absence de vérité tranchée n’est pas un manque de ce tableau : elle EST l’information qu’il porte.

La préméditation reste indécidable. Nous n’écrivons ni « ce qui s’est vraiment passé », ni laquelle des deux colonnes dit vrai.

La légende de douze cents victimes court déjà : nous ne la reprenons pas. Elle est matériellement invraisemblable au regard de la taille de la grange. Les chiffres retenus ne sont donnés qu’en ordres de grandeur, tous contestés.

Ce dimanche-là, heure par heure

Le premier avis venu de Champagne et le fil reconstitué de la journée : ce que l’on a d’abord su, avant que les deux récits complets ne remontent à Paris.

En direct Fil du jour — récit fragmentaire, en cours d’établissement

Wassy, dimanche : du sang dans une grange, aux portes de l’église

Fil reconstitué du dimanche 1er mars. Une assemblée de la religion réformée, réunie dans une grange, a été attaquée par les gens du duc de Guise, de passage en la ville. On compte de nombreux morts. L’heure, l’ordre des faits et le bilan demeurent incertains.

Ce que ce fil est, et ce qu’il n’est pas

Nous n’avons pas d’envoyé sur place et aucune relation d’un témoin neutre ne nous est parvenue. Ce qui suit n’est pas un compte rendu heure par heure : c’est une reconstitution, dressée le soir même à partir de bribes venues de Wassy et des bourgs voisins. Les horaires manquent ; nous nous en tenons à des repères vagues (« pendant le prêche », « dans la matinée », « au milieu du jour »). Sur l’enchaînement des faits, deux récits s’opposent déjà, l’un du côté du duc, l’autre du côté des réformés, et nous ne sommes pas en mesure de les départager.

Une assemblée réformée réunie dans une grange

Ce dimanche matin, ceux de la religion nouvelle tenaient prêche à Wassy, non dans un temple mais dans une grange, à quelques pas de l’église. On parle d’une assemblée nombreuse — cinq cents fidèles selon certains, davantage selon d’autres —, hommes, femmes et enfants venus pour l’office et le chant des psaumes. Le nombre exact nous échappe. L’édit signé à Saint-Germain au mois de janvier autorise le culte réformé hors les murs des villes closes ; une assemblée tenue dans les murs prête, elle, à contestation.

La troupe du duc de Guise entre en ville

François de Lorraine, duc de Guise, se rendait à Paris avec sa suite lorsqu’il a fait halte à Wassy, terre qui relève du douaire de sa nièce Marie Stuart. Il chevauchait avec son escorte, forte, dit-on, de quelque deux cents gens d’armes — chiffre à prendre pour approximatif. On rapporte qu’en ville il aurait appris la tenue du prêche, et que le son des cloches, sonnant à une heure inaccoutumée, l’aurait averti de l’assemblée. Ce qui s’est dit alors dans son entourage, et qui a poussé à intervenir, n’est pas établi.

Deux récits d’une même altercation

C’est ici que les versions se séparent, et nous les donnons l’une et l’autre, sans trancher. Du côté des gens du duc, on tient que ses hommes, s’approchant de la grange pour faire cesser une assemblée illégale, ont été accueillis à coups de pierres, voire visés par des arquebuses tirées du dedans ; la tuerie n’aurait été qu’une riposte qui a dégénéré. Du côté des réformés, on parle d’une agression délibérée contre des fidèles sans armes. Qui a porté le premier coup, nul ici ne peut le dire avec certitude.

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Le bilan que l’on ne connaît pas

Combien de morts ? Ce que l’on ne sait pas

Il n’existe aucun décompte sûr de ce qui s’est passé dans la grange de Wassy. Tous les nombres qui circulent proviennent de récits partisans, catholiques ou réformés, et varient du simple au triple. L’absence de bilan certain est, ici, l’information : nous donnons des fourchettes, jamais un total sec.

Morts ~25 à 50

Jusqu’à ~74 selon certains décomptes ; les sources partisanes divergent fortement. Femmes et au moins un enfant parmi les victimes.

Blessés ~150 à 200

Ordre de grandeur avancé par les récits ; le pasteur figure parmi les blessés.

Fidèles présents chiffres contestés (de quelques centaines à plus d’un millier)

On lit « 500 » comme « 1 200 » selon les plumes ; aucun effectif fiable de l’assemblée.

Versions recensées plus de 80

Autant de récits de l’épisode, sans qu’aucun puisse être tenu pour le vrai.

La rumeur des 1 200 morts invraisemblable

La grange n’aurait matériellement pu contenir ni abriter une telle foule : un chiffre de propagande, cité seulement pour être écarté.

Aucune source neutre : chaque total sert un camp. Ne pas prendre un nombre pour argent comptant.

Les fourchettes retenues valent comme ordres de grandeur, non comme un bilan arrêté.

La même matinée, racontée des deux bords

Un rescapé réformé de la grange, un homme d’armes de l’escorte du duc : deux témoignages d’un seul côté chacun, mis en regard sans que le journal départage.

Entretien

Le grand entretien du jour

La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.

Entretien

Le grand entretien du jour

La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.

Dans les murs ou hors les murs ? Le droit en litige

Wassy relève du douaire de Marie Stuart, nièce du duc ; l’édit de janvier ne tolère le culte réformé qu’hors les villes closes. De cette frontière incertaine dépend la légalité de l’assemblée — au moment même où le parlement de Paris se résout enfin à enregistrer l’édit.

Analyse

Wassy, terre de la reine et du duc : le droit lui-même est en litige

La bourgade de Champagne où le sang a coulé dimanche relève du douaire de la reine Marie Stuart, nièce du duc de Guise, et le quartier du château y appartient à la maison de Lorraine. De ce lien seigneurial, les catholiques tirent que « le duc était chez lui, dans son droit ». Reste la question qui décide de tout et que personne ici ne sait trancher : l’assemblée se tenait-elle dans les murs, ou hors les murs ?

6 mars 1562 6 min

Le grand capitaine et le ministre de la grange

Le duc de Guise, premier soldat du royaume, l’escorte en armes qui le ramenait à la cour, et Léonard Morel, le pasteur pris et emmené prisonnier à Saint-Dizier : les figures que Wassy met face à face.