À la une
Portrait en buste du maréchal Michel Ney en uniforme de maréchal d'Empire.

Coup de tonnerre : le maréchal Ney passe à Bonaparte

François Gérard, « Portrait du maréchal Ney, duc d'Elchingen, prince de la Moskova » (vers 1805) — domaine public (Wikimedia Commons).

Envoyé par le Roi pour barrer la route à l’usurpateur, le prince de la Moskova a, dit-on, proclamé à ses troupes que « la cause des Bourbons est à jamais perdue ». À Paris, la stupeur est à la mesure de l’espérance qu’on avait mise en lui.

Hippolyte Vannard 17 mars 1815, 07h00 5 min
Entretien

Le grand entretien du jour

La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.

Un député des départements, gentilhomme royaliste de l’Ouest attaché à la Charte, présent à la séance royale du 16 mars 1815 (personnage fictif et composite reconstitué)

Entretien | Un député de l’Ouest, au lendemain de la séance royale : « J’ai vu le Roi jurer de mourir pour la Charte ; qu’un maréchal l’ait trahi n’ôte rien à ce serment, il l’agrandit »

Gentilhomme d’un département fidèle de l’Ouest, royaliste attaché à la Charte, il siège à la Chambre des députés et se trouvait hier, 16 mars, sur les bancs lorsque Sa Majesté est venue en personne engager sa parole devant les deux Chambres. Ce matin, comme tout Paris, il apprend le ralliement du maréchal Ney — celui-là même qui avait promis de ramener Bonaparte enchaîné. Entre l’émotion de la séance royale et le coup que porte cette défection, il dit l’état d’âme de la France fidèle : l’honneur qu’on trahit, la foi qu’on garde, et cette conviction qu’il oppose aux aigles revenues — que la Charte est un rempart plus sûr qu’une épée qui tourne.

Monsieur le député, vous étiez hier à la séance royale. Décrivez-nous ce que vous avez vu lorsque le Roi est entré dans la salle.

Je n’oublierai pas cette entrée de ma vie, monsieur, quand j’aurais l’âge du Roi lui-même. Sa Majesté est venue appuyée sur le bras de ses officiers, la démarche entravée par le mal qui l’accable, et cette lenteur même, loin de diminuer la scène, lui donnait je ne sais quoi de plus grave et de plus touchant. Toute la salle s’est levée d’un mouvement ; les chapeaux ont volé, les tribunes ont crié « Vive le Roi ! », et j’ai vu pleurer autour de moi des hommes que l’on n’imaginerait pas capables d’une larme. Nous étions là, députés des départements, pairs de France, princes du sang, tous serrés dans un même sentiment. On avait beau savoir la menace qui remonte du Midi, dans cette salle, en cet instant, la France paraissait entière et debout derrière son Roi.

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17 mars 181517 min
Contexte

L’Europe en congrès : que feront les souverains réunis à Vienne ?

Depuis l’automne, les cabinets de l’Europe siègent à Vienne pour rebâtir le continent après la chute de l’Empire. Le débarquement de Bonaparte les surprend au milieu de leurs querelles, la Pologne et la Saxe les ayant naguère menés au bord de la rupture. Tiendront-ils le retour de l’Empereur pour une affaire intérieure de la France, ou pour un défi à relever ensemble ? À l’heure où nous écrivons, la réponse des chancelleries n’est pas parvenue à Paris.

17 mars 1815, 09h00 5 min
Infographie

Sur les pas de l’Aigle : la remontée, jour après jour

Repères de rédaction pour suivre la remontée, étape par étape, depuis le débarquement au golfe Juan. Les dates établies sont distinguées de celles qui nous parviennent encore incertaines.

Au départ environ un millier d’hommes

La petite troupe embarquée à Portoferraio : grenadiers de la garde, chevau-légers polonais et quelques pièces, débarqués au golfe Juan.

Itinéraire par les Alpes, puis le Jura

La colonne a remonté par Grasse, Sisteron et Gap, puis gagné Lyon et le Jura.

Villes ralliées Grenoble, Lyon…

Les places et les troupes envoyées pour l’arrêter passent l’une après l’autre sous l’aigle, sans combat rapporté.

Étapes encore incertaines Lyon (9-10 mars), le ralliement de Ney (13-15 mars)

Les dates de l’entrée à Lyon et du ralliement des troupes du maréchal Ney dans le Jura nous parviennent contradictoires.

Confirmé

Départ de Portoferraio

La petite flottille quitte l’île d’Elbe et fait voile vers la côte de Provence.

Confirmé

Débarquement au golfe Juan

La troupe prend pied entre Cannes et Antibes ; elle évite Antibes et s’engage par la montagne.

Confirmé

Grasse, Castellane, Digne, Sisteron, Gap

La colonne remonte par les Alpes, évitant la vallée du Rhône réputée hostile.

Confirmé

Laffrey

Face aux troupes royales envoyées l’arrêter, sur la route de Grenoble.

Confirmé

Grenoble

Les portes de la ville s’ouvrent dans la nuit.

Incertain

Lyon

Entrée dans la deuxième ville du royaume ; la date précise nous parvient encore incertaine.

Incertain

Lons-le-Saunier

Les troupes rassemblées dans le Jura sous le maréchal Ney basculent ; le moment exact reste à confirmer.

Confirmé

Auxerre

Séjour en cours sur l’Yonne, dont nous parviennent les premières nouvelles.