Un député des départements, gentilhomme royaliste de l’Ouest attaché à la Charte, présent à la séance royale du 16 mars 1815 (personnage fictif et composite reconstitué)
Entretien | Un député de l’Ouest, au lendemain de la séance royale : « J’ai vu le Roi jurer de mourir pour la Charte ; qu’un maréchal l’ait trahi n’ôte rien à ce serment, il l’agrandit »
Gentilhomme d’un département fidèle de l’Ouest, royaliste attaché à la Charte, il siège à la Chambre des députés et se trouvait hier, 16 mars, sur les bancs lorsque Sa Majesté est venue en personne engager sa parole devant les deux Chambres. Ce matin, comme tout Paris, il apprend le ralliement du maréchal Ney — celui-là même qui avait promis de ramener Bonaparte enchaîné. Entre l’émotion de la séance royale et le coup que porte cette défection, il dit l’état d’âme de la France fidèle : l’honneur qu’on trahit, la foi qu’on garde, et cette conviction qu’il oppose aux aigles revenues — que la Charte est un rempart plus sûr qu’une épée qui tourne.
Monsieur le député, vous étiez hier à la séance royale. Décrivez-nous ce que vous avez vu lorsque le Roi est entré dans la salle.Je n’oublierai pas cette entrée de ma vie, monsieur, quand j’aurais l’âge du Roi lui-même. Sa Majesté est venue appuyée sur le bras de ses officiers, la démarche entravée par le mal qui l’accable, et cette lenteur même, loin de diminuer la scène, lui donnait je ne sais quoi de plus grave et de plus touchant. Toute la salle s’est levée d’un mouvement ; les chapeaux ont volé, les tribunes ont crié « Vive le Roi ! », et j’ai vu pleurer autour de moi des hommes que l’on n’imaginerait pas capables d’une larme. Nous étions là, députés des départements, pairs de France, princes du sang, tous serrés dans un même sentiment. On avait beau savoir la menace qui remonte du Midi, dans cette salle, en cet instant, la France paraissait entière et debout derrière son Roi.
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