À la une
Napoléon, redingote grise, s'avance seul devant les fusils du régiment de ligne dans la plaine de Laffrey ; les soldats abaissent leurs armes et l'acclament.

À Laffrey, le 5e de ligne a baissé les armes devant l’Empereur

Charles de Steuben, « Retour de Napoléon de l'île d'Elbe » (1818) — domaine public (Wikimedia Commons).

Dépêches du Dauphiné. Sur la prairie de Laffrey, au sud de Grenoble, le bataillon envoyé barrer la route de Bonaparte l’a d’abord mis en joue, puis s’est rangé sous ses aigles. On rapporte que l’Empereur s’est avancé seul, la poitrine découverte, offrant qu’on le tuât. Un coup de feu, et tout retombait. Aucun ne fut tiré.

Hippolyte Vannard 11 mars 1815 6 min

Ceux par qui la route s’est ouverte

Le colonel qui a tourné, et un témoin de la prairie de Laffrey.

Portrait

La Bédoyère, le colonel qui a tourné

De la noblesse bretonne à l'état-major du prince Eugène, Charles Huchet de La Bédoyère avait fait une carrière sans reproche. À vingt-huit ans, colonel du 7e régiment de ligne tiré de sa garnison de Chambéry, il a marché sur Grenoble et en est ressorti dans l'après-midi du 7 mars pour aller au-devant de Bonaparte et lui donner son régiment. Portrait d'un officier que rien, jusqu'ici, ne désignait pour un tel geste.

11 mars 1815 7 min
Entretien

Le grand entretien du jour

La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.

Un lieutenant au 5e régiment d’infanterie de ligne, présent à Laffrey le 7 mars 1815 (officier fictif et composite reconstitué)

Entretien | Un lieutenant du 5e de ligne, présent à Laffrey : « Aucun de nous n’a voulu tirer ; quand il a ouvert sa redingote, tout était déjà décidé dans nos cœurs »

Il sert au 5e régiment d’infanterie de ligne, ce bataillon que le général Marchand avait poussé de Grenoble jusqu’au défilé de Laffrey pour barrer la route à l’homme revenu de l’île d’Elbe. Officier subalterne, ancien de la Grande Armée, il était dans les rangs lorsque la troupe a reçu, fusils chargés, l’ordre de faire feu — et que cet ordre n’est pas parti. Il raconte la marche dans la neige, l’attente sur la prairie, l’homme à la redingote grise qui s’est avancé seul, les cris, le ralliement. Il dit la fidélité, le doute, le serment au Roi qu’il avait prêté de bonne foi, et ce qu’on éprouve quand on reconnaît une voix qu’on croyait ne plus entendre. Sans rien préjuger de ce que demain réserve.

Lieutenant, remontons au matin du 7 mars. Que saviez-vous, dans la troupe, de l’homme que l’on vous envoyait arrêter ?

Ce que tout le monde en savait à Grenoble, monsieur, c’est-à-dire peu de chose de sûr et beaucoup de rumeurs. On nous avait dit qu’il avait quitté son île, débarqué du côté de Cannes ou d’Antibes avec une poignée d’hommes, des grenadiers de sa garde, et qu’il remontait par les montagnes du Dauphiné. Le Roi l’avait déclaré hors la loi, traître, rebelle ; les ordres parlaient de l’arrêter, de le prendre mort ou vif. Mais voyez-vous, dans nos rangs, le mot qui courait n’était pas « le rebelle ». C’était un autre mot, plus court, qu’on n’osait pas dire trop haut devant les officiers à cocarde blanche. On disait : « il revient ». On ne disait même pas qui. Tout le monde comprenait.

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14 mars 181518 min
Infographie

Sur les pas de l’Aigle : la remontée, jour après jour

Repères de rédaction pour suivre la remontée, étape par étape, depuis le débarquement au golfe Juan. Les dates établies sont distinguées de celles qui nous parviennent encore incertaines.

Au départ environ un millier d’hommes

La petite troupe embarquée à Portoferraio : grenadiers de la garde, chevau-légers polonais et quelques pièces, débarqués au golfe Juan.

Itinéraire par les Alpes

La colonne remonte par Grasse, Sisteron et Gap, évitant la vallée du Rhône réputée hostile.

Villes ralliées Grenoble

À Laffrey, les troupes envoyées pour l’arrêter passent sous l’aigle sans combat rapporté ; Grenoble ouvre ses portes dans la nuit.

Confirmé

Départ de Portoferraio

La petite flottille quitte l’île d’Elbe et fait voile vers la côte de Provence.

Confirmé

Débarquement au golfe Juan

La troupe prend pied entre Cannes et Antibes ; elle évite Antibes et s’engage par la montagne.

Confirmé

Grasse, Castellane, Digne, Sisteron, Gap

La colonne remonte par les Alpes, évitant la vallée du Rhône réputée hostile.

Confirmé

Laffrey

Face aux troupes royales envoyées l’arrêter, sur la route de Grenoble.

Confirmé

Grenoble

Les portes de la ville s’ouvrent dans la nuit.