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Napoléon quittant le port de Portoferraio sur l'île d'Elbe, entouré de ses troupes, le 26 février 1815

Bonaparte aurait débarqué sur la côte de Provence

Joseph Beaume, « Napoléon Ier quittant l'île d'Elbe » (1836), Musée naval et napoléonien du Cap d'Antibes — domaine public (Wikimedia Commons).

Des nouvelles parvenues du Midi, et que rien encore n’autorise à tenir pour assurées, annoncent que le ci-devant empereur, échappé de l’île d’Elbe, aurait pris terre sur les côtes du Var avec une poignée d’hommes. Le bruit en court depuis hier dans la capitale ; le Gouvernement du Roi le donne pour une équipée sans portée. Nous rapportons ce que l’on en sait, et tout ce que l’on en ignore encore.

Hippolyte Vannard 5 mars 1815 6 min
Entretien

Le grand entretien du jour

La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.

Un officier de la garnison royale de la place forte d’Antibes, présent sous les murs lors de l’arrestation de l’avant-garde bonapartiste le 1er mars 1815 (officier fictif et composite reconstitué)

Entretien | Un officier de la garnison d’Antibes : « On les a laissés entrer au nom de Buonaparte, puis on a relevé le pont-levis : ils sont à nous, et la place est au Roi »

Il sert dans la garnison de la place forte d’Antibes, restée fidèle à Louis XVIII lorsque l’usurpateur a paru ce mercredi sur nos côtes. Officier de l’enceinte, il était sous les murs quand un détachement de grenadiers de l’île d’Elbe, poussé en avant-garde par le proscrit, s’est présenté aux portes en réclamant l’entrée au nom de « Buonaparte ». On les a laissés franchir la barrière ; puis, les pourparlers finis, le pont-levis de l’ouvrage avancé s’est relevé et la troupe entière est demeurée prisonnière au creux de la place. Il raconte l’alerte d’un débarquement en plein hiver sur une côte qu’on croyait tranquille, l’audace d’une poignée d’hommes, le sang-froid de la garnison, les épées qu’on a laissées aux officiers arrêtés, et l’usurpateur qui, ce soir, tourne le dos à nos murs et file vers l’ouest, on ne sait au juste vers quoi.

Mon officier, remontons à ce matin. À quel moment a-t-on su, sur la côte, qu’il se passait quelque chose d’extraordinaire ?

Tard, monsieur, et c’est là toute l’audace de la chose. Songez que nous sommes au cœur de l’hiver, sur une côte qu’on ne croit menacée par personne : la paix est signée, l’homme est relégué dans son île à quelques lieues de là, et l’on ne veille plus guère la mer que par habitude. On avait bien aperçu, dans la matinée, des bâtiments au large qui louvoyaient vers l’ouest ; mais des voiles, il en passe, et rien ne disait que celles-là portaient le proscrit. Ce n’est guère qu’à l’heure de midi passée, quand on a vu des chaloupes mettre des hommes à terre du côté du golfe Juan, au territoire de Vallauris, entre Cannes et nous, qu’on a compris qu’il ne s’agissait pas de pêcheurs ni de contrebandiers. Des uniformes, des bonnets à poil, des armes : une petite troupe qui débarquait en bon ordre. Le pays s’est alarmé de proche en proche, et l’ordre a couru aussitôt de fermer la place et de mettre la garnison sur le pied de guerre.

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1 mars 181517 min
Infographie

Qui a débarqué au golfe Juan ?

Repères de rédaction sur la petite troupe qui vient de prendre terre sur la côte de Provence : ce que l’on sait de ses effectifs, de sa composition et de son point de débarquement. Sa direction et son but, eux, nous échappent encore.

Effectifs environ un millier d’hommes

Ordre de grandeur de la troupe embarquée à Portoferraio et débarquée au golfe Juan ; nul compte arrêté ne nous parvient.

Composition la Garde et quelques pièces

Des grenadiers de la garde, des chevau-légers polonais et quelques pièces d’artillerie.

Point de débarquement le golfe Juan

Entre Cannes et Antibes ; la troupe aurait évité Antibes et pris pied sur la grève.

Où va-t-il ? on l’ignore

La direction prise et le but de l’entreprise ne nous sont pas connus à cette heure.

Confirmé

Départ de Portoferraio

La petite flottille quitte l’île d’Elbe et fait voile vers la côte de Provence.

Confirmé

Débarquement au golfe Juan

La troupe prend pied entre Cannes et Antibes ; elle s’engage aussitôt par la montagne.