Reconstitution heure par heure, depuis la rue, de ce que des Parisiens ont pu voir et entendre ce jeudi matin. Les horaires sont approximatifs (« vers »), tirés de témoignages convergents ; les éléments non confirmés sont signalés comme tels. Aucune autorité n’a communiqué.
FaitConfirmé
Des coups aux portes avant le jour
Bien avant l’aube, des habitants de quartiers de l’est et du nord de Paris sont réveillés par des coups frappés aux portes. Ce sont des policiers et des gendarmes français qui se présentent, papiers et listes nominatives à la main, et demandent à des familles de les suivre. Les premiers récits parviennent de plusieurs adresses à la fois.
FaitConfirmé
Premiers autobus dans les rues
Aux abords de plusieurs immeubles, des autobus de la S.T.C.R.P. — ceux des lignes ordinaires — stationnent à l’arrêt, moteurs tournants. On y fait monter des hommes, des femmes et des enfants, certains avec un baluchon ou une valise hâtivement faite. Les véhicules repartent pleins, sans qu’on sache vers où.
FaitConfirmé
Des familles entières emmenées
Les témoignages concordent sur un point qui frappe les voisins : ce ne sont pas seulement des hommes, comme lors d’arrestations passées, mais des familles complètes — des mères avec leurs enfants en bas âge, des vieillards. Des portes restent ouvertes derrière elles, des logements abandonnés en hâte.
DépêcheProbable
Appartements fermés, portes scellées
Dans plusieurs rues, des concierges et des riverains constatent des logements vidés, certaines portes apposées d’un scellé. Le va-et-vient des autobus se poursuit. Aucun fonctionnaire sur place ne donne d’explication aux passants qui s’arrêtent et s’interrogent.
D’après les témoignages recueillis, les arrondissements où des autobus se sont rangés et où des immeubles se sont vidés avant le jour, et le lieu vers lequel une partie des familles a été conduite.
Le Marais (IIIe et IVe)Quartier frappé
Arrestations rapportées dans le vieux quartier juif du centre de Paris.
XIe arrondissementQuartier frappé
Immeubles vidés autour de la République et du faubourg du Temple.
XIIe arrondissementQuartier frappé
Arrestations signalées du côté de la gare de Lyon et de Bercy.
XVIIIe arrondissementQuartier frappé
Familles emmenées sur les pentes de la butte Montmartre et de la Goutte-d’Or.
Belleville (XXe)Quartier frappé
Arrestations nombreuses dans le quartier populaire de l’est parisien.
Point de rassemblementVélodrome d’Hiver
Rue Nélaton, dans le XVe arrondissement : la salle vers laquelle des autobus ont conduit une partie des familles.
Comprendre
Comment on en est arrivé là
Trois ans de mesures contre les Juifs de France — statut, recensement, fichier, étoile jaune — replacent l’opération du 16 juillet dans une logique qui la précède.
Trois ans de mesures : du statut des Juifs à l’étoile jaune
Du premier statut des Juifs à l’obligation de l’étoile jaune, la suite des dispositions publiques qui ont précédé l’opération du 16 juillet. La chronologie s’arrête au seuil de l’événement.
Confirmé
Recensement et fichage
Une ordonnance allemande prescrit le recensement des Juifs en zone occupée ; la préfecture de police de Paris en dresse le fichier.
Confirmé
Statut des Juifs
Une loi de l’État français définit qui est juif et exclut les Juifs de nombreuses fonctions publiques et professions.
Confirmé
Second statut des Juifs
Un second statut élargit les exclusions et prévoit un recensement déclaratif.
Confirmé
Rafle du « billet vert »
À Paris, des hommes juifs étrangers, convoqués par un billet vert, sont arrêtés et internés à Pithiviers et Beaune-la-Rolande.
Confirmé
Aryanisation des biens
Une loi organise la mainmise sur les entreprises et les biens appartenant à des Juifs.
Confirmé
Rafle du XIe — Drancy
Une vaste opération dans le XIe arrondissement de Paris conduit à l’ouverture du camp de Drancy.
Confirmé
Étoile jaune
La huitième ordonnance allemande impose le port de l’étoile jaune en zone occupée ; elle entre en vigueur le 7 juin 1942.