Le récit minute par minute de la rencontre du 10 septembre sur le pont de Montereau, et les deux versions qui s'affrontent déjà : guet-apens prémédité ou rixe qui dégénère.
En directLe duc de Bourgogne est tombé — les versions se contredisent
Sur le pont jeté entre les deux rives de l’Yonne, la rencontre du dauphin et du duc de Bourgogne a tourné au sang. Le récit, encore confus, d’un après-midi tragique.
FaitConfirmé
Les deux partis campent face à face sur les rives de l’Yonne
Depuis le début de l’après-midi, les gens du dauphin Charles tiennent une rive de l’Yonne, ceux du duc Jean de Bourgogne l’autre, séparés par la rivière et par le pont de Montereau. La rencontre a été convenue pour resserrer la paix jurée cet été et accorder les deux princes. De part et d’autre, on s’observe sans se joindre ; les hommes d’armes demeurent en arrière, et l’on attend que les deux seigneurs se décident à s’avancer.
FaitProbable
Un enclos de bois dressé au milieu du pont, fermé d’une porte à chaque bout
Au milieu du pont a été élevé un enclos de planches, sorte de loge fermée d’une porte à chaque extrémité, afin que les deux princes s’y rencontrent à couvert et à l’écart de leurs troupes. Il a été accordé que chacun n’entrerait qu’avec dix hommes pour toute escorte, et que ces dix-là prêteraient serment. Les portes doivent demeurer closes le temps de l’entrevue. La précaution dit assez la défiance que les deux maisons se gardent l’une à l’autre.
DépêcheProbable
Le duc de Bourgogne hésite longuement avant de passer le pont
On rapporte que le duc Jean a longtemps balancé avant de s’engager, pesant le péril d’une telle rencontre en terrain découvert. D’une rive à l’autre, les deux princes se sont épiés une partie de l’après-midi. Ce n’est, dit-on, que vers cinq heures que le duc s’est résolu à s’avancer vers l’enclos, ses gens autour de lui.
DépêcheProbable
Le duc entre dans l’enclos et s’agenouille devant le dauphin
Le duc de Bourgogne franchit la porte et pénètre dans la loge où l’attend le dauphin Charles, l’un et l’autre suivis de leurs dix hommes jurés. Selon les récits qui parviennent du pont, le duc fléchit le genou et s’incline devant le dauphin par révérence. Le dauphin lui aurait reproché d’avoir gardé sa neutralité, voire une entente avec l’Anglais, malgré les accords passés ; le duc aurait répondu qu’il avait fait ce qu’il devait. Le ton, dit-on, est monté entre eux.