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Enluminure représentant l’assassinat de Jean sans Peur sur le pont de Montereau : des hommes armés en livrées colorées s’affrontent sur le pont, devant un château et la rivière.

Le duc de Bourgogne tué sur le pont de Montereau, dans l’enclos de l’entrevue

Maître de la Chronique de Vienne, Abrégé de la Chronique d’Enguerrand de Monstrelet (BnF, ms. fr. 2680, f. 288), v. 1470-1480 — domaine public (Wikimedia Commons).

La dépêche nous est venue de quatre jours, et il a fallu la faire redire pour y croire : le mercredi 10 de ce mois de septembre, sur le coup de cinq heures du soir, le très puissant prince Jean, duc de Bourgogne, a trouvé la mort dans l’enclos dressé au milieu du pont de Montereau, où il était entré pour s’aboucher avec monseigneur le dauphin. De ce qui s’est passé entre les deux barrières, deux récits courent déjà, qui s’accusent l’un l’autre. Nous rapportons l’un et l’autre, sans pouvoir, à cette heure, dire lequel est le vrai.

Le chroniqueur 14 septembre 1419, 08h00 8 min

L'entrevue qui a tourné au meurtre

Le récit minute par minute de la rencontre du 10 septembre sur le pont de Montereau, et les deux versions qui s'affrontent déjà : guet-apens prémédité ou rixe qui dégénère.

En direct Le duc de Bourgogne est tombé — les versions se contredisent

L’entrevue de Montereau, heure par heure

Sur le pont jeté entre les deux rives de l’Yonne, la rencontre du dauphin et du duc de Bourgogne a tourné au sang. Le récit, encore confus, d’un après-midi tragique.

Les deux partis campent face à face sur les rives de l’Yonne

Depuis le début de l’après-midi, les gens du dauphin Charles tiennent une rive de l’Yonne, ceux du duc Jean de Bourgogne l’autre, séparés par la rivière et par le pont de Montereau. La rencontre a été convenue pour resserrer la paix jurée cet été et accorder les deux princes. De part et d’autre, on s’observe sans se joindre ; les hommes d’armes demeurent en arrière, et l’on attend que les deux seigneurs se décident à s’avancer.

Un enclos de bois dressé au milieu du pont, fermé d’une porte à chaque bout

Au milieu du pont a été élevé un enclos de planches, sorte de loge fermée d’une porte à chaque extrémité, afin que les deux princes s’y rencontrent à couvert et à l’écart de leurs troupes. Il a été accordé que chacun n’entrerait qu’avec dix hommes pour toute escorte, et que ces dix-là prêteraient serment. Les portes doivent demeurer closes le temps de l’entrevue. La précaution dit assez la défiance que les deux maisons se gardent l’une à l’autre.

Le duc de Bourgogne hésite longuement avant de passer le pont

On rapporte que le duc Jean a longtemps balancé avant de s’engager, pesant le péril d’une telle rencontre en terrain découvert. D’une rive à l’autre, les deux princes se sont épiés une partie de l’après-midi. Ce n’est, dit-on, que vers cinq heures que le duc s’est résolu à s’avancer vers l’enclos, ses gens autour de lui.

Le duc entre dans l’enclos et s’agenouille devant le dauphin

Le duc de Bourgogne franchit la porte et pénètre dans la loge où l’attend le dauphin Charles, l’un et l’autre suivis de leurs dix hommes jurés. Selon les récits qui parviennent du pont, le duc fléchit le genou et s’incline devant le dauphin par révérence. Le dauphin lui aurait reproché d’avoir gardé sa neutralité, voire une entente avec l’Anglais, malgré les accords passés ; le duc aurait répondu qu’il avait fait ce qu’il devait. Le ton, dit-on, est monté entre eux.

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Analyse

Guet-apens ou rixe ? Deux récits d’un même meurtre

Voici près de deux semaines que le duc de Bourgogne est tombé sur le pont de Montereau, et déjà deux récits s’affrontent, qui ne s’accordent sur rien — ni sur la main qui a frappé, ni sur l’ordre qui l’aurait armée, ni sur ce qui, du duc ou de la garde du dauphin, a commencé. Le parti bourguignon crie au guet-apens, le parti du dauphin parle d’un homme venu en force qui aurait porté la main à son épée. Nous rangeons ici, à parts égales, ce que chacun colporte — sans pouvoir, à cette heure, départager.

28 septembre 1419, 08h00 8 min

Le duc tué, l'homme accusé

Qui était Jean sans Peur, de l'assassinat de Louis d'Orléans aux Cabochiens ; et Tanneguy du Châtel, l'homme que l'accusation bourguignonne désigne.

Portrait

Jean sans Peur, duc de Bourgogne : un prince de fer tombé sur un pont

On l’appelait « sans Peur », et il avait porté ce surnom comme une bannière. Le voici mort, frappé à Montereau au cours d’une entrevue qui devait sceller la paix du royaume. Avec lui s’en va le seigneur le plus puissant et le plus redouté de France — celui-là même qui, voici douze ans, avait fait tomber sous le couteau, une nuit de novembre, le propre frère du roi. Portrait d’un homme dont nul, de son vivant, ne sut jamais s’il était le sauveur ou le fléau du royaume.

22 septembre 1419, 08h00 9 min
Portrait

Tanneguy du Châtel, le capitaine breton que les Bourguignons disent avoir frappé le duc

Le parti de Bourgogne le nomme entre tous : Tanneguy du Châtel, gentilhomme de Bretagne, homme de guerre, prévôt de Paris et fidèle entre les fidèles du dauphin, aurait porté sur le pont de Montereau l’un des coups qui ont abattu monseigneur Jean de Bourgogne. L’accusation est rude, et les récits ne s’accordent point sur les mains qui ont frappé. Avant de juger, il faut dire qui est cet homme, et ce qu’on lui reproche au juste.

2 octobre 1419, 08h00 8 min

La nouvelle parvient à Gand

Comment la mort du duc a été annoncée à son fils, le jeune comte de Charolais, et le témoignage d'un familier de la maison de Bourgogne sur le deuil.

Politique

À Gand, on porte au jeune comte de Charolais la nouvelle qui fait de lui le duc de Bourgogne

C’est par la bouche de Jean de Thoisy, évêque de Tournai, que Philippe, comte de Charolais, aurait appris dans sa ville de Gand la mort de son père au pont de Montereau. À vingt-trois ans, le voici tout à coup à la tête du duché de Bourgogne, dans le deuil et la colère. Du parti du dauphin, en présence duquel le duc est tombé, on n’attend plus rien que des comptes à rendre.

30 septembre 1419, 08h00 6 min
Entretien

Le grand entretien du jour

La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.

Opinion

Le sang appelle le sang : de la vengeance, qui n’appartient qu’à Dieu

Douze ans que le royaume paie de son propre sang la loi du talion. Louis d’Orléans abattu dans une rue de Paris ; Jean de Bourgogne frappé sur un pont, la foi de Pouilly encore tiède aux lèvres. On m’a pressé de dire de quel côté est le droit. Je réponds que la vengeance privée n’a de côté nulle part : elle est défendue à tout chrétien, prince ou manant. Mihi vindicta, ego retribuam, dicit Dominus — À moi la vengeance, c’est moi qui rétribuerai, dit le Seigneur. Voici pourquoi je le tiens, et pourquoi je crains, tant que les grands se feront justice de leur propre main, que ce royaume ne cesse de se dévorer lui-même.