Un clerc lettré, familier du droit, présent dans la cathédrale de Troyes le 21 mai 1420 (il a requis l’anonymat)
« J’étais dans la cathédrale » : un clerc raconte la paix jurée à Troyes
Il était présent le 21 de ce mois, sous les voûtes de Saint-Pierre, quand le roi notre sire, la reine, le duc de Bourgogne et le roi d’Angleterre ont fait jurer la paix. Lettré, rompu aux choses du droit, il a voulu nous dire ce qu’il a vu de ses yeux — l’état du roi ce jour-là, la teneur des articles, et les objections qu’il a entendu murmurer aux abords. Il a requis que nous taisions son nom.
Vous étiez dans la cathédrale Saint-Pierre le 21 mai. Décrivez-nous ce que vous y avez vu.J’y étais, oui, parmi les gens d’Église et de robe que l’on avait laissés approcher. La nef était pleine de seigneurs, d’hommes d’armes anglais et bourguignons, de docteurs et de clercs. On avait dressé ce qu’il fallait pour une grande solennité. Au centre, le roi notre sire Charles, sixième du nom ; près de lui la reine Isabeau ; et de l’autre part le roi d’Angleterre, Henri, cinquième du nom, entouré de ses gens. Le duc de Bourgogne, Philippe, se tenait là aussi, et l’on sentait bien que beaucoup, dans cette assemblée, étaient ses hommes. On a lu l’accord, en latin ; on a prêté les serments, la main sur les Évangiles. Tout s’est fait dans les formes, avec grand appareil de prélats et de bannières. Pour qui n’écoutait que les mots et ne regardait que l’or, c’était une belle paix.
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