À la une
Enluminure liée au traité de Troyes : Isabeau de Bavière et Charles VI, assis sous un dais, reçoivent une délégation dans une cour gothique.

À Troyes, le roi fait du roi d’Angleterre son héritier et régent du royaume

Jean Froissart, Chroniques (British Library, Harley 4380, f. 40), v. 1470-1472 — domaine public (Wikimedia Commons).

La nouvelle descend de Champagne et nous parvient ces jours-ci : le mardi 21 de ce mois de mai, en la cathédrale de Troyes, notre sire le roi Charles, le roi d’Angleterre Henri et monseigneur le duc de Bourgogne ont juré et scellé un traité qui donne au roi d’Angleterre la qualité d’héritier de la couronne et le gouvernement du royaume du vivant même de notre roi. Le dauphin, monseigneur Charles, en est écarté. Nous rapportons ici ce qu’on en sait, et ce qu’on en ignore encore.

Le chroniqueur du royaume 25 mai 1420, 08h00 8 min
Infographie

De Montereau à Troyes

Les dix mois qui ont conduit du meurtre du pont de Montereau au traité de Troyes et au mariage royal. La rupture entre les deux partis a ouvert la voie à l’alliance bourguignonne avec l’Angleterre.

Du meurtre au traité env. 8 mois

De la mort du duc de Bourgogne, le 10 septembre 1419, au traité scellé le 21 mai 1420 : huit mois ont suffi pour renverser l’ordre du royaume.

Les parties au traité trois sceaux

Le roi de France Charles VI, le roi d’Angleterre Henri V et le duc de Bourgogne : trois maisons jointes contre le dauphin écarté.

Confirmé

Paix de Pouilly-le-Fort

Le duc de Bourgogne et le dauphin jurent une première paix près de Melun, censée préparer leur réconciliation contre l’Anglais.

Confirmé

Mort de Jean sans Peur

Au cours d’une seconde entrevue, le duc de Bourgogne est tué sur le pont de Montereau. La guerre des deux partis se rallume.

Rapporté

Rapprochement bourguignon-anglais

Le jeune duc Philippe, pour venger son père, se rapproche du roi d’Angleterre ; les négociations d’un traité s’engagent.

Confirmé

Traité de Troyes

Le traité fait du roi d’Angleterre l’héritier et le régent du royaume de France, et écarte le dauphin de la succession.

Confirmé

Mariage de Henri V et Catherine

L’union du roi d’Angleterre et de la fille du roi de France scelle l’alliance des deux couronnes.

La date de la paix de Pouilly-le-Fort est donnée au 11 juillet 1419 selon les récits qui nous parviennent.

Le rapprochement entre la maison de Bourgogne et l’Angleterre, conduit durant l’hiver, est rapporté de seconde main ; le détail des tractations nous échappe.

Un roi peut-il déshériter son fils ?

L'analyse juridique des clauses du 21 mai et le témoignage d'un clerc présent à la cérémonie de Troyes.

Analyse

Un roi peut-il déshériter son fils ? Ce que le traité de Troyes engage, et ce qu’on lui oppose

L’accord scellé à Troyes ce 21 mai donne la couronne, après la mort de notre sire le roi Charles, au roi d’Angleterre, et écarte de la succession le dauphin Charles. La chose est faite, signée, jurée. Reste une question que l’on s’échange à voix basse comme à voix haute : le roi pouvait-il la faire ? Nous n’avons pas mission de trancher ce que les clercs eux-mêmes disputent ; nous mettons côte à côte, aussi loyalement que nous le pouvons, les raisons des uns et des autres.

30 mai 1420, 08h00 9 min
Entretien

Le grand entretien du jour

La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.

Un clerc lettré, familier du droit, présent dans la cathédrale de Troyes le 21 mai 1420 (il a requis l’anonymat)

« J’étais dans la cathédrale » : un clerc raconte la paix jurée à Troyes

Il était présent le 21 de ce mois, sous les voûtes de Saint-Pierre, quand le roi notre sire, la reine, le duc de Bourgogne et le roi d’Angleterre ont fait jurer la paix. Lettré, rompu aux choses du droit, il a voulu nous dire ce qu’il a vu de ses yeux — l’état du roi ce jour-là, la teneur des articles, et les objections qu’il a entendu murmurer aux abords. Il a requis que nous taisions son nom.

Vous étiez dans la cathédrale Saint-Pierre le 21 mai. Décrivez-nous ce que vous y avez vu.

J’y étais, oui, parmi les gens d’Église et de robe que l’on avait laissés approcher. La nef était pleine de seigneurs, d’hommes d’armes anglais et bourguignons, de docteurs et de clercs. On avait dressé ce qu’il fallait pour une grande solennité. Au centre, le roi notre sire Charles, sixième du nom ; près de lui la reine Isabeau ; et de l’autre part le roi d’Angleterre, Henri, cinquième du nom, entouré de ses gens. Le duc de Bourgogne, Philippe, se tenait là aussi, et l’on sentait bien que beaucoup, dans cette assemblée, étaient ses hommes. On a lu l’accord, en latin ; on a prêté les serments, la main sur les Évangiles. Tout s’est fait dans les formes, avec grand appareil de prélats et de bannières. Pour qui n’écoutait que les mots et ne regardait que l’or, c’était une belle paix.

Lire l’entretien
28 mai 1420, 08h0011 min
Portrait

Henri d’Angleterre, le vainqueur d’Azincourt que notre sire reconnaît pour héritier

Voici cinq ans qu’à Azincourt il coucha dans la boue la fleur de notre chevalerie ; voici sept ans qu’il ceint la couronne d’Angleterre ; et depuis le serment de Troyes, le 21 de ce mois, c’est lui que notre sire reconnaît pour héritier et régent du royaume. Qui est ce roi d’environ trente-trois ans, austère jusqu’à passer pour prêtre plus que pour homme de guerre, que la victoire et le malheur des Français ont porté aux portes de notre couronne ? Portrait du bénéficiaire du traité, dressé depuis la cour de France.

30 mai 1420, 08h00 8 min

Le duc et la princesse

Philippe, jeune duc de Bourgogne et cheville ouvrière du traité, et Catherine de Valois, la princesse promise au roi d'Angleterre.

Portrait

Le jeune duc de Bourgogne, Philippe : un héritier endeuillé devenu l’arbitre du royaume

En moins d’un an, le comte de Charolais a tout changé de figure. Le voici duc de Bourgogne, maître d’un faisceau de terres qui va de la Flandre aux portes de la Saône, et l’un des hommes sans lesquels le grand traité de Troyes n’eût pu se faire. Portrait d’un prince de vingt-trois ans que le meurtre de son père, sur le pont de Montereau, a jeté dans les bras du roi d’Angleterre.

14 juin 1420, 08h00 8 min
Portrait

Catherine de France, fille de roi et gage de paix entre deux couronnes

Elle a dix-huit ans, elle est née fille de France à l’hôtel Saint-Pol, et la voici, depuis le 2 de ce mois, épouse du roi d’Angleterre. Autour de cette jeune princesse, dixième enfant de notre sire Charles et de la reine Isabeau, se nouent depuis des années les fils d’une paix tant espérée. Portrait de celle dont la main aura été, sa vie durant, l’enjeu de bien des ambassades.

12 juin 1420, 08h00 7 min
À la une

À Troyes, Henri d’Angleterre épouse Catherine de France : les noces qui scellent le traité

Onze jours après l’accord juré en la cathédrale, le roi d’Angleterre a pris pour femme, le jour de la Trinité, madame Catherine, fille de notre sire le roi Charles et de la reine Isabeau. La cérémonie s’est tenue en l’église Saint-Jean-du-Marché, devant une grande assemblée de seigneurs des deux partis. Par ce mariage, on dit la paix faite et les deux maisons unies ; et l’on forme déjà le vœu qu’il en naisse un héritier qui tiendrait ensemble les deux couronnes.

10 juin 1420, 08h00 6 min

De part et d'autre de la Loire

Ce que le traité dessine sur la carte : un royaume scindé, le nord au régent, le sud au dauphin écarté — généalogie des trois maisons à l'appui.

Analyse

Paris, Troyes et le silence du Midi : un royaume coupé en deux

L’accord scellé à Troyes a son siège et sa fête au nord : Paris, la Champagne, la Normandie le reçoivent avec faveur, et c’est de là qu’on le publie. Mais passé la Loire — vers le Berry, le Poitou, la Touraine, le Languedoc, le Dauphiné —, le traité n’a, à cette heure, aucune prise : ce sont les terres qui suivent le fils du roi, écarté de la couronne. On ignore encore ce que ces pays en penseront. Voici deux royaumes qui s’ignorent.

8 juin 1420, 08h00 7 min
Portrait

Le prince que Troyes efface : qui est Charles, le dauphin écarté ?

Tout, dans cet accord, se dit et se signe au nord, dans les pays tenus par le roi d’Angleterre et le duc de Bourgogne ; et c’est de là que nous en parlons. Mais l’accord de Troyes a un grand absent, dont le nom n’est prononcé que pour l’abaisser : Charles, fils du roi, dauphin de France, que le texte écarte de la couronne et nomme « soi-disant dauphin ». Il n’a ici ni voix ni chaire. Voici, autant qu’on le peut de si loin, qui est ce prince de dix-sept ans, comment il est devenu l’héritier du trône, et ce que les siens, au sud de la Loire, opposent au traité.

13 juin 1420, 08h00 8 min
Infographie

Le royaume partagé

Ce que le traité de Troyes dessine sur la carte et dans l’ordre des successions : un royaume coupé en deux par la Loire, et trois maisons royales jointes par le mariage et l’héritage promis. L’adhésion des provinces du sud, qui tiennent pour le dauphin, demeure inconnue.

Le nord du royaume au régent anglais et au duc

Paris, la Normandie, la Champagne et les terres tenues par le parti bourguignon reconnaissent le traité et le roi d’Angleterre comme régent et héritier.

Le sud du royaume au dauphin écarté

Au-delà de la Loire, les provinces qui tiennent pour le dauphin Charles n’ont point consenti au traité ; leur ralliement demeure incertain.

Trois maisons jointes France, Angleterre, Bourgogne

Le mariage de Henri V et de Catherine de Valois unit la maison de France à celle d’Angleterre ; le duc de Bourgogne en est l’artisan.

Le tracé qui « coupe » le royaume le long de la Loire est une commodité de représentation : la frontière des obéissances est mouvante et la carte demeure incertaine.

Rien ne permet de dire, à cette heure, si les provinces du sud se soumettront au traité ou le rejetteront durablement : nous ne préjugeons pas de la suite.