Un bourgeois de Paris, marchand drapier du quartier des Halles
« Pourvu seulement qu’on nous laisse vivre » : un bourgeois de Paris raconte l’entrée du roi d’Angleterre
Cinq jours après que le roi d’Angleterre est entré dans nos murs aux côtés du roi notre sire, nous avons recueilli la parole d’un marchand du quartier des Halles, homme rangé et de longue mémoire de la ville. Il a vu passer le cortège, et il dit tout haut ce que beaucoup, ici, murmurent : la lassitude de dix ans de discorde, la faim qui n’en finit pas, et l’espérance, mêlée de crainte, qu’un maître nouveau ramène enfin l’ordre dans les rues. D’autres, dans Paris, pensent autrement ; nous donnons sa voix pour ce qu’elle est, celle d’un homme de la ville parmi tant d’autres.
Vous étiez dans la rue le premier jour de décembre, lorsque le roi d’Angleterre est entré dans Paris. Qu’avez-vous vu ?J’y étais, comme la moitié de la ville, et plus encore. On savait depuis plusieurs jours que la chose se ferait, et chacun voulait voir de ses yeux. Je me suis tenu sur le passage du cortège, pressé contre les autres, et je vous dirai d’abord ceci : ce n’était pas une entrée de vainqueur dans une ville prise d’assaut, avec le fer et le feu. C’était un cortège, des bannières, des trompettes, et au milieu de tout cela nos deux rois cheminant ensemble — le roi de France, notre sire Charles, et le roi d’Angleterre, Henri, qui se dit désormais son héritier et son fils par le mariage. Le duc de Bourgogne, monseigneur Philippe, allait avec eux. On a sonné les cloches ; il y a eu des cris, des « Noël ! », comme aux grandes joies. Faut-il vous dire que tout le monde criait de bon cœur ? Je n’en jurerais pas. Mais on criait.
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