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Enluminure médiévale montrant le roi Richard Cœur de Lion, couronné et portant un écu aux léopards, chevauchant en tête de ses chevaliers armés devant les remparts et la porte fortifiée d'une ville.

Trêve avec Saladin : les pèlerins pourront prier au Saint-Sépulcre

Maître de Fauvel et Richard de Montbaston, « Arrivée de Richard Cœur de Lion à Beît Nûbâ », miniature du Roman de Godefroy de Bouillon (1337), Bibliothèque nationale de France, Français 22495, f. 243v — domaine public (Wikimedia Commons).

Conclue hier à Jaffa, une trêve de trois ans arrête les armes entre le roi Richard et le sultan. Le littoral de Tyr à Jaffa demeure aux mains des chrétiens ; Jérusalem reste au Sarrasin, mais nos pèlerins y pourront enfin monter prier au tombeau du Christ.

Foulque de Nesle, clerc à la suite de l'ost, devant Jaffa 3 septembre 1192 7 min
Entretien

Le grand entretien du jour

La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.

al-Adil Sayf al-Din (« Saphadin » pour les Francs), frère du sultan Saladin et son principal négociateur auprès du camp franc ; propos recueillis par l'entremise d'un truchement pendant les pourparlers de la trêve

al-Adil, frère du sultan : « La trêve n'abandonne rien ; elle donne son temps à la parole donnée »

C'est lui qui, depuis des mois, porte les paroles d'un camp à l'autre. al-Adil, que les Francs nomment Saphadin, frère du sultan Saladin et artisan de l'accord de trois ans, s'explique par la voix d'un truchement sur ce que la trêve concède, sur ce qu'elle préserve, et sur les raisons pour lesquelles arrêter les armes n'est ni faiblesse ni reniement.

Émir, c'est vous, et non le sultan votre frère, qui traitez avec nos rois. Pourquoi vous ?

Parce qu'un sultan ne marchande pas lui-même, comme un roi ne descend pas discuter le prix d'une ville sur le seuil de sa tente. Mon frère le sultan commande les armées et tranche ; il ne peut pas passer ses journées à peser des mots avec vos envoyés, à reprendre vingt fois la même clause, à recevoir des présents et à en rendre. Ce travail-là, patient, revient à un homme de sa maison en qui il a confiance, et qui a gouverné pour lui l'Égypte et des villes de Syrie. J'ai fait la guerre à vos côtés opposés depuis assez d'années pour connaître ce que vaut un accord et ce que vaut une menace. Et puis il faut, entre deux camps qui ne se fient pas, un visage constant : depuis des mois, c'est le mien que vos gens voient revenir. Cela use, mais cela sert. Un accord se noue plus vite entre des hommes qui se sont déjà parlé dix fois qu'entre deux souverains qui ne se sont jamais vus.

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