Qui a brûlé Moscou, et pourquoi ?

Le rôle du gouverneur Rostoptchine et le mystère d'une ville incendiée plutôt que cédée.

Entretien

Le grand entretien du jour

La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.

Fédor Vassilievitch Rostopchine, gouverneur général de Moscou

Entretien | « Qui a mis le feu à Moscou ? » — Le comte Rostopchine, gouverneur, répond à nos questions

On l’accuse, dans toute la Grande Armée, d’avoir ordonné de réduire en cendres l’antique capitale des tsars avant de l’abandonner à nos troupes. Les preuves, dit-on, s’accumulent : les pompes à incendie emmenées, les forçats lâchés, les foyers rallumés à mesure qu’on les éteignait. Le comte Fédor Vassilievitch Rostopchine, gouverneur général de Moscou, nie tout. Mais il nie d’une manière singulière — en accusant les nôtres, en invoquant un peuple qui se serait brûlé lui-même, en se réfugiant dans une grandeur antique. Entretien reconstitué, où l’homme esquive autant qu’il répond.

Comte, l’Empereur des Français vous accuse nommément d’avoir fait brûler Moscou. Avez-vous donné l’ordre d’incendier votre propre capitale ?

Voilà une accusation bien commode pour ceux qui ont vu fondre sous eux la conquête qu’ils croyaient tenir. Non, monsieur, je n’ai signé aucun ordre d’incendie. Cherchez-le, ce papier ; produisez-le. Vous ne le trouverez pas, pour la raison qu’il n’existe pas. Que votre maître ait besoin d’un coupable, je le conçois : il est plus doux d’avoir été brûlé par la perfidie d’un gouverneur que par sa propre imprudence. Mais qu’on me montre la preuve, et non la rumeur d’un bivouac. Un homme de ma naissance ne se justifie pas devant des on-dit.

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