Un chirurgien-major de la Grande Armée, aux ambulances de la Moskova
Entretien | « On coupe pour sauver » — Un chirurgien-major raconte les ambulances de la Moskova
Derrière la ligne de feu, à quelques centaines de toises de la grande redoute, les ambulances n’ont pas désempli de la journée. Les voitures légères imaginées par le baron Larrey pour porter les chirurgiens au plus près des rangs ont ramené sans relâche leur charge d’hommes brisés par le canon. Nous avons trouvé, au soir de la plus grande bataille qu’on ait vue, un chirurgien-major du service des ambulances, le tablier raidi, la scie encore à portée de main. Il a bien voulu dire ce qu’est son métier les jours de bataille : couper vite, couper tôt, et disputer à la gangrène le peu qu’on peut lui reprendre.
Depuis quand êtes-vous à la table, et à quel rythme ?Depuis le matin, monsieur, depuis que le canon a donné, vers six heures. Le premier homme m’est arrivé avant qu’il fît tout à fait jour, et je n’ai pas quitté la table depuis, sinon pour changer de tablier quand il ne tenait plus qu’au sang. On m’en pose un, je l’ôte ou je le panse, on me l’enlève, et le suivant est déjà là qu’on couche à sa place. La table ne s’est pas refroidie de la journée. Je ne saurais vous dire combien j’en ai vus passer ; je sais seulement que chaque fois que je lève les yeux, la file est aussi longue qu’à l’heure d’avant.
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