Un officier de nos chevau-légers lanciers polonais, au bivouac sur le Niémen
Entretien | « Nous marchons pour la Pologne » — un officier de nos lanciers polonais, au bivouac sur le Niémen
Ils sont près de cent mille sous nos aigles, le plus fort contingent après les Français, et nul ne passe le fleuve d’un pas plus résolu. Depuis que l’Empereur, dans sa proclamation, a nommé « seconde guerre de Pologne » la campagne qui s’ouvre, un espoir vieux de vingt ans remonte dans les rangs polonais. Nous avons recueilli, au bivouac, les propos d’un officier subalterne de nos chevau-légers lanciers — un homme qui espère la résurrection de sa patrie sans encore oser la tenir pour promise.
Vous passez le Niémen ce matin. Quel sentiment court dans vos rangs à l’instant d’entrer sur les terres du tsar ?Une joie que je ne saurais bien vous dire, monsieur, et qui n’a rien de bruyant. Nous ne sommes pas des conscrits qu’on mène à une guerre étrangère. Cette terre où nous entrons, beaucoup d’entre nous la tiennent pour à demi polonaise, arrachée aux nôtres du temps de nos pères. Franchir ce fleuve, ce n’est pas envahir : c’est, pour nous, revenir. Les hommes se signent, embrassent la crosse de leur lance, et vont. Il y a plus de recueillement que de cris. On sent que quelque chose de très ancien va peut-être se dénouer.
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