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Jules César, en tenue militaire romaine, à cheval sur un cheval blanc, franchit un cours d’eau entouré de ses légionnaires et d’un peuple en émoi, peinture historique du XIXe siècle.

César a franchi en armes la frontière : ses légions sont en Italie

Adolphe Yvon, « César franchit le Rubicon » (1875), huile sur toile, Musée des Beaux-Arts d’Arras — domaine public (Wikimedia Commons).

Des courriers arrivés du nord l’assurent : le proconsul des Gaules a fait passer ses troupes de l’autre côté de la limite de sa province. Ariminum serait déjà entre ses mains. À Rome, on va d’une nouvelle à l’autre, et nul ne sait rien de sûr.

La rédaction 15 janvier 49 av. J.-C., au soir 6 min
En direct Fil en cours — dépêches recueillies à chaud, la plupart non confirmées

La nouvelle gagne Rome, heure par heure : César aurait passé la frontière en armes

Du petit matin au soir, ce que rapportent les cavaliers et les courriers descendus par la voie du nord, ce qui se murmure au Forum et ce que l’on prête aux magistrats — en séparant, autant qu’on le peut, le sûr du colporté.

Comment nous tenons ce fil

Nous rapportons ici, dans l’ordre où elles nous parviennent, les nouvelles de cette journée. Elles arrivent par la route du nord, portées par des cavaliers et des courriers, souvent fragmentaires, parfois contradictoires. Certaines sont établies ; beaucoup ne sont que ce qui se dit de bouche en bouche au Forum. Nous distinguons les deux et nommons, quand nous le pouvons, qui affirme quoi. Les chiffres et les intentions prêtés à César sont donnés sous réserve : la rumeur grossit à mesure qu’elle chemine.

Un premier cavalier entre par la voie du nord

Un cavalier couvert de boue est entré dans la Ville par la voie Flaminia peu avant le jour et a gagné aussitôt la maison d’un sénateur. On dit qu’il descend de la province, qu’il a changé de monture plusieurs fois et qu’il porte de mauvaises nouvelles. Ce qu’il a dit exactement, nul autour de nous ne le tient de première main. À cette heure, nous n’avons qu’une chose sûre : quelqu’un est venu du nord en hâte, et l’on s’est empressé de le faire taire dans une maison.

Les premières dépêches se contredisent déjà

D’autres arrivants confirment un mouvement de troupes du côté de la frontière de la province, mais sur le reste rien ne s’accorde. Les uns assurent que César a franchi en armes le cours d’eau qui borne son commandement et qu’une ville a été prise ; les autres, venus par la même route, disent seulement avoir vu des enseignes en marche, sans savoir où ni combien. Nous ne trancherons pas : à cette heure, les récits se démentent l’un l’autre.

Au Forum, la rumeur enfle d’heure en heure

La nouvelle a gagné le Forum et ne cesse d’y grossir. On entend citer une légion, puis deux, puis toute une armée ; on parle de villes ouvertes, de campagnes en fuite, d’une colonne qui déjà descendrait vers le sud. Chaque bouche ajoute à ce qu’elle a reçu. Nous le disons franchement : ces nombres et ces marches ne sont vérifiés par personne. La crainte, elle, est réelle et court plus vite que les courriers.

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La carte

De Ravenne à Ariminum : la frontière franchie

César tenait ses quartiers à Ravenne, aux confins de sa province de Gaule cisalpine. Vers le sud, un cours d’eau marque la limite au-delà de laquelle un gouverneur ne peut mener ses troupes en armes sans se mettre hors la loi. Passé cette borne, la première ville d’Italie sur la route est Ariminum, où débute la voie Flaminia qui remonte vers Rome. Voici les repères de la descente, tels qu’on peut les situer.

Ravenne Base de César

Ville de la province de Gaule cisalpine où César tenait ses quartiers d’hiver avec ses troupes, à l’écart de Rome mais à portée de la frontière.

La frontière de province Un cours d’eau-limite

Un petit fleuve côtier marque le sud de la Gaule cisalpine. La borne est juridique avant d’être géographique : au-delà, la province cesse et l’imperium du gouverneur avec elle. Son tracé exact reste discuté (voir notes).

Ariminum (Rimini) 1ʳᵉ ville d’Italie

Première cité au sud de la frontière, sur la côte adriatique. On rapporte qu’elle a été occupée sans combat au lendemain du franchissement.

La voie Flaminia Axe vers Rome

Grande route qui part d’Ariminum et traverse l’Apennin jusqu’à Rome. C’est l’artère par laquelle une armée du nord, comme une nouvelle, gagne la Ville.

Ariminum → Rome ≈ 220 milles

Environ deux cent vingt milles romains par la voie Flaminia, soit plusieurs jours de marche ou de chevauchée. La distance qui sépare la frontière de la Ville — et qui mesure aussi le retard de nos nouvelles.

L’identification du fleuve-frontière antique n’est pas assurée. Plusieurs cours d’eau de la région de Cesena et Savignano sont candidats — le Rubicone actuel, le Pisciatello, l’Uso — sans que l’on puisse pointer un lit précis comme certain.

Le nom même de « Rubicone » n’a été fixé officiellement sur un cours d’eau qu’à une époque bien postérieure : nous ne prétendons donc pas tracer sur la carte une ligne exacte, mais seulement situer une borne de province entre Ravenne et Ariminum.

Les distances sont données en milles romains d’après les étapes de la voie Flaminia et valent comme ordre de grandeur, non comme mesure au pas près.

Combien d’hommes, et déjà où ?

L’enquête sur les effectifs réels de la colonne, et le récit d’un habitant d’Ariminum, première ville sous les enseignes de César.

Entretien

Le grand entretien du jour

La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.

Ce que Rome redoute

La mémoire de Sylla marchant sur Rome, la question que tous se posent — faut-il en venir aux armes entre citoyens ? — et deux figures qui l’incarnent : Caton, qui refuse tout marchandage, et Cicéron, qui plaide encore l’accommodement.

Portrait

Caton, l’intransigeant qui refuse tout marchandage

Arrière-petit-fils du Censeur, stoïcien qui marche pieds nus, incorruptible au point qu’on jure « pas même si Caton l’affirmait » pour dire une chose incroyable : depuis quatorze ans, un homme s’oppose à César sans jamais fléchir. C’est lui, aujourd’hui, qui pousse le Sénat à ne rien céder. Reste la question dont on débat à toutes les tables de la Ville : sa fermeté sauve-t-elle la République, ou la jette-t-elle dans la guerre ?

13 janvier 49 av. J.-C. 6 min