Depuis le bord du champ et le camp de César, ce que nous voyons et ce qui se dit à mesure que la journée avance — en séparant, autant qu’on le peut, ce qui est établi de ce qui n’est encore que rapporté.
Note de la rédactionConfirmé
Comment nous tenons ce fil
Nous suivons cette journée depuis le rebord de la plaine et le camp de César, dans l’ordre où les choses se donnent à voir et à entendre. Ce que nous rapportons vient de ce que nos yeux saisissent de loin et des propos des hommes qui vont et viennent — officiers, courriers, blessés. La poussière, le bruit et l’étendue du front rendent tout regard partiel : nul, d’un seul point, ne voit toute une bataille. Nous ne saurions même pas nommer avec certitude le lieu où nous sommes : c’est une plaine de la Bétique, près d’une place forte nommée Munda, sans que l’on s’accorde ici sur ses abords exacts. Nous distinguons donc ce qui est établi de ce qui n’est que colporté, et les chiffres que nous donnons ne sont que des ordres de grandeur.
FaitConfirmé
Les deux armées se rangent face à face
Au lever du jour, les deux armées se forment en travers de la plaine. On les voit se ranger chacune sur plusieurs lignes de fantassins, enseignes déployées, cavalerie portée aux ailes. Le front s’étire sur une grande largeur. Que la bataille rangée si longtemps cherchée s’engage aujourd’hui, nul dans ce camp n’en doute plus : les deux masses sont en présence et rien ne les sépare plus que l’espace découvert où se fera la rencontre.
FaitProbable
L’armée des Pompée paraît la plus nombreuse
Vue d’ici, l’armée que commandent les fils de Pompée paraît la plus nombreuse — on parle d’environ treize légions contre les huit de César, sans qu’on puisse en fixer le compte. À ce nombre se mêlent, dit-on, des rescapés d’Afrique, des cavaliers et des troupes légères levées dans la province. En face, César aligne des légions éprouvées mais moins nombreuses. Chacun, au camp, mesure des yeux cette disproportion et sait que la journée sera rude.
FaitProbable
Les Pompéiens tiennent le terrain haut
Les Pompéiens se sont rangés sur une pente, adossés à la place forte de Munda, position d’où ils dominent la plaine et attendent qu’on vienne à eux. Descendre vers eux, c’est monter sous les traits ; les tenir immobiles sur leur hauteur, c’est leur laisser l’avantage du sol. Nous voyons l’armée de César s’ébranler malgré cela vers le terrain haut, ce que beaucoup ici jugent hardi, quelques-uns téméraire.
Le jour du choc : deux fronts face à face et la charge maure
Les deux armées se sont rangées dans une plaine de Bétique, front contre front. On donne ici, tel qu’on a pu le voir et le reconstituer, l’ordre de bataille des deux camps : la masse pompéienne, plus nombreuse, adossée à la hauteur, l’armée de César en contrebas, et l’affaire qui a fini par emporter la journée — la cavalerie maure du roi Bogud, portée sur un flanc, qui a percé et fait basculer un combat longtemps indécis. Les effectifs ne sont donnés qu’en ordres de grandeur (voir notes).
Le front pompéien≈ 13 légions
L’armée des fils de Pompée, la plus nombreuse, rangée sur la hauteur, appuyée à la place de Munda. On y compte les rescapés d’Afrique et des levées de la province, sous Cnaeus Pompée, avec Labienus et Attius Varus. Le chiffre est une estime des auteurs, non un compte.
Le front césarien≈ 8 légions
César range son armée en contrebas, en infériorité de nombre, la Xᵉ légion à l’aile droite. Il doit attaquer une position plus haute et bien tenue. Là aussi le chiffre n’est qu’un ordre de grandeur rapporté.
Le choc frontalFront contre front
Nulle grande manœuvre d’aile au départ : les deux lignes se sont heurtées de front et sont restées accrochées des heures, sans que l’une plie. On rapporte que César et Cnaeus durent descendre eux-mêmes dans les rangs pour retenir leurs hommes.
La cavalerie de BogudSur un flanc
La cavalerie maure du roi Bogud, allié de César, portée contre un flanc pompéien pendant que les fronts s’usaient. C’est sa percée que l’on tient pour l’affaire décisive : elle menace les arrières et fait céder la ligne adverse.
La position adverseAdossée à la hauteur
Les Pompéiens tiennent le terrain haut, la place de Munda derrière eux comme point d’appui et refuge. Avantage de position qui explique la longueur du combat frontal, avant que le flanc ne cède.
Confirmé
Les armées se rangent
Les deux corps de bataille sortent et se déploient dans la plaine, les Pompéiens sur la hauteur, César en contrebas. Le choc frontal s’engage.
Rapporté
Un front qui ne cède pas
Les lignes restent accrochées de longues heures, sans avantage net. On rapporte que les chefs eux-mêmes durent payer de leur personne pour tenir les rangs.
Rapporté
La charge de Bogud
La cavalerie maure de Bogud est lancée contre un flanc pompéien et le perce, menaçant les arrières de la ligne adverse.
Rapporté
La ligne pompéienne se rompt
Le flanc entamé, le front des fils de Pompée fléchit puis se disloque ; le combat, indécis jusque-là, tourne à l’avantage de César, resté maître du champ.