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Plan gravé de la bataille de Munda (45 av. J.-C.) : les deux armées, celle de César et celle du jeune Cnaeus Pompée, déployées en carrés face à face au centre de la plaine, ruisseau, camps retranchés et ville de Munda en arrière-plan

Munda : César dit avoir « combattu pour sa vie »

Antoine Humblot (dessin) et Mathey (gravure), « Bataille de Munda en Espagne, gagnée par Jule César contre le jeune Cnéius Pompée, l’an de Rome 708 » (1732), Bibliothèque nationale de France, département Cartes et plans — domaine public (Wikimedia Commons).

Le 17 Martius, dans une plaine de Bétique, l’armée de César et celle de Cnaeus Pompée se sont heurtées de front des heures durant, sans que la victoire penche d’un côté. On rapporte que le proconsul et le chef pompéien sont descendus à pied dans les rangs pour retenir leurs lignes. C’est, dit-on au camp, la journée la plus rude de toute la carrière de César.

La rédaction 20 Martius 45 av. J.-C. 8 min
En direct Fil en cours — dépêches recueillies à chaud, la plupart à confirmer

La journée du 17 Martius, heure par heure : les deux armées se rangent, le choc qui s’enlise, la place forte emportée

Depuis le bord du champ et le camp de César, ce que nous voyons et ce qui se dit à mesure que la journée avance — en séparant, autant qu’on le peut, ce qui est établi de ce qui n’est encore que rapporté.

Comment nous tenons ce fil

Nous suivons cette journée depuis le rebord de la plaine et le camp de César, dans l’ordre où les choses se donnent à voir et à entendre. Ce que nous rapportons vient de ce que nos yeux saisissent de loin et des propos des hommes qui vont et viennent — officiers, courriers, blessés. La poussière, le bruit et l’étendue du front rendent tout regard partiel : nul, d’un seul point, ne voit toute une bataille. Nous ne saurions même pas nommer avec certitude le lieu où nous sommes : c’est une plaine de la Bétique, près d’une place forte nommée Munda, sans que l’on s’accorde ici sur ses abords exacts. Nous distinguons donc ce qui est établi de ce qui n’est que colporté, et les chiffres que nous donnons ne sont que des ordres de grandeur.

Les deux armées se rangent face à face

Au lever du jour, les deux armées se forment en travers de la plaine. On les voit se ranger chacune sur plusieurs lignes de fantassins, enseignes déployées, cavalerie portée aux ailes. Le front s’étire sur une grande largeur. Que la bataille rangée si longtemps cherchée s’engage aujourd’hui, nul dans ce camp n’en doute plus : les deux masses sont en présence et rien ne les sépare plus que l’espace découvert où se fera la rencontre.

L’armée des Pompée paraît la plus nombreuse

Vue d’ici, l’armée que commandent les fils de Pompée paraît la plus nombreuse — on parle d’environ treize légions contre les huit de César, sans qu’on puisse en fixer le compte. À ce nombre se mêlent, dit-on, des rescapés d’Afrique, des cavaliers et des troupes légères levées dans la province. En face, César aligne des légions éprouvées mais moins nombreuses. Chacun, au camp, mesure des yeux cette disproportion et sait que la journée sera rude.

Les Pompéiens tiennent le terrain haut

Les Pompéiens se sont rangés sur une pente, adossés à la place forte de Munda, position d’où ils dominent la plaine et attendent qu’on vienne à eux. Descendre vers eux, c’est monter sous les traits ; les tenir immobiles sur leur hauteur, c’est leur laisser l’avantage du sol. Nous voyons l’armée de César s’ébranler malgré cela vers le terrain haut, ce que beaucoup ici jugent hardi, quelques-uns téméraire.

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Le dispositif

Le jour du choc : deux fronts face à face et la charge maure

Les deux armées se sont rangées dans une plaine de Bétique, front contre front. On donne ici, tel qu’on a pu le voir et le reconstituer, l’ordre de bataille des deux camps : la masse pompéienne, plus nombreuse, adossée à la hauteur, l’armée de César en contrebas, et l’affaire qui a fini par emporter la journée — la cavalerie maure du roi Bogud, portée sur un flanc, qui a percé et fait basculer un combat longtemps indécis. Les effectifs ne sont donnés qu’en ordres de grandeur (voir notes).

Le front pompéien ≈ 13 légions

L’armée des fils de Pompée, la plus nombreuse, rangée sur la hauteur, appuyée à la place de Munda. On y compte les rescapés d’Afrique et des levées de la province, sous Cnaeus Pompée, avec Labienus et Attius Varus. Le chiffre est une estime des auteurs, non un compte.

Le front césarien ≈ 8 légions

César range son armée en contrebas, en infériorité de nombre, la Xᵉ légion à l’aile droite. Il doit attaquer une position plus haute et bien tenue. Là aussi le chiffre n’est qu’un ordre de grandeur rapporté.

Le choc frontal Front contre front

Nulle grande manœuvre d’aile au départ : les deux lignes se sont heurtées de front et sont restées accrochées des heures, sans que l’une plie. On rapporte que César et Cnaeus durent descendre eux-mêmes dans les rangs pour retenir leurs hommes.

La cavalerie de Bogud Sur un flanc

La cavalerie maure du roi Bogud, allié de César, portée contre un flanc pompéien pendant que les fronts s’usaient. C’est sa percée que l’on tient pour l’affaire décisive : elle menace les arrières et fait céder la ligne adverse.

La position adverse Adossée à la hauteur

Les Pompéiens tiennent le terrain haut, la place de Munda derrière eux comme point d’appui et refuge. Avantage de position qui explique la longueur du combat frontal, avant que le flanc ne cède.

Confirmé

Les armées se rangent

Les deux corps de bataille sortent et se déploient dans la plaine, les Pompéiens sur la hauteur, César en contrebas. Le choc frontal s’engage.

Rapporté

Un front qui ne cède pas

Les lignes restent accrochées de longues heures, sans avantage net. On rapporte que les chefs eux-mêmes durent payer de leur personne pour tenir les rangs.

Rapporté

La charge de Bogud

La cavalerie maure de Bogud est lancée contre un flanc pompéien et le perce, menaçant les arrières de la ligne adverse.

Rapporté

La ligne pompéienne se rompt

Le flanc entamé, le front des fils de Pompée fléchit puis se disloque ; le combat, indécis jusque-là, tourne à l’avantage de César, resté maître du champ.

Effectifs en ordres de grandeur seulement : environ treize légions pompéiennes contre huit césariennes, d’après les auteurs anciens et non un comptage. Les pertes que l’on avancera (souvent de l’ordre de plusieurs dizaines de milliers du côté vaincu, très basses du côté vainqueur) viennent pour bonne part du camp de César : à prendre avec réserve.

La source principale du détail de la bataille est le Bellum Hispaniense, récit d’un continuateur anonyme de César, de qualité médiocre, lacunaire et confus dans sa chronologie comme dans sa topographie. Tout détail tactique qu’il est seul à donner doit être tenu pour fragile.

Le terrain est incertain : l’emplacement exact de la plaine de Munda se discute (candidats en Bétique du côté d’Osuna, de Montilla, de Monda, de Ronda). Le schéma vaut pour l’agencement des deux fronts et la charge de flanc, non comme relevé du terrain.

Date : « 17 Martius 45 » suit le calendrier julien, dont 45 est la première année ; la date est transmise telle quelle, sa correspondance exacte avec le comput actuel restant débattue.

Portrait

Attius Varus, le gouverneur d’Afrique que la guerre a jeté en Hispanie

Il gouverna l’Afrique au nom du Sénat, la tint contre César, commanda une flotte, réchappa du désastre de Thapsus. Le voici en Bétique, parmi les officiers venus chercher ici un dernier théâtre, aux côtés des fils de Pompée et de Labienus. Non un transfuge comme ce dernier, mais un optimate resté fidèle jusqu’au bout — dont nul, au camp, ne sait au juste quel commandement on lui a confié.

14 Martius 45 av. J.-C. 6 min

La journée racontée par ceux qui l’ont faite

Un centurion de la Dixième dans la mêlée, un cavalier de Bogud dans la charge décisive, et le prince maure dont le mouvement a fait basculer le jour.

Entretien

Le grand entretien du jour

La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.

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