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Gravure représentant le roi Louis IX de France entouré de guerriers sarrasins au moment de sa capture, jeté à bas de sa monture, la scène de la déroute de Fariskur en arrière-plan

Le roi de France aux mains du Sarrasin

Gustave Doré, « Saint Louis fait prisonnier » (Septième croisade), gravure, XIXᵉ siècle — domaine public (Wikimedia Commons).

Il faut l’écrire, et la main tremble à le tracer : le roi Louis, notre sire, est prisonnier des Infidèles. Pris malade, à la queue de l’ost en retraite, au petit village de Munyat Abî Abdallah, le mardi après la fuite du camp. Avec lui, ses deux frères, le comte d’Anjou et le comte de Poitiers, et une foule de barons. Nul n’avait imaginé cela. On voulait sauver l’armée ; on a perdu le roi.

Guillaume de Saint-Jean, clerc 10 avril 1250 8 min
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La nouvelle tombe : le roi est pris — 6 avril 1250

Reconstitution de la nuit et de la matinée de Fariskur, d'après les fuyards remontés jusqu'au camp de Damiette

Ce que nous savons, ce que nous rapportons sous réserve

Ce fil reconstitue, heure par heure autant qu'il se peut, la nuit et la matinée où l'ost s'est défaite devant Fariskur. Les récits nous viennent de gens échappés à grand-peine, remontés le fleuve jusqu'au camp de Damiette ; ils se contredisent souvent sur l'heure et sur le détail. Nous distinguons ce qui est tenu pour sûr de ce qui n'est encore que bruit couru de bouche en bouche.

Le camp de Fariskur décide de replier vers Damiette

Depuis des jours, le camp devant Fariskur ne tient plus qu'à grand-peine : le mal frappe des rangs entiers, le pain manque, et les barques mameloukes coupent le fleuve derrière l'ost, si bien que rien ne monte plus de Damiette. Le conseil du roi arrête, dans la soirée, de rompre le camp et de redescendre vers la ville de nuit, tant que les Sarrasins peuvent être trompés par l'obscurité.

Les malades qu'on ne peut emporter

Le plus dur, disent ceux qui l'ont vécu, tient dans ce moment-là : nombre d'hommes du mal sont trop affaiblis pour suivre, et il n'y a ni assez de montures ni assez de barques pour tous les porter. On rapporte que beaucoup, sachant qu'ils n'atteindraient pas Damiette, ont supplié qu'on ne les abandonne point, et que d'autres se sont tus, résignés à rester sur place à la merci de l'ennemi. Le roi lui-même, très affaibli par le mal qui l'a pris, ne se sépare pas de son arrière-garde et refuse, dit-on, de prendre les devants sur une barque tant que ses gens marchent à pied.

Un pont laissé intact ouvre le passage aux poursuivants

Le repli, engagé dans la confusion et la hâte, laisse debout un pont de barques sur un canal que l'on devait couper derrière soi. On dit que l'ordre n'a pas été tenu, ou qu'il n'est pas parvenu à temps à ceux qui devaient l'exécuter. Quoi qu'il en soit, ce pont demeuré en place donne aux cavaliers du soudan le moyen de passer à la poursuite de l'ost dès le point du jour.

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