Chrétien-Guillaume de Lamoignon de Malesherbes, ancien ministre de la Maison du roi, l’un des trois défenseurs de Louis Capet
Entretien | M. de Malesherbes, défenseur du roi au lendemain du vote de la mort : « J’ai passé ma vie à réclamer des juges impartiaux ; il m’en manque un aujourd’hui »
À soixante et onze ans, l’ancien ministre de la Maison du roi s’est offert de lui-même pour défendre Louis Capet. La nuit dernière, la Convention a prononcé la mort à quelques voix de majorité ; reste à débattre le sursis. Le vieux magistrat reçoit notre correspondant. Il dit l’impossibilité, à ses yeux, d’un jugement où la même assemblée accuse, juge et fait la loi ; il rappelle ce qu’il a vu et entendu auprès du roi ; et il ne cache pas ce qu’il espère encore. Un long entretien avec l’homme qui, des trois défenseurs, est le plus proche du prisonnier du Temple.
Monsieur, vous auriez pu vous tenir à l’écart. Rien ne vous obligeait à cette charge. Pourquoi vous être offert de vous-même pour défendre Louis Capet ?Rien ne m’y obligeait, en effet, sinon moi-même. J’ai écrit au président de votre assemblée qu’une fois deux fois j’avais été appelé au conseil de celui qui fut mon maître, du temps où il était puissant, et que je ne voyais pas pourquoi je me déroberais aujourd’hui qu’il ne l’est plus. On sert un roi dans sa grandeur ; on peut bien le servir dans son malheur. J’ai dit que, s’il me choisissait pour cette fonction, j’étais prêt à m’y dévouer. Comprenez-moi : je ne me pose pas en héros, cela me ferait sourire. Je suis un vieil homme qui a passé sa vie dans la robe et qui, arrivé au bout, ne veut pas se reprocher d’avoir laissé un accusé sans conseil, fût-ce le plus élevé de tous. La chose m’a paru simple, au fond. Elle l’était.
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