Un gardien de la paix de la Préfecture de police, Île de la Cité
« J’ai lâché mon uniforme mardi. Ce matin, j’ai repris un fusil sur le parvis. Entre les deux, je n’ai pas beaucoup dormi. »
Depuis ce matin, le drapeau tricolore flotte sur la Préfecture de police. Parmi les quelque deux mille gardiens qui l’ont prise, l’un d’eux a accepté de parler — de la grève commencée mardi, de la porte laissée entrouverte, et de ce que fut, avant cela, le métier de policier sous l’Occupation.
Racontez-moi ce matin. Comment êtes-vous entré dans la Préfecture ?À pied, en veston, comme un homme qui va à son travail. On nous avait dit de nous trouver sur le parvis avant sept heures, sans uniforme, sans rien qui se voie. Nous étions des centaines, puis des milliers, à traîner là comme si de rien n’était, à guetter les fenêtres. Je n’avais sur moi que mon pistolet de service, celui que j’avais gardé quand on nous a ordonné de rendre le reste. Une balle de trop dans la poche et c’était fini. Et puis la porte s’est ouverte — quelqu’un l’avait laissée entrouverte de l’intérieur, je ne sais pas qui, je ne veux pas le savoir — et nous sommes entrés en courant. Franchir ce seuil, cette porte devant laquelle j’ai monté la garde tant de fois pour d’autres, ça m’a fait quelque chose que je ne saurais pas bien vous dire.
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