À la une
Enluminure médiévale de la bataille de Crécy : à gauche les cavaliers français en armure chargent, à droite et au premier plan les archers anglais bandent leurs arcs longs ; corps et arbalétriers tombés jonchent le sol, un château et des collines en arrière-plan.

Désastre en Ponthieu : la fleur de la chevalerie taillée en pièces devant Crécy

Loyset Liédet (enlumineur), bataille de Crécy, enluminure des Chroniques de Jean Froissart (BnF, ms. Français 2643, fol. 165v), vers 1450 — domaine public (Wikimedia Commons).

Les nouvelles nous parviennent de cinq jours, confuses et grossies de bouche en bouche, mais elles concordent sur l’essentiel : le samedi 26 août, près de Crécy-en-Ponthieu, l’ost du roi de France s’est brisé contre les Anglais retranchés sur une crête. On dit la perte affreuse, et l’on pleure déjà de très grands noms. Nous rapportons ici ce qui remonte jusqu’à nous, sans pouvoir encore en mesurer toute l’étendue.

Le chroniqueur militaire 31 août 1346, 08h00 9 min
En direct Issue inconnue

En direct du Ponthieu — la bataille de Crécy

L’ost anglais s’est retranché sur la crête au-dessus de Crécy ; l’ost de France, après une longue marche, paraît en cette fin de journée. Nous rapportons heure après heure ce que les courriers et les fuyards laissent entendre du champ ; rien n’est encore tranché.

L’ost anglais demeure rangé sur la crête

Depuis le milieu du jour, les Anglais ne bougent point. Ils se tiennent sur une hauteur au-dessus de Crécy, en trois batailles, le dos appuyé à un bois et à des pentes. On les dit reposés et nourris, ayant pris poste de longue main, là où ils ont voulu attendre.

L’ost de France paraît, au bout d’une longue marche

Les bannières de France se découvrent sur les chemins du Ponthieu. La chevalerie arrive par troupes, échauffée d’une marche qui dure depuis l’aube ; les rangs s’allongent et se mêlent sans qu’on ait pu, semble-t-il, les ordonner tout à fait.

On dit qu’on a voulu différer le combat

Le bruit court parmi les arrivants que des avis sages auraient conseillé d’attendre le lendemain, le temps de rassembler tout l’ost et de le mettre en ordre. Mais la presse des arrivants et l’ardeur des seigneurs l’auraient emporté : on ne peut plus reculer ceux qui poussent par-derrière.

Une averse traverse le champ

Une pluie soudaine et drue s’est abattue, détrempant la terre et les hommes, puis le ciel s’est rouvert. Le soleil, dit-on, donne maintenant du côté des nôtres, face aux archers ennemis postés sur la pente.

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L’ordre de bataille

Crécy en chiffres : ce que l’on peut estimer

Les forces et les pertes de la journée du 26 août, données en fourchettes : aucun témoin n’est en état d’en arrêter le compte, et les chroniqueurs gonflent volontiers les nombres.

Armée anglaise (estimation) ≈ 7 000-10 000 hommes

Archers, hommes d’armes et gens de pied ; certains récits poussent au-delà, ce qui paraît excessif.

Armée française (estimation) ≈ 24 000-50 000 hommes

Chevalerie, arbalétriers génois et milices ; tel chroniqueur va jusqu’à cent mille, chiffre tenu pour exagéré.

Chevaliers français tombés ≈ 1 500

Ordre de grandeur le plus souvent avancé pour la noblesse fauchée dans les charges du soir.

Arbalétriers génois tués ≈ 2 300

Envoyés en avant et défaits avant le gros du combat ; piétinés ensuite par la chevalerie selon plusieurs récits.

Pertes françaises totales (estimation) ≈ 6 000

Toutes conditions confondues ; chiffre indicatif, que les chroniqueurs feront varier longtemps.

Pertes anglaises (estimation) ≈ 100-300 hommes

Déséquilibre jugé étonnant et difficile à croire à l’époque, tant il paraît grand.

Tous les nombres sont des estimations divergentes, données en fourchettes.

Les chiffres des chroniqueurs sont notoirement gonflés ; on retient ici des ordres de grandeur, non des comptes arrêtés.

La fleur de la chevalerie fauchée

Le récit d’un homme d’armes échappé du champ de nuit, et le registre des très grands noms tombés en Ponthieu — du roi aveugle de Bohême au frère du roi de France.

Entretien

Le grand entretien du jour

La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.

Réactions

Le roi de Bohême et le frère du roi parmi les morts du Ponthieu

Les nouvelles qui arrivent de Crécy-en-Ponthieu accablent les cours d’Europe. Parmi les milliers de morts que l’on dénombre encore, les noms les plus illustres de la chevalerie française et alliée se lisent comme le registre d’un désastre sans précédent depuis des générations. Jean de Luxembourg, roi de Bohême, Charles d’Alençon, frère du roi Philippe, Louis de Nevers, comte de Flandre — ces grands seigneurs ne reviendront pas. La liste s’allonge de jour en jour.

3 septembre 1346, 08h00 5 min
Guerre

Les arbalétriers génois : gens de métier soldés à grand prix, envoyés à découvert, piétinés par les nôtres

On les dit déjà traîtres et couards, ces arbalétriers de Gênes que le roi avait soldés à grand prix et poussés au premier choc. À entendre les revenants du Ponthieu, leur malheur fut d’autre sorte : envoyés en avant sans leurs pavois, restés aux chariots, sous une averse qui avait mollé leurs cordes, ils reculèrent — et la chevalerie, les prenant pour des félons, leur passa sur le corps.