Un bourgeois drapier de l’Île Saint-Jean, à Caen, rescapé du sac du 26 juillet, réfugié à l’arrière et taisant son nom.
« Ils sont passés par l’eau, là où nous les croyions arrêtés » — un drapier de l’Île Saint-Jean, rescapé du sac de Caen
Réfugié loin de sa ville, un marchand drapier de l’Île Saint-Jean nous raconte le 26 juillet : l’ost anglais franchissant l’Odon à gué, la ville basse défendue puis submergée, les maisons pillées et brûlées, les siens dispersés. Il a tout perdu — ses entrepôts de drap, sa maison, des proches. Il ne sait ni le nombre des morts, ni où va l’armée d’Édouard, ni quand viendra le roi Philippe.
Avant tout ceci, quelle était votre vie, et quelle ville était Caen ?J’étais drapier, comme mon père avant moi. Je tenais boutique et deux entrepôts dans l’Île Saint-Jean, le quartier neuf, entre l’Odon et l’Orne, là où se pressent les marchands. On y travaillait le drap, on l’y vendait, on l’y chargeait pour l’expédier. Caen était une grande et riche ville, l’une des plus grandes de Normandie, et une ville ouverte : point de muraille tout autour comme à Rouen ou à Paris, mais un bourg qui s’était étendu à l’aise, riche et sans crainte, parce qu’on n’y avait pas vu de guerre depuis longtemps. C’est cela qu’il faut comprendre d’abord : nous vivions dans une ville qui ne s’attendait à rien.
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