De l’escarmouche d’avant l’aube à la déroute de la fin d’après-midi : le fil de la rude journée livrée devant Castillon, où les gens du roi de France, retranchés sous le canon de maître Jean Bureau, ont reçu l’assaut de l’armée du sire Talbot venue de Bordeaux.
DépêcheProbable
Coup de main anglais sur le poste avancé du prieuré
Avant le point du jour, l’avant-garde de l’armée venue de Bordeaux est tombée sur le poste de francs-archers que les gens du roi tenaient un peu en avant de leur camp, du côté d’un établissement religieux. On dit le prieuré Saint-Laurent ; d’autres parlent du couvent des Carmes — la place exacte du choc se conte diversement et reste à fixer. Surpris au petit matin, les archers, plusieurs centaines dit-on, ont été rompus et dispersés ; les survivants se sont repliés en hâte sur le camp retranché, en repassant le ruisseau de la Lidoire.
FaitConfirmé
Le sire Talbot accourt en avant de son armée
Messire John Talbot, comte de Shrewsbury, qui mène les gens du roi d’Angleterre, est arrivé en hâte du côté de Libourne, devançant le gros de ses troupes encore en chemin. Il n’a près de lui qu’une partie de son monde, cavaliers et gens de pied ; le reste de l’armée et l’artillerie suivent à distance. On le dit résolu à ne pas laisser refroidir l’avantage du matin.
RumeurIncertain
On lui rapporte que les Français lèveraient le camp
Le bruit court dans les rangs anglais que les gens du roi de France abandonneraient leur camp et battraient en retraite : on aurait vu, dit-on, une grande poussière s’élever derrière les retranchements, signe qu’on plie bagage et qu’on s’éloigne. Faut-il s’y fier ? Rien n’est moins sûr : cette poussière pourrait n’être que celle des valets et des goujats que l’on renvoie à l’arrière avant l’affaire. Le sire Talbot, à ce qu’on rapporte, tient le camp pour à demi vide et veut frapper sans attendre le reste de ses forces.
DépêcheConfirmé
Assaut anglais sur le camp retranché de maître Bureau
Sur la foi de ce rapport, les Anglais ont porté l’assaut contre le parc retranché que maître Jean Bureau, maître de l’artillerie du roi, a fait dresser hors de la portée des canons de la place. Fossé, palissade et le talus du ruisseau en défendent les abords ; on y a réuni, dit-on, un grand nombre de bouches à feu de toutes tailles. Les gens de Talbot, mis pied à terre, sont venus se ruer contre les défenses au cri accoutumé, sans attendre que tout leur monde fût rangé.
Comment la place assiégée par l’artillerie du roi appela Talbot à son secours — et où en était, ce mois de juillet, la campagne qui reprenait la Guyenne pièce à pièce.
Comment, en deux ans, le pays bordelais est passé de main en main : Bordeaux rendue au roi en 1451, puis rappelant les Anglais et Talbot à l’hiver 1452-1453, et l’armée du roi revenue en force cet été. L’état des places tel qu’on le rapporte, sans rien préjuger de l’issue.
BordeauxRendue au roi, 30 juin 1451
La grande cité de Guyenne ouvre ses portes à l’armée de Charles VII ; le pays bordelais paraît acquis à la couronne de France.
Le retour de TalbotOctobre 1452
Rappelé par les bourgeois, le vieux capitaine anglais débarque et rentre dans Bordeaux, qui se redonne au roi d’Angleterre.
La reprise anglaiseHiver 1452-1453
Castillon et d’autres places du pays suivent le branle de Bordeaux et rentrent dans l’obéissance anglaise.
L’offensive du roiÉté 1453
L’armée royale redescend en Guyenne en plusieurs corps pour reprendre les places passées aux Anglais.
CastillonInvestie, vers le 8 juillet 1453
Trois corps de l’armée du roi font leur jonction sur la Dordogne et mettent le siège devant la place.
Confirmé
Bordeaux rendue au roi
La cité ouvre ses portes à l’armée de Charles VII.
Confirmé
Talbot rentre dans Bordeaux
Rappelé par la ville, le capitaine anglais reprend la Guyenne pour le roi d’Angleterre.
Rapporté
Les places se redonnent aux Anglais
Castillon et d’autres villes suivent Bordeaux dans l’obéissance anglaise.
Confirmé
L’armée du roi redescend en Guyenne
Plusieurs corps marchent pour reprendre les places du pays bordelais.
Rapporté
Castillon investie
L’armée du roi met le siège devant la ville sur la Dordogne.
Le camp qui a tout décidé
Le parc à canons de maître Bureau
Le retranchement hérissé de bouches à feu où s’est brisé l’assaut anglais : comment il a tenu, pourquoi l’on s’y est jeté quand même, et la parole d’un servant des pièces.
Devant Castillon, le maître de l’artillerie du roi a fait dresser non une batterie de siège, mais un camp fortifié hérissé de bouches à feu : un long fossé, un talus garni de pieux tracé en ligne brisée pour battre de flanc, et le canon en grand nombre. On en donne ici le dispositif tel qu’on le rapporte, chiffres en fourchettes et sans rien préjuger.
Le fossé et le talusTracé en ligne brisée
Un long fossé devant un talus de terre garni de pieux et de troncs, non tiré au cordeau mais rompu en angles, en sorte que le canon pût prendre d’enfilade qui se présenterait.
Les bouches à feuEn grand nombre (env. 300 ?)
La tradition avance jusqu’à trois cents pièces, chiffre rond qu’il faut entendre comme on entend les comptes des chroniqueurs — pour beaucoup, sans le tenir au pied.
L’armée du roiPlusieurs milliers
Les corps réunis devant Castillon se comptent par milliers d’hommes ; les chiffres exacts varient d’une source à l’autre.
L’assaut anglo-gasconDonné de front, par vagues
L’armée venue au secours de la place s’est jetée sur le retranchement et l’a assailli à découvert, sous le feu des pièces.
Les pertes anglaisesLourdes (fourchette)
On dit l’assaut fauché l’un après l’autre devant le talus ; le compte des morts est avancé par fourchettes et reste incertain.
Rapporté
Le camp est dressé
Fossé, talus en ligne brisée et parc d’artillerie sont mis en place devant la ville.
Rapporté
L’assaut est donné
L’armée anglo-gasconne attaque le retranchement de front, sous le feu des bouches à feu.
Le maître des canons du roi, le vieux capitaine anglais et le fils tombé près de lui : trois figures que la journée de Castillon a réunies sur le même champ.