D'Harfleur à la Somme : la course au fleuve

Comment l'ost de France a tenté de barrer la route à l'Anglais le long de la Somme, et comment celui-ci a fini par passer.

Infographie

De Harfleur à Azincourt

La longue remontée de l'armée anglaise, partie de Harfleur pour gagner Calais, et la manière dont l'ost de France a fini par lui barrer la route. Les jalons et surtout les dates restent sujets à caution : les nouvelles nous parviennent par dépêches éparses et témoignages discordants.

Durée de la marche env. 2 à 3 semaines

Départ de Harfleur le 8 octobre, face-à-face le 24 : on compte autour de seize jours de chemin, sans repos assuré.

Route vers Calais env. 200 à 250 km

La distance à couvrir jusqu'à la place anglaise de Calais, par des terres hostiles et des ponts coupés. Estimation prudente, le tracé exact étant débattu.

État de l'armée anglaise éprouvée

On la dit affaiblie par la dysenterie contractée devant Harfleur, par la faim et par les longues étapes. Le nombre des malades demeure inconnu.

Confirmé

Départ de Harfleur

Henri V quitte la ville prise après un mois de siège et met le cap au nord, vers Calais.

Rapporté

Blocage sur la Somme

Trouvant les ponts gardés ou rompus, les Anglais doivent remonter la rive gauche du fleuve en quête d'un gué mal défendu.

Incertain

Passage de la Somme

On rapporte que l'armée serait enfin passée plus en amont. La date et le lieu exacts du franchissement nous demeurent incertains.

Rapporté

Interception et face-à-face

Après onze jours de poursuite, l'ost de France parvient à se porter en travers de la route anglaise. Les deux armées passent la nuit en présence l'une de l'autre.

Confirmé

La bataille

Au matin, faute d'accord, le choc s'engage dans la clairière entre les bois d'Azincourt et de Tramecourt.

La datation du franchissement de la Somme, donnée « vers le 19 octobre », reste incertaine : les récits divergent sur le jour comme sur le gué emprunté.

Le lieu même de la rencontre n'est pas fixé avec certitude dans les premiers comptes rendus ; nous le rapportons sous toute réserve.

Entretien

Le grand entretien du jour

La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.

Charles d’Albret, connétable de France

« Nous le tenons à la gorge » : le connétable d’Albret dit comment il veut arrêter l’Anglais

La Somme franchie, l’armée de Henri file vers Calais, affamée et réduite. Au camp de l’ost, le connétable Charles d’Albret, à qui le roi absent a remis le commandement, expose sa manière : barrer la route du Nord, attendre les dernières bannières, laisser la faim faire son œuvre — et tenir en bride une noblesse qui ne rêve que d’en découdre.

Monseigneur, la nouvelle est venue au camp : l’Anglais a franchi la Somme. Vous aviez fait de cette rivière votre rempart. Que répondez-vous ?

Qu’une rivière n’a jamais arrêté à elle seule une armée décidée à passer. Je vous le dis sans détour : nous tenions la Somme des ponts d’Abbeville jusqu’en amont, nous avions rompu les passages et gardé les gués, et j’avais bon espoir de le contraindre à s’y user longtemps. Il a trouvé son point faible du côté de Béthencourt et de Voyennes, au-dessus de Péronne, là où les gués sont menus et nombreux, et il est passé. C’est un revers, je ne le nie point. Mais un revers n’est pas une défaite, et celui qui commande ne s’attarde pas à pleurer un plan déjoué : il en fait un autre le jour même. La Somme nous a servi à ce qu’elle devait servir : elle l’a retardé, elle l’a fait remonter loin de Calais, elle l’a affamé de journées entières. L’ouvrage n’est point perdu, il change de forme.

Lire l’entretien
20 octobre 1415, 09h0012 min