Capitaine Nikolaï Voronine, régiment de mousquetaires de Koursk, prisonnier sur parole
« Nous étions les plus nombreux, et c’est ce qui nous a perdus » : un capitaine russe prisonnier raconte
Capturé au sud du champ de bataille, où l’aile qui devait déborder les Français s’est enlisée dans la boue gelée des étangs, le capitaine Nikolaï Voronine, du régiment de mousquetaires de Koursk, traverse Strasbourg en route vers un dépôt de l’intérieur. Prisonnier sur parole, il a accepté de nous parler de la journée du 2 décembre telle qu’un officier de l’armée du tsar l’a vécue et comprise.
Capitaine, vous voyagez « sur parole », dit-on. Que recouvre exactement ce mot, pour un officier prisonnier ?Il faut d’abord vous corriger sur un point, monsieur : je ne suis pas un geôlier de vos rues, ni un forçat qu’on traîne à la chaîne. Un officier pris les armes à la main engage sa parole d’honneur de ne pas fuir, et on le traite en conséquence. Je loge en ville, je vais et viens dans des limites convenues, un homme veille à ma porte plus pour la forme que pour la crainte. C’est un usage entre nations qui se respectent, et vos officiers, je dois le dire, l’ont observé avec correction. On m’achemine par étapes vers quelque dépôt de l’intérieur, je ne sais lequel encore ; nous formons de petits convois qui remontent vers l’ouest. Pour un gentilhomme, la captivité n’est pas la honte ; la honte serait de manquer à la parole donnée. Tant que je la tiens, je reste un officier du tsar, prisonnier mais point déshonoré.
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