Baron Friedrich von Hallwyl, conseiller aulique autrichien
« L’Autriche paiera, mais combien ? » : entretien avec un diplomate viennois
De passage à Paris dans le sillage des pourparlers ouverts depuis l’armistice du 6 décembre, le baron Friedrich von Hallwyl, conseiller aulique attaché aux affaires diplomatiques, a bien voulu nous recevoir. Il parle d’une cour épuisée par trois revers en deux mois, d’une paix qu’il faut conclure et qu’il redoute de payer trop cher.
Monsieur le baron, voilà trois semaines à peine que les armées se sont rencontrées en Moravie. Dans quel état d’esprit avez-vous quitté Vienne ?Dans l’état d’esprit, monsieur, d’un homme qui a vu en deux mois s’effondrer ce qu’une cour met des années à bâtir. Songez à l’enchaînement : à peine sortis de l’automne, nous apprenons la capitulation d’Ulm et la perte de toute une armée que l’on croyait à l’abri ; puis l’ennemi entre dans Vienne, dans notre capitale, sans qu’on lui dispute les ponts comme on l’eût dû ; et pour finir, ce 2 décembre, en Moravie, cette journée que je n’ai pas le cœur de nommer autrement que par sa date. Trois coups, monsieur, trois coups portés à la suite, sans que l’on ait eu le temps de se relever du précédent. La cour n’est ni abattue ni résignée — ce serait mal connaître Vienne — mais elle est lucide, et la lucidité, à cette heure, ressemble fort à de l’amertume.
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