Capitaine Étienne Rolland, IVe corps, blessé à Pratzen
« J’ai vu le brouillard se lever sur Pratzen » : un officier blessé raconte la journée
Convalescent à Paris après avoir reçu sa blessure sur le plateau de Pratzen, le capitaine Étienne Rolland, du IVe corps, nous a ouvert sa chambre. De la marche dans le froid morave au soleil qui perça le brouillard, voici la journée du 2 décembre telle qu’un homme l’a vécue, fusil en main.
Capitaine, avant la bataille, il y a eu la marche. Dans quel état êtes-vous arrivés sur ces hauteurs de Moravie ?Éreintés, monsieur, je ne vous le cacherai pas. Nous marchions depuis des jours sur des chemins durcis par le gel, à travers un pays plat et triste où le vent ne rencontre rien pour l’arrêter. Le froid mordait les mains, et le matin la terre était blanche de givre. On dormait peu, on mangeait moins. Mais je dois vous dire une chose étrange : plus nous avancions, plus l’humeur de la troupe se raffermissait. On sentait que l’Empereur nous conduisait quelque part de précis, qu’il y avait un dessein. Les vieux soldats, ceux des campagnes d’Italie, hochaient la tête : « Il a son idée. » Et cela suffisait à réchauffer les rangs mieux qu’une ration d’eau-de-vie.
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