À la une
Salle de contrôle de mission à Houston pendant la retransmission télévisée d’Apollo 13, peu avant l’avarie, avril 1970.

Grave avarie à bord d’Apollo 13 : « Houston, we’ve had a problem »

NASA, « Mission Operations Control Room during Apollo 13 » (avril 1970) — domaine public (Wikimedia Commons).

Dans la nuit du 13 au 14 avril, vers 03 h 08 (temps universel), une explosion a frappé le module de service d’Apollo 13, à quelque 330 000 kilomètres de la Terre. Privé d’une grande part de son oxygène et de son électricité, l’équipage de Jim Lovell ne se posera pas sur la Lune. Une seule question tient désormais le monde en haleine : ces trois hommes pourront-ils rentrer.

La rédaction 14 avril 1970, 06h00 7 min
En direct Direct ouvert — nuit du 13 au 14 avril 1970 (heures en TU)

En direct — Apollo 13, l’avarie et la longue route du retour

Suivi continu de la crise, de l’explosion à bord dans la nuit du 13 au 14 avril 1970 jusqu’au terme de la rentrée, le 17 avril. Heures données en temps universel (TU).

« Okay, Houston, we’ve had a problem here » : une secousse et des alarmes à bord

Une détonation sourde, puis une secousse, ont été ressenties à bord d’Apollo 13, à plus de cinquante-cinq heures de vol et quelque 320 000 kilomètres de la Terre. Plusieurs alarmes se sont allumées au tableau. C’est le pilote du module de commande, John Swigert, qui a transmis le premier au sol : « Okay, Houston, we’ve had a problem here » — « Bon, Houston, nous avons eu un problème. » Le commandant James Lovell a aussitôt repris le message pour le confirmer, signalant une chute de tension sur le bus principal B.

Le réservoir d’oxygène n°2 chute ; deux piles à combustible lâchent

Les cadrans confirment l’alarme : la pression du réservoir d’oxygène n°2 du module de service s’effondre, indiquant zéro. Deux des trois piles à combustible, qui tirent de l’oxygène et de l’hydrogène le courant et l’eau du bord, ont cessé de débiter. C’est tout le système électrique et vital du vaisseau de commande qui se trouve menacé. Le sol et l’équipage cherchent dans l’urgence à isoler la panne et à préserver ce qui peut l’être.

Lovell aperçoit un gaz qui s’échappe du vaisseau

Du hublot, le commandant Lovell rapporte voir « un gaz de je ne sais quelle nature » s’échapper du vaisseau et se disperser dans l’espace. La fuite, si elle se confirme, expliquerait l’effondrement des pressions relevées au tableau. Nul, à cette heure, ne peut dire ce qui a cédé ni pourquoi : on constate les effets, on en ignore la cause.

Plus de Lune : il s’agit désormais de ramener trois hommes

L’ampleur de l’avarie change la nature de la mission. L’alunissage prévu dans la région de Fra Mauro n’est plus à l’ordre du jour : on ne descendra pas sur la Lune. Tout l’effort du sol et de l’équipage se reporte sur une seule question, désormais ouverte — comment rapporter sur Terre Lovell, Swigert et Haise, à bord d’un vaisseau privé d’une part de son énergie et de son oxygène.

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Ceux qui devaient marcher sur Fra Mauro

Quatre jours plus tôt, Apollo 13 s’arrachait de Floride, cap sur les hauteurs lunaires de Fra Mauro. Rappel de l’équipage — et de l’absent, Mattingly, écarté à la veille du départ — et du plan de vol que l’avarie vient de réduire à néant.

À la une

Apollo 13 a décollé : trois hommes en route vers Fra Mauro

Partie ce samedi à 14 h 13, heure de Floride, du Centre spatial Kennedy, la fusée Saturn V a placé Apollo 13 sur la route de la Lune. James Lovell, John Swigert et Fred Haise visent les hauteurs de Fra Mauro, un sol que les géologues disent riche entre tous. Une légère défaillance d’un moteur au lancement, aussitôt compensée, n’a pas troublé un départ que beaucoup, déjà, regardent d’un œil distrait.

11 avril 1970, 21h00 6 min
Portrait

Lovell, Swigert, Haise — et l’absent : pourquoi Mattingly est resté à terre

Ils sont trois à bord d’Apollo 13, partis cet après-midi vers Fra Mauro. Mais l’équipage qui s’est élancé n’est pas tout à fait celui que la NASA présentait il y a quinze jours : à soixante-douze heures du tir, le pilote du module de commande Ken Mattingly a été écarté pour un risque de rubéole, et sa doublure, Jack Swigert, a pris sa place dans le fauteuil de droite.

11 avril 1970, 20h00 7 min
Le plan de vol

La route prévue d’Apollo 13 : cap sur Fra Mauro

Le plan de vol tel qu’il est annoncé au départ : rejoindre la Lune, poser le module Aquarius dans les hauteurs de Fra Mauro, y séjourner pour récolter des roches anciennes, puis revenir et amerrir dans le Pacifique. Les dates au-delà du décollage sont prévisionnelles.

Confirmé

Décollage & orbite terrestre

Saturn V (SA-508) depuis le pas de tir 39A du Centre spatial Kennedy ; mise sur orbite de parking autour de la Terre.

Confirmé

Injection translunaire

Rallumage du 3e étage : l’ensemble quitte l’orbite terrestre et s’engage vers la Lune ; extraction du module lunaire Aquarius.

Rapporté

Croisière vers la Lune

Traversée de l’espace cislunaire, corrections de trajectoire, transmissions vers la Terre.

Rapporté

Mise en orbite lunaire (prévue)

Freinage derrière la Lune pour se placer en orbite autour de notre satellite.

Rapporté

Descente vers Fra Mauro (prévue)

Lovell et Haise devaient passer dans Aquarius et descendre vers les hauteurs de Fra Mauro, tandis que Swigert restait à bord d’Odyssey.

Rapporté

Séjour & exploration (prévus)

Deux sorties au sol étaient prévues pour récolter des roches plus anciennes que celles rapportées jusqu’ici.

Rapporté

Remontée, retour & amerrissage (prévus)

Remontée d’Aquarius, rendez-vous avec Odyssey, injection vers la Terre et amerrissage dans le Pacifique.

Plan de vol annoncé par la NASA avant le lancement du 11 avril 1970.

Les étapes au-delà du décollage sont prévisionnelles ; leur déroulement reste à confirmer.

Le module lunaire détourné pour sauver l’équipage

Le module de service est hors d’usage : c’est dans Aquarius, conçu pour se poser sur la Lune, que les trois hommes se réfugient. Comment Houston en a fait un canot, et ce que ses réserves doivent désormais tenir.

À la une

Le module lunaire transformé en canot de sauvetage

Privés de l’énergie d’Odyssey, frappé par l’avarie, les trois hommes d’Apollo 13 se sont repliés dans Aquarius, le petit module qui devait les poser sur la Lune. Conçu pour deux hommes et deux jours, il doit désormais en abriter trois pendant près de quatre. Houston y rationne chaque watt, chaque litre, chaque souffle, tandis que l’engin file vers la Lune qu’il ne foulera pas — pour mieux en revenir.

15 avril 1970, 07h00 7 min
Aquarius en canot de sauvetage

Un module lunaire pour trois hommes, quatre jours

Conçu pour déposer deux hommes deux jours sur la Lune, le module lunaire Aquarius doit désormais maintenir trois hommes en vie pendant près de quatre jours, le temps du retour. Voici ce que cela exige de ses réserves.

Conçu pour 2 hommes · ~2 jours

Autonomie prévue du module lunaire pour son rôle d’origine, l’alunissage.

Doit assurer 3 hommes · ~4 jours

Le temps nécessaire pour ramener l’équipage jusqu’à la Terre.

Énergie Batteries rationnées

Tout l’équipement non indispensable est coupé pour préserver les batteries, réservées aux manœuvres et à la rentrée.

Eau ≈ 0,2 L / homme / jour

Ration drastique ; l’eau sert aussi à refroidir les équipements.

Gaz carbonique Filtres inadaptés

Les cartouches du module de commande ne s’ajustent pas aux logements du module lunaire : un filtre de fortune doit être bricolé.

Données d’après les communiqués de la NASA, avril 1970.

Les marges réelles d’autonomie restent incertaines.

Entretien

Le grand entretien du jour

La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.

Contourner la Lune pour revenir

Plutôt que de faire demi-tour, la trajectoire de retour libre fait passer Apollo 13 derrière la Lune avant de le renvoyer vers la Terre. Le tracé de cette longue boucle et les manœuvres qu’elle impose.

La route du retour

Contourner la Lune pour rentrer

Privée du moteur du module de service, la mission ne fait pas demi-tour : elle contourne la Lune par la trajectoire de retour libre, puis le moteur du module lunaire accélère la chute vers la Terre. Les dernières étapes — rentrée et amerrissage — restent à accomplir.

Confirmé

Retour sur la trajectoire libre

Allumage du moteur de descente d’Aquarius (~34 s) pour replacer le vaisseau sur une trajectoire qui le ramène vers la Terre après avoir contourné la Lune.

Confirmé

Survol de la face cachée

Apollo 13 passe derrière la Lune, plus loin de la Terre qu’aucun équipage avant lui ; les communications sont coupées le temps du passage.

Confirmé

Allumage « PC+2 »

Deux heures après le survol, nouvel allumage du moteur du module lunaire (~4 min) pour accélérer le retour et viser le Pacifique.

Rapporté

Corrections de cap

Petits ajustements manuels pour viser le couloir de rentrée.

Rapporté

Rentrée & amerrissage (visés)

Largage des modules, rentrée atmosphérique sous bouclier thermique, parachutes et amerrissage dans le Pacifique — étapes encore à accomplir.

Trajectoire reconstituée d’après les communiqués de la NASA, avril 1970.

Les étapes du 17 avril sont prévisionnelles ; leur issue reste à confirmer.

Le froid, la soif, l’air vicié

Dans l’habitacle glacé d’Aquarius, l’eau est comptée et le gaz carbonique s’accumule. Récit heure par heure de la vie à bord, et entretien avec un ingénieur sur le filtre de fortune dicté depuis le sol.

Entretien

Le grand entretien du jour

La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.

Un ingénieur des systèmes environnementaux et de survie de la NASA (voix de fonction, non nominative)

« Maintenir trois hommes en vie là-haut, c’est compter chaque goutte et chaque souffle »

À l’heure où Lovell, Swigert et Haise approchent de la Terre dans leur module lunaire transformé en canot de sauvetage, qui dira ce que c’est que de tenir trois vies sur des réserves prévues pour deux ? Pour le comprendre, faute de pouvoir interroger les responsables accaparés par la manœuvre, nous avons reconstruit cet entretien avec une voix de fonction : un ingénieur des systèmes de survie de la NASA. Les propos qui suivent sont une mise en situation éditoriale, fidèle aux contraintes techniques connues ce matin.

Au plus simple : qu’est-ce qui maintient en vie un homme dans une cabine fermée, et qu’est-ce qui menace de manquer à bord d’Aquarius ?

Trois choses, et toujours les mêmes. Il faut de l’oxygène à respirer ; il faut retirer le gaz carbonique que les poumons rejettent, sans quoi l’air devient un poison ; et il faut de l’eau, pour les hommes et, plus encore qu’on ne l’imagine, pour refroidir les appareils. Ajoutez l’électricité, qui commande tout le reste, et la chaleur, sans laquelle un corps s’épuise. Or le module lunaire a été dessiné pour deux hommes et pour deux jours posés sur la Lune. On lui demande aujourd’hui d’en porter trois pendant près de quatre jours. Chaque réserve a donc été calculée trop courte, et il faut, depuis le sol, gagner de la marge sur chacune.

Lire l’entretien
17 avril 1970, 09h0012 min
Société

Le monde retient son souffle : prières, veilles et vœux pour trois hommes

D’une place Saint-Pierre comble au Mur des Lamentations, de Times Square aux postes de radio des chaumières, la planète s’est arrêtée pour trois Américains accrochés à un canot de fortune à des centaines de milliers de kilomètres d’ici. Le Sénat des États-Unis appelle à prier, des navires soviétiques mettent le cap sur le Pacifique : par-dessus les blocs, une même inquiétude.

16 avril 1970, 18h00 7 min
À la une

L’heure de vérité : Apollo 13 vers la rentrée, le sort des trois hommes en jeu

C’est aujourd’hui, dans les heures qui viennent, que se joue le retour de Lovell, Swigert et Haise. Réveil du module Odyssey laissé pour mort, largage du module de service, abandon du canot Aquarius, puis la plongée dans l’atmosphère et son redoutable silence radio : chaque manœuvre est une première, tentée sans filet. Nul, ce matin, ne peut dire comment elle finira.