Sir Bernard Lovell, directeur et fondateur de l’observatoire de Jodrell Bank (Cheshire), radioastronome
« Nous écoutons un visiteur dont nous ignorons le but » : Jodrell Bank traque Luna 15
Pendant que les trois Américains d’Apollo 11 filent vers la Lune, le grand radiotélescope de Jodrell Bank, en Cheshire, capte aussi les signaux d’un autre voyageur : Luna 15, l’engin automatique lancé par les Soviétiques le 13 juillet, qui converge lui aussi vers notre satellite. À l’observatoire, on écoute, on calcule, on suit sa course — mais nul, ici, ne sait au juste ce que Moscou a envoyé là-haut. Entretien.
Sir Bernard, ces jours-ci, vers quoi votre grand télescope est-il pointé ?Vers la Lune, comme à peu près tous les instruments de la planète en ce moment, mais avec une particularité : nous y suivons deux choses à la fois. Il y a, bien sûr, le vaisseau américain Apollo 11, dont l’équipage a quitté la Terre hier et fait route vers le but que vous savez. Et il y a, depuis le 13 de ce mois, un second engin, celui-là sans hommes à bord : la sonde soviétique que l’on désigne sous le nom de Luna 15. Notre antenne est assez grande et assez sensible pour capter les émissions radio de l’un et de l’autre. C’est une situation que je n’avais encore jamais connue : deux voyageurs, partis de deux camps, convergeant vers le même astre dans la même semaine, et tous deux passant, pour ainsi dire, à portée de notre oreille.
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