À la une
Miniature médiévale : un évêque élève la Sainte Lance devant une foule agenouillée dans une cathédrale, des outils de fouille posés au sol.

Sous Saint-Pierre, une pointe de fer tenue pour la Sainte Lance

Jean Colombe, miniature des « Passages d’outremer » de Sébastien Mamerot (BnF, ms. Français 5594, f. 67v), v. 1474 — domaine public, Bibliothèque nationale de France (Wikimedia Commons).

Assiégés dans Antioche qu'ils viennent de prendre, affamés par l'ost de Kerbogha, les nôtres ont exhumé sous la cathédrale une lance de fer que l'on dit avoir percé le flanc du Sauveur. Le camp du comte de Toulouse y voit un signe du Ciel ; d'autres se taisent.

Aimeri de Vézelay, clerc à la suite de l'ost, dans Antioche investie 18 juin 1098 6 min
Antioche, juin 1098

Le siège d'Antioche : la place, les forts francs, le camp de Kerbogha

La place telle qu'un homme de l'ost la voit après huit mois de siège : une immense enceinte à tours innombrables épousant les pentes du mont Silpius, la citadelle au sommet, l'Oronte au pied et le port de Saint-Siméon pour seul débouché sur la mer. La ville nous est ouverte depuis la nuit où une tour fut livrée ; mais la citadelle tient encore au-dessus de nos têtes, et l'armée de Mossoul nous a fermés à notre tour dans les murs que nous venons de prendre. Carte schématique, dressée d'après ce que l'on connaît de la place.

L'enceinte et le mont Silpius Une muraille à tours sans nombre, sur les pentes

La ville tient dans une longue muraille hérissée de plusieurs centaines de tours, qui descend des hauteurs du mont Silpius jusqu'à l'Oronte. Sa seule étendue interdit de la clore tout entière : les portes n'ont jamais pu être toutes bloquées.

La citadelle Au sommet, non prise

Au faîte du mont, la citadelle domine la ville et la plaine. Elle n'est pas tombée avec la cité : le fils du gouverneur, Shams ad-Daula, la tient encore au-dessus de nous. Qui la tient commande la place par le haut.

L'Oronte et le Pont de Fer Le fleuve et son pont fortifié, à l'est

L'Oronte coule au pied de la ville. En amont, le Pont de Fer, ouvrage à deux tours servant de péage, fut forcé à notre arrivée (20-21 octobre) : c'est par là que l'ost déboucha dans la plaine d'Antioche.

Le port de Saint-Siméon La voie de mer, à quelques lieues

À l'embouchure de l'Oronte, le port de Saint-Siméon relie l'ost à la mer. C'est par lui qu'au printemps une flotte apporta bois, fer et cordages pour les machines et les forts ; la route du port au camp, courte mais exposée, a coûté des hommes.

La tour livrée Une tour du rempart sud, ouverte de l'intérieur

La ville ne fut pas emportée de vive force mais par une tour du front sud, que l'on dit des Deux Sœurs, livrée de nuit par un homme de la garnison. Bohémond y monta le premier ; les portes s'ouvrirent ensuite. Pourquoi cet homme a-t-il ouvert, nul au camp ne le sait au juste.

Les forts francs La Mahomerie et le fort de Tancrède

Pour étrangler les portes, l'ost éleva des ouvrages de blocage : La Mahomerie devant la porte du Pont, tenue par Raymond de Saint-Gilles, et un fort confié à Tancrède devant la porte Saint-Georges, à l'ouest ; au nord, dès l'automne, le Malregard des gens de Bohémond.

Le camp de Kerbogha L'armée de Mossoul, devant les murs

Depuis la prise, la grande armée de Kerbogha, atabeg de Mossoul, s'est rangée devant la ville et nous y assiège à notre tour. On la dit très nombreuse ; nul n'en peut donner le compte, et la peur enfle les nombres.

La cathédrale Saint-Pierre Au cœur de la ville, siège de l'apôtre

Au centre de la cité, la vieille église de saint Pierre, rendue au culte depuis la prise. C'est sous son sol qu'a été exhumée, ces jours-ci, la pointe de fer que beaucoup tiennent pour la sainte Lance.

Confirmé

L'ost paraît devant Antioche

Après Nicée et Dorylée, l'armée force le Pont de Fer sur l'Oronte et campe devant la place. L'assaut direct est jugé impossible : on met le siège.

Confirmé

Famine, désertions, deux secours repoussés

La faim et le froid déciment le camp. Une sortie du gouverneur (fin décembre) est repoussée ; une première armée de secours venue de Damas est refoulée près de Harenc.

Confirmé

La bataille du lac d'Antioche

Une seconde armée de secours, celle de Ridwan d'Alep, est disloquée entre le fleuve et le lac par la cavalerie de l'ost.

Rapporté

Une flotte à Saint-Siméon, les forts s'élèvent

Du bois et du fer arrivent par mer ; l'ost dresse La Mahomerie et le fort de Tancrède pour verrouiller les portes.

Confirmé

Antioche prise par une tour livrée

Un homme de la garnison ouvre une tour du front sud ; Bohémond entre, la ville tombe dans un sac sans distinction. La citadelle, au sommet, résiste.

Confirmé

Kerbogha ferme la ville à son tour

À peine maîtres de la place, les croisés y sont assiégés par l'armée de Mossoul. La famine recommence dans les murs.

Incertain

La pointe de fer exhumée sous Saint-Pierre

Un pèlerin provençal, guidé par ses visions, fait creuser dans la cathédrale et en tire une lance, remise à Raymond de Saint-Gilles. L'ost en est relevé ; d'autres en doutent.

Carte schématique : les distances et le tracé exact des murs ne sont donnés qu'à titre indicatif.

Les effectifs des deux camps — ost, garnison, armée de Kerbogha — sont inconnus et les nombres d'époque, gonflés par la peur : aucun chiffre ferme n'est avancé.

L'homme qui livra la tour, son nom, sa loi et son mobile varient d'une bouche à l'autre : rien n'en est fixé ici.

La lance exhumée sous Saint-Pierre relève de la foi du camp ; son authenticité est mise en doute dès à présent, jusque dans l'entourage du légat.

Une relique dans une ville affamée

Dans Antioche prise mais aussitôt assiégée par l'armée de Kerbogha, on exhume sous une église le fer d'une lance que l'on dit celle du Christ. La ville se partage : un clerc provençal dit la ferveur qu'elle soulève, une tribune sceptique rappelle le doute du légat Adhémar. Foi et soupçon, aux mêmes heures.

Entretien

Le grand entretien du jour

La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.