Un frère du Temple, survivant du réduit
Un frère du Temple : « Nous avons tenu dix jours après la ville »
Recueilli à Chypre, parmi les derniers échappés du château du Temple, le témoignage d’un frère qui a combattu au réduit jusqu’aux jours de la fin : la ruée vers la pointe du couchant quand la ville fut perdue, la trêve offerte puis rompue dans le sang, la tête du maréchal Pierre de Sévery, et la mer qui l’a porté hors d’Acre avant que la dernière tour, minée, ne s’ouvre sous les défenseurs et les Sarrasins mêlés.
Comment vous êtes-vous trouvé dans le château du Temple ?Comme tous ceux qui y sont entrés : parce qu’il ne restait rien d’autre. Le matin de l’assaut, quand la porte Saint-Antoine eut cédé et que les Sarrasins furent dans les rues, tout ce qui pouvait courir courait vers le port. J’étais aux murs avec les frères ; nous avons reculé pied à pied vers la pointe du couchant, où est notre maison. C’est une forte place, close de tours, que la mer bat de trois côtés et qui ne tient à la ville que par un front de terre. Nous nous y sommes reserrés, ce qui restait de l’ordre, des frères de l’Hôpital, des Teutoniques, et derrière nous une foule que je n’ose nombrer, des femmes, des enfants, des vieillards, tous ceux que la ruée du port n’avait pu jeter sur un navire à temps. Nous avons barré le front de terre et nous nous sommes dit qu’il faudrait bien nous tuer là.
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