Avant que l’ost du sultan ne parût, il y eut la faute de l’été passé : des croisés fraîchement débarqués massacrèrent à Acre des marchands sarrasins, en violation de la trêve, et la commune refusa de livrer les coupables. On rappelle la cause, on écoute un rescapé de Tripoli qui a déjà fui une ville prise, et l’on remet la place dans la longue histoire des Francs d’Outremer.
D'année en année, la mémoire des nôtres tient le compte de cette bande de rivage disputée aux Infidèles. De la prise de Jérusalem à ce printemps devant Acre, voici, sans rien préjuger, les grandes dates que chacun ici a apprises de ses pères — une chronique du chemin parcouru, telle qu'on la garde à ce jour.
Depuis la prise de Jérusalem1099 — près de deux cents ans
La Cité sainte fut emportée par les premiers croisés, et de cette conquête naquirent les royaumes et principautés que les Latins tiennent en Orient.
Acre, deux fois gagnée aux Francs1104, puis reprise en 1191
Le roi Baudouin Iᵉʳ s'en empara d'abord avec l'aide des galères de Gênes ; perdue après Hattin, elle fut reconquise par les croisés du roi Richard.
Capitale du royaume depuis Jérusalem perdueUn siècle, ou peu s'en faut
Depuis que Jérusalem échappe aux nôtres, Acre est le siège du roi et le grand port par où arrivent hommes, blé et secours d'outre-mer.
Deux places tombées coup sur coupAntioche 1268, Tripoli 1289
De mémoire récente, la grande Antioche fut prise par le sultan Baybars, puis Tripoli emportée par Qalâwûn ; le rivage latin s'en trouve resserré.
Confirmé
Prise de Jérusalem
Les croisés de la première expédition emportent la Cité sainte ; de là sont nés les États latins d'Orient.
Confirmé
Acre prise par les Francs
Le roi Baudouin Iᵉʳ enlève la ville avec le concours de la flotte génoise ; elle devient l'un des grands ports du royaume.
Confirmé
Hattin : Jérusalem et Acre perdues
Après le désastre des armes chrétiennes à Hattin, Saladin reprend Jérusalem et se rend maître d'Acre.
Confirmé
Acre reprise par la croisade
Au terme d'un long siège, les croisés du roi Richard Cœur de Lion et du roi Philippe reprennent Acre, qui devient la capitale du royaume.
Confirmé
Antioche tombe devant Baybars
La grande principauté d'Antioche est emportée par le sultan Baybars ; la nouvelle a frappé tout l'Orient latin.
Confirmé
Tripoli emportée par Qalâwûn
Le comté de Tripoli tombe à son tour aux mains du sultan Qalâwûn ; bien des réfugiés de la ville sont depuis à Acre.
Rapporté
Acre, aujourd'hui
L'armée du sultan al-Ashraf Khalil est venue camper devant nos murs, d'une mer à l'autre. Ce qu'il adviendra, nul ici ne le sait encore.
La place et les forces en présence
La ville, ses murs, la mer — et l’homme venu tenir un serment
Ce que valent nos murailles contre les grandes machines de Hama, et le plan de la cité assiégée d’une mer à l’autre. En face, le sultan al-Ashraf Khalil, venu sous nos murs pour tenir le serment fait à son père devant Tripoli.
Saint-Jean-d'Acre, avril 1291
Acre assiégée : la ville, ses murs, la mer
La place telle qu'un homme du rempart la voit ce mois d'avril : une double enceinte hérissée de tours du côté de la terre, la mer aux deux autres flancs, et l'armée du sultan qui s'est fermée d'une eau à l'autre pour l'investir. Le port reste ouvert sur le large ; le château du Temple, à la pointe de mer, ferme la ville comme un dernier verrou.
La double enceinteDeux murs et un fossé, côté terre
Du côté de la campagne, un mur extérieur bas double un mur intérieur plus haut, séparés d'un espace battu par le tir du mur du fond ; devant eux court le fossé. La mer garde les deux autres flancs.
Les douze toursTour du Roi, tour Maudite, tour du Légat…
Douze tours jalonnent la ceinture, chacune au nom d'un roi ou d'un grand pèlerin bâtisseur : tour du Roi Hugues, tour de la Comtesse de Blois, tour du Légat, tour du Patriarche, tour Anglaise, tour des Allemands, tour Saint-Nicolas, et la tour dite Maudite.
Les points clefsLa tour du Roi et la tour Maudite
La tour du Roi, en avant sur le mur extérieur, prend la première tous les coups. La tour Maudite, au saillant de l'enceinte intérieure, en commande le tour : qui la tiendrait tiendrait le mur.
La porte Saint-AntoineL'issue du secteur nord, vers la campagne
Grande porte de l'enceinte de terre, au nord de la ville, par où l'on gagne la campagne ; c'est un des passages que le train du sultan tient sous ses machines.
Le camp du sultanDéployé d'une mer à l'autre
L'armée d'al-Ashraf Khalil s'est rangée en arc devant l'enceinte de terre, appuyée à la mer aux deux bouts, à faible distance des murs mais hors de portée de nos traits. On la dit à quelque deux mille pas.
Les grandes machinesLa Victorieuse et la Furieuse, face aux tours
Deux grands trébuchets à contrepoids braqués sur les points clefs : al-Mansûrî, « la Victorieuse », venue de Hama, et al-Ghadbâne, « la Furieuse » ; autour d'elles, les mangonneaux plus prompts qu'on nomme les « Taureaux noirs ».
Le port et son môleLa voie de mer, seul flanc libre
Au sud-est, le port abrité d'un môle — gardé à son entrée par la tour des Mouches — reste ouvert sur le large. Par là viennent le ravitaillement et les renforts d'outre-mer, et par là seul on peut encore aller et venir.
Le réduit du TempleLe château templier, à la pointe de mer
À l'angle ouest de la ville, sur la mer, se dresse le château fort du Temple, la plus forte maison de la place : un ouvrage à part, capable de tenir comme un réduit derrière les murs de la cité.
Incertain
L'armée paraît devant Acre
On place l'arrivée du gros de l'ost du sultan dans ces premiers jours d'avril ; la date exacte de l'investissement se dit à un ou deux jours près, selon les bouches.
Confirmé
Le camp se ferme d'une mer à l'autre
Les tentes s'étirent en arc devant l'enceinte de terre, appuyées à la mer aux deux extrémités ; la ville est investie du côté de la campagne, le port demeurant ouvert.
Rapporté
Peu de combats
On rapporte que les huit ou dix premiers jours se passent presque sans assaut, le temps que l'ennemi assoie son camp et amène ses pièces.
Confirmé
Les grandes machines en batterie
Les trébuchets démontés dans les forteresses de l'empire sont remontés devant le fossé et mis en batterie face à la tour du Roi et à la tour Maudite ; les écrans d'osier commencent à gagner vers le bord du fossé.
Au clair de lune, quelque trois cents Templiers menés par Jean de Grailly et Otton de Grandson tentent le feu grégeois sur l’artillerie sarrasine. Le récit de la sortie et le portrait des deux chevaliers d’Occident au premier rang de la défense.