Heure par heure, la journée où le roi Henri de Bourbon se présente à la basilique de Saint-Denis pour être reçu dans l'Église catholique, apostolique et romaine.
DépêcheProbable
La foule presse aux abords de la basilique
Dès les premières heures de ce dimanche, un grand concours de peuple se porte vers l'abbaye de Saint-Denis. Rues et abords de l'église sont tendus et garnis de monde, et les gardes contiennent la presse. On attend le roi, qui a fait savoir qu'il viendrait ce jour se faire recevoir dans l'Église romaine.
FaitProbable
Arrivée du roi, accompagné des princes et grands seigneurs
Sur les huit heures du matin, le roi se rend à la grande église de Saint-Denis, assisté de plusieurs princes, seigneurs et officiers de sa maison, au milieu des cris de « Vive le roi ! ». On le dit vêtu d'un pourpoint et de chausses de satin blanc, d'un manteau et d'un chapeau noirs ; le détail de sa tenue, rapporté par ceux qui l'ont vu passer, ne nous vient que d'un seul récit.
FaitProbable
Le roi reçu au portail par l'archevêque de Bourges
Au portail de l'église, Renaud de Beaune, archevêque de Bourges, assis et revêtu de ses habits pontificaux, reçoit le roi. Selon la teneur des propos qui nous en sont rapportés, il lui demande : « Qui êtes-vous ? » Le roi répond : « Je suis le roi. » — « Que demandez-vous ? » — « À être reçu au giron de l'Église catholique, apostolique et romaine. » Nous en donnons la substance, non les mots comptés.
FaitConfirmé
Profession de foi et serment de vivre et mourir catholique
Le roi s'agenouille et fait profession de la foi catholique. Il jure, dit-on, de vivre et mourir en la religion catholique, apostolique et romaine, de la protéger et défendre, et déclare renoncer à toute hérésie. Il remet ensuite entre les mains de l'archevêque une déclaration signée de sa main.
Heure après heure, l'ordre réglé que suit la réception du roi dans l'Église catholique, du portail de la basilique aux vêpres du soir. Plusieurs détails ne reposent que sur un petit nombre de témoignages et sont signalés comme tels.
LieuBasilique Saint-Denis
Abbatiale au nord de Paris, nécropole des rois de France.
OfficiantRenaud de Beaune
Archevêque de Bourges, grand aumônier de France, prélat resté fidèle à la couronne.
AssistanceUne vingtaine
Prélats et docteurs réunis pour l'instruction et la cérémonie.
Rapporté
Dialogue rituel
« Qui êtes-vous ? — Je suis le roi. » Le roi demande à être reçu au giron de l'Église catholique, apostolique et romaine. Teneur attestée, non transcription mot pour mot.
Confirmé
Profession de foi et serment
À genoux, le roi fait profession de la foi catholique et jure de vivre et mourir en cette religion ; il remet une déclaration signée.
Confirmé
Absolution
L'archevêque de Bourges donne l'absolution ; le roi baise l'anneau.
Confirmé
Messe et communion
Le roi entend la messe et communie de la main de l'archevêque.
Rapporté
Sermon et vêpres
Un sermon est prononcé, puis les vêpres sont chantées ; le roi sort sous les cris de « Vive le roi ! ».
Les jours qui encadrent l'abjuration : le roi mené à l'instruction par les prélats, puis, au lendemain, la foule de Saint-Denis qui crie « Vive le roi ! ».
Ce qui se joue par-dessous la conversion : la loi salique dressée contre le roi étranger, dix semaines de Suresnes à Saint-Denis, la France partagée entre le roi et la Ligue, et l'état d'une guerre qui n'est pas finie.
Les étapes qui, en dix semaines, mènent de l'annonce de la conversion aux conférences de Suresnes à l'abjuration solennelle de Saint-Denis.
Confirmé
Annonce à Suresnes
Renaud de Beaune, archevêque de Bourges, chef de la délégation royaliste, annonce aux députés de la Ligue que le roi entend se faire instruire dans la foi catholique.
Confirmé
Arrêt Lemaistre
Le Parlement de Paris (ligueur) réaffirme la loi salique et écarte tout prince ou princesse étranger du trône — contre la candidature de l'infante d'Espagne.
Incertain
Instruction à Saint-Denis
Une vingtaine de prélats et docteurs instruisent le roi ; la séance du 23 aurait duré « cinq heures et plus ».
Confirmé
Abjuration
Le roi abjure le protestantisme à la basilique de Saint-Denis et est reçu dans l'Église catholique.
Juillet 1593
La France coupée en deux
Au moment où le roi de Navarre abjure à Saint-Denis, le royaume est partagé entre les terres obéissant au roi et celles que tient la Ligue, avec l'appui de l'Espagne. Les lignes ne sont pas des frontières : elles bougent de ville en ville, et bien des places restent incertaines.
Terres du roiLe Béarnais
Une bonne part de la Normandie, du Maine, de l'Anjou, de la Touraine, du Centre et du Sud-Ouest obéissent au roi de Navarre ; c'est de Saint-Denis, au nord de Paris, qu'il presse la capitale.
Villes de la LigueL'Union
Paris, Reims (ville du sacre), et plusieurs grandes cités tiennent pour la Ligue et refusent le roi. Le duc de Mayenne en est le lieutenant général.
Appui espagnolPhilippe II
Le roi d'Espagne soutient la Ligue de son or et de ses armes ; des secours espagnols ont déjà débloqué Paris (1590) et paru devant Rouen. Le parti espagnol pousse la candidature de l'infante Isabelle.
Saint-DenisCamp royal
L'abbaye, nécropole des rois, est aux mains du roi, à une courte lieue au nord de Paris. Faute de pouvoir entrer dans Paris ou gagner Reims, c'est là qu'a eu lieu l'abjuration.
Quatre tribunes opposées : le catholique royaliste qui voit l'obstacle levé, le ligueur qui n'y voit qu'une ambition rebaptisée, le huguenot amer d'un chef qui se retire, et le politique qui met la paix du royaume avant la querelle des dogmes.
L'archevêque de Bourges, qui instruit et absout le roi, expose le droit qu'il engage ; un docteur ligueur récuse la validité de l'absolution et réclame Rome ; un docteur de l'instruction raconte les séances ; un bourgeois d'un Paris affamé pèse la nouvelle ; un soldat huguenot dit servir depuis Ivry un roi qui vient d'abjurer sa foi.
Entretien
Le grand entretien du jour
La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.