Infographie

Renoncer en trois actes : du 4 au 11 avril

Trois actes distincts, à ne pas confondre : l’abdication conditionnelle du 4 avril, l’abdication sans condition du 6, puis le règlement du 11 qui en fixe les conditions. Pédagogie d’une semaine où une couronne a glissé des mains d’une maison.

4 avril sous condition

Abdication en faveur du roi de Rome, avec régence de Marie-Louise, sous réserve de reconnaissance par les puissances. L’Empire pouvait survivre à l’Empereur.

6 avril sans condition

Après la défection du 6e corps à Essonnes, renonciation entière, pour lui et ses héritiers, aux trônes de France et d’Italie. Le nom du roi de Rome disparaît de l’acte.

11 avril le règlement

Traité arrêté à Paris par les plénipotentiaires : statut de l’Empereur, résidence souveraine, sort de la famille et rentes.

Confirmé

L’acte conditionnel

Pressé par ses maréchaux, l’Empereur abdique en faveur de son fils ; Caulaincourt, Ney et Macdonald portent l’offre au tsar.

Rapporté

Essonnes

Le 6e corps de Marmont traverse l’Essonne et passe aux Alliés, sous le commandement effectif de Souham : la régence perd son appui.

Confirmé

L’acte sans réserve

L’Empereur signe une renonciation entière, ne stipulant plus rien en faveur de son fils.

Confirmé

Le traité

Les plénipotentiaires arrêtent à Paris les conditions du retrait de l’Empereur ; la ratification suivra.

On distingue trois actes — sans jamais qualifier l’acte du 4 avril de « première » abdication : l’avenir n’est pas connu à cette date.

La défection d’Essonnes est rapportée à chaud ; les mobiles du maréchal de Raguse demeurent débattus, non tranchés.

Le sort des personnes (Empereur, roi de Rome, Marie-Louise) n’est pas fixé tant que le règlement n’est pas arrêté.

Pourquoi le roi de Rome ne règne pas

En deux journées, l’espoir d’un trône transmis à l’enfant de Napoléon s’est défait : l’effondrement d’une régence, et la défection d’Essonnes qui l’a emporté.

Entretien

Le grand entretien du jour

La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.

Michel Ney, maréchal d’Empire, prince de la Moskova, duc d’Elchingen, l’un des trois plénipotentiaires envoyés au tsar

Entretien | « L’armée ne veut plus verser son sang pour rien » — le maréchal Ney, au retour de sa mission auprès du tsar

Il est de ceux qui, à Fontainebleau, ont dit non en face à l’Empereur, puis sont partis plaider sa cause à Paris. Envoyé auprès d’Alexandre avec Caulaincourt et Macdonald pour faire agréer la régence du roi de Rome, le maréchal Ney, prince de la Moskova, est revenu les mains vides : dans la nuit, un corps d’armée entier a passé à l’ennemi, et la négociation s’est brisée. Le soldat le plus brave de l’Empire parle sans détour de ces journées où il a cessé de croire à la guerre sans cesser d’aimer celui qui l’a faite.

Maréchal, ramenez-nous au 4 avril, à Fontainebleau. On dit que l’Empereur voulait rassembler ce qui lui restait de troupes et marcher de nouveau sur Paris. Dans quel état d’esprit étiez-vous, vous et les autres maréchaux, quand il vous a fait connaître ce dessein ?

Dans l’état d’hommes qui ont compris avant leur maître que la partie est jouée. L’Empereur parlait de marcher sur Paris comme on parlait autrefois de marcher sur Vienne ou sur Berlin, avec cette assurance qui nous avait menés au bout de l’Europe. Mais nous n’étions plus en Europe, monsieur, nous étions à vingt lieues de la capitale, et la capitale était prise. Il déployait des cartes, il comptait des bataillons, il montrait que les Alliés dans Paris étaient à notre merci. Je le regardais faire, et je voyais surtout mes soldats : ceux qui avaient tenu tout l’hiver dans la boue de Champagne, qui s’étaient battus à un contre trois, sans souliers, sans pain, sans qu’on pût même relever leurs blessés. On ne remet pas ces hommes-là en marche pour aller brûler leur propre capitale. Nous étions plusieurs à le penser ; il a fallu que quelqu’un le dît.

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6 avril 181413 min
Opinion

Essonnes : le duc de Raguse nous a-t-il vendus ?

Je servais aux avant-postes le 30 mars ; j’ai vu le 6e corps se battre comme se battent des hommes qui n’ont pas résolu de se rendre. Six jours plus tard, ce même corps a franchi l’Essonne dans la nuit, du côté des vainqueurs, sans un coup de feu. On nous parle aujourd’hui de sang français épargné. Je parle, moi, d’un serment rompu et de la couronne d’un enfant jetée aux Alliés. Qu’on me permette de dire pourquoi je ne nomme pas cela de la sagesse.

6 avril 1814 8 min