Michel Ney, maréchal d’Empire, prince de la Moskova, duc d’Elchingen, l’un des trois plénipotentiaires envoyés au tsar
Entretien | « L’armée ne veut plus verser son sang pour rien » — le maréchal Ney, au retour de sa mission auprès du tsar
Il est de ceux qui, à Fontainebleau, ont dit non en face à l’Empereur, puis sont partis plaider sa cause à Paris. Envoyé auprès d’Alexandre avec Caulaincourt et Macdonald pour faire agréer la régence du roi de Rome, le maréchal Ney, prince de la Moskova, est revenu les mains vides : dans la nuit, un corps d’armée entier a passé à l’ennemi, et la négociation s’est brisée. Le soldat le plus brave de l’Empire parle sans détour de ces journées où il a cessé de croire à la guerre sans cesser d’aimer celui qui l’a faite.
Maréchal, ramenez-nous au 4 avril, à Fontainebleau. On dit que l’Empereur voulait rassembler ce qui lui restait de troupes et marcher de nouveau sur Paris. Dans quel état d’esprit étiez-vous, vous et les autres maréchaux, quand il vous a fait connaître ce dessein ?Dans l’état d’hommes qui ont compris avant leur maître que la partie est jouée. L’Empereur parlait de marcher sur Paris comme on parlait autrefois de marcher sur Vienne ou sur Berlin, avec cette assurance qui nous avait menés au bout de l’Europe. Mais nous n’étions plus en Europe, monsieur, nous étions à vingt lieues de la capitale, et la capitale était prise. Il déployait des cartes, il comptait des bataillons, il montrait que les Alliés dans Paris étaient à notre merci. Je le regardais faire, et je voyais surtout mes soldats : ceux qui avaient tenu tout l’hiver dans la boue de Champagne, qui s’étaient battus à un contre trois, sans souliers, sans pain, sans qu’on pût même relever leurs blessés. On ne remet pas ces hommes-là en marche pour aller brûler leur propre capitale. Nous étions plusieurs à le penser ; il a fallu que quelqu’un le dît.
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