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La nouvelle tombe : le roi est pris — 6 avril 1250

Reconstitution de la nuit et de la matinée de Fariskur, d'après les fuyards remontés jusqu'au camp de Damiette

Reconstitution 1250-04-06 De Fariskur à Damiette, le long du Nil

Ce que nous savons, ce que nous rapportons sous réserve

Ce fil reconstitue, heure par heure autant qu'il se peut, la nuit et la matinée où l'ost s'est défaite devant Fariskur. Les récits nous viennent de gens échappés à grand-peine, remontés le fleuve jusqu'au camp de Damiette ; ils se contredisent souvent sur l'heure et sur le détail. Nous distinguons ce qui est tenu pour sûr de ce qui n'est encore que bruit couru de bouche en bouche.

Le camp de Fariskur décide de replier vers Damiette

Depuis des jours, le camp devant Fariskur ne tient plus qu'à grand-peine : le mal frappe des rangs entiers, le pain manque, et les barques mameloukes coupent le fleuve derrière l'ost, si bien que rien ne monte plus de Damiette. Le conseil du roi arrête, dans la soirée, de rompre le camp et de redescendre vers la ville de nuit, tant que les Sarrasins peuvent être trompés par l'obscurité.

Les malades qu'on ne peut emporter

Le plus dur, disent ceux qui l'ont vécu, tient dans ce moment-là : nombre d'hommes du mal sont trop affaiblis pour suivre, et il n'y a ni assez de montures ni assez de barques pour tous les porter. On rapporte que beaucoup, sachant qu'ils n'atteindraient pas Damiette, ont supplié qu'on ne les abandonne point, et que d'autres se sont tus, résignés à rester sur place à la merci de l'ennemi. Le roi lui-même, très affaibli par le mal qui l'a pris, ne se sépare pas de son arrière-garde et refuse, dit-on, de prendre les devants sur une barque tant que ses gens marchent à pied.

Un pont laissé intact ouvre le passage aux poursuivants

Le repli, engagé dans la confusion et la hâte, laisse debout un pont de barques sur un canal que l'on devait couper derrière soi. On dit que l'ordre n'a pas été tenu, ou qu'il n'est pas parvenu à temps à ceux qui devaient l'exécuter. Quoi qu'il en soit, ce pont demeuré en place donne aux cavaliers du soudan le moyen de passer à la poursuite de l'ost dès le point du jour.

L'arrière-garde rattrapée et enveloppée

Au petit matin, les cavaliers mamelouks, ayant franchi le pont laissé debout, tombent sur la queue de la colonne qui chemine encore le long du fleuve. L'arrière-garde, où se tiennent nombre de traînards et de gens du mal trop lents pour suivre le gros de la marche, est enveloppée avant d'avoir pu se reformer en bataille. On parle de plusieurs charges, chacune plus dure que la précédente, sans que nos gens puissent jamais reprendre pied.

L'arrière-garde écrasée

Ce qui restait de l'arrière-garde a fini par céder tout à fait. On tient pour assuré qu'un grand nombre y sont morts ou pris, sans qu'on puisse encore en donner le compte, tant les récits varient selon qui les rapporte. Ceux qui ont pu s'échapper vers Damiette parlent d'un massacre en règle, d'autres d'une reddition en masse faute de pouvoir se défendre davantage ; nous ne trancherons pas entre les deux tant que la clarté ne sera pas faite.

Le roi cerné dans un village au bord du fleuve

Le roi, resté avec les derniers des siens et trop affaibli par le mal pour se dérober à cheval, se serait retranché dans un petit village au bord du Nil, avec quelques chevaliers et gens de sa maison. Cerné de toutes parts, sans plus d'espoir de secours ni de retraite possible, il n'a plus, dit-on, que le choix de se rendre ou de périr sur place.

La reddition du roi

La nouvelle qui remonte jusqu'à Damiette, portée par des rescapés, tient le roi pour rendu aux mains des Sarrasins, faute de pouvoir combattre plus avant ni fuir. On rapporte qu'il aurait lui-même consenti à se livrer, plutôt que de voir massacrer sans plus de raison ceux qui lui restaient. Rien de plus précis ne peut être établi à l'heure où nous écrivons sur les conditions ni sur la manière exacte dont la chose s'est faite.

Ses frères pris avec lui

Le comte Charles d'Anjou et le comte Alphonse de Poitiers, frères du roi, auraient été pris dans le même mouvement, avec plusieurs des principaux barons de l'ost. On ignore encore à Damiette lesquels des seigneurs ont péri dans la déroute et lesquels ont été faits captifs ; les noms circulent, mais aucun n'est encore tenu pour sûr.

Les premiers échos parviennent à la ville, et l'on n'y croit pas

Les premiers fuyards qui atteignent Damiette par le fleuve rapportent une nouvelle si lourde que la ville, d'abord, refuse d'y ajouter foi. On parle d'un désastre, d'un roi pris, mais les récits diffèrent tant d'une bouche à l'autre que beaucoup les tiennent pour l'effet de la panique plutôt que pour la vérité. La ville retient son souffle sans encore savoir ce qu'elle doit croire.

La confirmation gagne le camp

À mesure que d'autres rescapés abordent, l'un après l'autre, aux quais de Damiette, et que leurs récits se recoupent sur les points essentiels, le doute cède. La ville tient à présent pour établi que le roi et une bonne part de son ost sont tombés aux mains du soudan. Le camp de Damiette, où la reine se trouve avec ce qui reste des gens du royaume, reçoit la nouvelle dans un accablement que nul ne cherche à cacher.

Damiette seule, et la crainte du lendemain

La ville, apprenant son roi captif, mesure du même coup sa propre faiblesse : c'est elle, désormais, qui reste seule à tenir la place conquise voilà bientôt un an, avec le gros de l'ost perdu ou aux mains de l'ennemi. On ne sait à cette heure ni ce qu'il adviendra du roi ni ce que les Sarrasins entendent faire de la ville. Le camp se prépare, dans l'incertitude, à ce que les prochains jours pourront apporter.

Pour comprendre le direct

À la une

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13 février 12507 min

Sources historiques utilisées

secondary

Bataille de Fariskur — Wikipédia

Retraite de nuit décidée dans la soirée du 5 avril 1250 depuis le camp de Fariskur ; pont laissé intact permettant aux Mamelouks de rattraper la colonne au matin ; arrière-garde enveloppée et écrasée ; capture de Louis IX, affaibli par la maladie, avec ses frères Charles d'Anjou et Alphonse de Poitiers.

secondary

Battle of Fariskur (1250) — Wikipedia

Chronologie de la retraite du 5-6 avril 1250 et de la capture du roi et de ses frères au village de Moniat Abdallah, après une résistance désespérée de l'arrière-garde.

secondary

Septième croisade — Wikipédia

Contexte de la retraite du delta vers Damiette après le désastre de Mansourah : ost décimé par le mal, ravitaillement coupé, capture du roi le 6 avril 1250.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — récits remontés à Damiette

Le fil des heures (soirée du 5 avril à la nuit du 6) est reconstitué à partir des récits de rescapés parvenus à Damiette par le fleuve ; les horaires sont approximatifs, les pertes et le détail de la reddition donnés au conditionnel tant que les sources divergent. Gazette latine embarquée : les faits vivent dans le relevé des faits, séparés de la couleur de la voix.