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La Loire dégagée, jour par jour

De l’assaut de Jargeau à la rencontre de Patay : le fil des journées où les gens du roi enlèvent, l’une après l’autre, les places anglaises du fleuve.

Clôturé 12–18 juin 1429 Sur la Loire

Jargeau emportée d’assaut ; le comte de Suffolk pris

Après avoir investi la place la veille et battu les murailles, les gens du roi ont donné l’assaut général à Jargeau. La ville a été emportée et la garnison anglaise rompue dans le désordre. On tient pour sûr que le comte de Suffolk, qui commandait, est demeuré prisonnier ; les fuyards se seraient repliés en aval, vers Meung et Beaugency. La Pucelle était devant la place, l’étendard en main, avec le duc d’Alençon et les capitaines.

La Pucelle aurait été atteinte au pied du rempart

On rapporte que la Pucelle, montant à l’échelle contre la muraille, aurait été frappée à la tête — au heaume, dit-on — par une pierre lancée du haut du rempart et serait tombée un instant à terre. Elle se serait aussitôt relevée et aurait repris l’étendard pour ranimer l’assaut. Le trait court de bouche en bouche dans le camp ; le détail et le moment exact varient selon ceux qui le content, et restent à confirmer.

Le pont de Meung enlevé sur la Loire

Trois jours après Jargeau, les capitaines ont porté le fer contre Meung-sur-Loire. On rapporte que le pont qui commande le passage du fleuve a été enlevé, tandis que les Anglais se maintiennent encore dans le château et la ville. La maîtrise du gué et du pont ouvre la route vers Beaugency, où l’ennemi paraît vouloir se rassembler.

Devant Beaugency : la garnison se replie au donjon

Sous la pression des gens du roi et le feu de l’artillerie, la garnison anglaise de Beaugency a abandonné la ville et le pont pour se renfermer dans le donjon. On l’y tient serrée. Les capitaines pressent le siège du fort, dans l’attente d’une reddition qu’on dit prochaine.

Beaugency capitule : les Anglais quittent la place

Le donjon de Beaugency s’est rendu par composition. On dit que les Anglais ont obtenu de sortir vie et bagues sauves, à charge de s’éloigner sans porter les armes contre le roi durant un temps convenu. La dernière place anglaise du fleuve en ce canton tombe ainsi sans nouvel assaut. La Loire, de Jargeau à Beaugency, est désormais dégagée.

Une armée anglaise de secours s’approche ; sa force est mal connue

On signale qu’une armée venue du nord, conduite par messire Fastolf, marche au secours des places de la Loire et serait déjà proche. Combien d’hommes la composent ? Les avis divergent et l’on n’en sait rien de sûr : on cite plusieurs milliers, mais nul ne saurait dire le nombre des lances et des archers. Le bruit court dans le camp qu’on pourrait en venir aux mains avant peu.

Près de Patay : l’avant-garde montée surprend les archers anglais

Les deux armées se cherchant en rase campagne du côté de Patay, les coureurs du roi ont relevé la position des Anglais avant que ceux-ci aient achevé de se ranger. L’avant-garde montée, sous La Hire et Xaintrailles, a aussitôt chargé les archers anglais qui n’avaient pas eu le loisir de planter leurs pieux ni de se couvrir. Pris à découvert, le corps des archers a été rompu d’un seul élan, et toute la bataille anglaise jetée dans le désordre.

Déroute anglaise : Talbot pris, Fastolf en fuite

La rupture des archers a entraîné la déroute de toute l’armée anglaise. On tient pour sûr que le sire Talbot est demeuré prisonnier des gens du roi, avec nombre de capitaines et de gens de guerre. Messire Fastolf, dit-on, s’est dérobé avec une petite troupe et s’est retiré du champ. Les fuyards ont été poursuivis et taillés en pièces sur plusieurs lieues.

Quelle part revient à la Pucelle dans la journée de Patay ?

On rapporte que la Pucelle marchait avec le corps de bataille et serait survenue sur le champ comme le choc était déjà donné, l’affaire ayant été menée et emportée par les capitaines de l’avant-garde montée. Faut-il lui attribuer la rencontre ? Prudence : le coup décisif a été porté par les gens de La Hire et de Xaintrailles avant qu’elle parût. Reste qu’elle a, comme aux autres journées, soutenu l’ardeur de l’armée — sa part exacte de ce jour demeure discutée.

Un bilan qu’on se garde de chiffrer au juste

On se défie des nombres ronds. Les pertes anglaises se diraient de l’ordre de deux à trois mille hommes, tués ou pris, sur une armée qu’on évalue à quelques milliers ; côté français, on les dit fort légères. Tous ces décomptes courent dans le camp et tiennent du premier ouï-dire, à confirmer plus tard. Ce qui est sûr ce soir, c’est que l’armée anglaise de la Loire a cessé d’exister comme force rangée.

Sources historiques utilisées