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La journée du sacre, heure par heure

De l’entrée du roi dans Reims au soir du 16 juillet à la liesse qui suit le couronnement : le fil de la cérémonie en la cathédrale Notre-Dame, selon ce qui s’en sait et s’en rapporte.

Clôturé 16–17 juillet 1429 Reims

Le roi entre dans Reims

Charles de Valois est entré ce soir dans Reims, la ville où, de tout temps, on sacre les rois de France. Il avait logé la veille au château de l’archevêque, à Sept-Saulx, à quelques lieues d’ici, tandis qu’on négociait l’ouverture des portes. La ville, qui se disait prête à tenir contre lui, a finalement reçu le roi et son armée. La Pucelle et les capitaines sont entrés avec lui.

Comment les portes se sont ouvertes

On dit diversement les raisons de cette reddition. Les uns y voient la crainte de l’assaut, l’armée du roi campée aux abords ; d’autres, les démarches de l’archevêque, messire Regnault de Chartres, qui a sa ville à recouvrer ; d’autres encore le renom de la Pucelle, dont la venue ébranle les places. La part de chacun de ces ressorts, nul ne saurait la trancher au juste.

Toute la nuit, on apprête la cathédrale

On a veillé pour tout disposer en hâte : tendre l’église Notre-Dame, dresser l’estrade et le siège royal, régler l’ordre du cortège. Le sacre se fera dès le lendemain, au plus tôt qu’il se pourra, car l’armée n’est pas en pays sûr et l’on ne veut pas s’attarder. On apprête aussi, à l’abbaye Saint-Remi, ce qu’il faut pour porter la Sainte Ampoule jusqu’à la cathédrale.

On va quérir la Sainte Ampoule à Saint-Remi

Selon l’usage immémorial, c’est de l’abbaye Saint-Remi que vient le saint chrême, en la Sainte Ampoule que l’on tient pour apportée du Ciel au baptême de Clovis. Des chevaliers, dit-on, se sont portés garants de la relique et l’ont escortée à cheval jusqu’à Notre-Dame, où l’abbé l’a remise entre les mains de l’archevêque. Le détail de ce cortège, nous le rapportons selon la coutume des sacres ; nous n’y étions pas pour en compter les pas.

Le cortège gagne Notre-Dame

Le roi a été mené en grand arroi jusqu’à la cathédrale, par les rues pleines de monde. La Pucelle se tenait auprès de lui, son étendard au poing — celui où sont peints le Christ en sa majesté et les mots Jhesus Maria, le même qu’elle a porté devant Orléans et sur la Loire. La foule pressait les abords pour voir passer le prince qu’on s’en va sacrer.

L’onction par l’archevêque Regnault de Chartres

En la cathédrale Notre-Dame, messire Regnault de Chartres, archevêque-duc de Reims et chancelier de France, a oint le roi du saint chrême selon le rite ancien, comme il s’est fait pour ses pères depuis des siècles. La cérémonie a suivi son long cours d’oraisons et de chants. On remarque que peu de grands du royaume y assistaient : des pairs de l’Église, l’archevêque officiant et deux évêques se tenaient près de l’autel.

Un sacre tenu en peu de pompe

On ne cèle pas que cette cérémonie s’est faite plus simplement que de coutume. Plusieurs des grands pairs laïcs du royaume n’y paraissaient point, et leurs offices ont été tenus, dit-on, par des seigneurs présents. Le temps a manqué pour mander de loin tout le baronnage, et la guerre tient les chemins. Le sacre n’en a pas moins été fait dans les formes par l’archevêque, en sa cathédrale.

Le roi est couronné

L’onction faite, l’archevêque a posé la couronne sur le chef du roi, qui a reçu aussi les autres marques de la royauté que l’on a pu réunir. Voilà Charles, septième du nom, sacré et couronné roi de France en la ville même où se font les rois, sept ans après la mort du feu roi son père. La Pucelle se tenait dans le chœur, son étendard auprès de l’autel.

La Pucelle aux pieds du roi

Au sortir de la cérémonie, on rapporte que la Pucelle s’est jetée aux pieds du roi en pleurant. Plusieurs, ici, lui prêtent des paroles. Ce qu’on tient pour vu, c’est l’émotion de la fille de Lorraine, qui se disait envoyée pour mener le prince à son sacre.

Reims en liesse

La ville était en joie. On a sonné les cloches, crié « Noël ! » par les rues, et beaucoup se pressaient pour seulement approcher le roi sacré. Parmi le peuple, plus d’un y voit la main de Dieu et tient pour un signe du Ciel ce qui s’accomplit depuis Orléans ; nous rapportons ce sentiment tel qu’il court, sans en faire ni le nôtre ni celui de la rédaction. Pour aujourd’hui, on s’en tient à ceci : Charles a été sacré roi en Reims.

Sources historiques utilisées

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — Les Échos du Passé

Les formulations « à chaud » imitent une feuille d’information du temps de la chevauchée ; reconstitution maison croisée sur les sources ci-dessus, sans rien avancer qui n’ait été recoupé.