De l’escarmouche d’avant l’aube à la déroute de la fin d’après-midi : le fil de la rude journée livrée devant Castillon, où les gens du roi de France, retranchés sous le canon de maître Jean Bureau, ont reçu l’assaut de l’armée du sire Talbot venue de Bordeaux.
Clôturé17 juillet 1453Castillon-sur-Dordogne, en Périgord
DépêcheProbable
Coup de main anglais sur le poste avancé du prieuré
Avant le point du jour, l’avant-garde de l’armée venue de Bordeaux est tombée sur le poste de francs-archers que les gens du roi tenaient un peu en avant de leur camp, du côté d’un établissement religieux. On dit le prieuré Saint-Laurent ; d’autres parlent du couvent des Carmes — la place exacte du choc se conte diversement et reste à fixer. Surpris au petit matin, les archers, plusieurs centaines dit-on, ont été rompus et dispersés ; les survivants se sont repliés en hâte sur le camp retranché, en repassant le ruisseau de la Lidoire.
FaitConfirmé
Le sire Talbot accourt en avant de son armée
Messire John Talbot, comte de Shrewsbury, qui mène les gens du roi d’Angleterre, est arrivé en hâte du côté de Libourne, devançant le gros de ses troupes encore en chemin. Il n’a près de lui qu’une partie de son monde, cavaliers et gens de pied ; le reste de l’armée et l’artillerie suivent à distance. On le dit résolu à ne pas laisser refroidir l’avantage du matin.
RumeurIncertain
On lui rapporte que les Français lèveraient le camp
Le bruit court dans les rangs anglais que les gens du roi de France abandonneraient leur camp et battraient en retraite : on aurait vu, dit-on, une grande poussière s’élever derrière les retranchements, signe qu’on plie bagage et qu’on s’éloigne. Faut-il s’y fier ? Rien n’est moins sûr : cette poussière pourrait n’être que celle des valets et des goujats que l’on renvoie à l’arrière avant l’affaire. Le sire Talbot, à ce qu’on rapporte, tient le camp pour à demi vide et veut frapper sans attendre le reste de ses forces.
DépêcheConfirmé
Assaut anglais sur le camp retranché de maître Bureau
Sur la foi de ce rapport, les Anglais ont porté l’assaut contre le parc retranché que maître Jean Bureau, maître de l’artillerie du roi, a fait dresser hors de la portée des canons de la place. Fossé, palissade et le talus du ruisseau en défendent les abords ; on y a réuni, dit-on, un grand nombre de bouches à feu de toutes tailles. Les gens de Talbot, mis pied à terre, sont venus se ruer contre les défenses au cri accoutumé, sans attendre que tout leur monde fût rangé.
FaitConfirmé
Le canon fauche les assaillants à bout portant
À mesure que les assaillants se présentaient, les canonniers de maître Bureau ont fait jouer toutes leurs pièces, et le feu, pris de flanc et de front, a fauché les rangs serrés des assaillants comme blé sous la faux. Un même élan succédait à l’autre, chaque vague d’hommes étant reçue à découvert sous la mitraille et la pierre. On dit que jamais on n’avait vu artillerie si nombreuse ni si bien servie tenir un camp.
DépêcheConfirmé
Plus d’une heure d’assauts répétés et brisés
L’affaire dure et s’acharne. Les assauts se renouvellent et se brisent les uns après les autres contre la palissade ; le combat se fait à la main, corps à corps, sur le bord du fossé. On se bat ainsi, dit-on, plus d’une heure durant, sans que les Anglais puissent forcer l’entrée, ni se résoudre à se retirer. Les renforts qui leur arrivent par petits paquets entrent dans la fournaise à mesure et y sont défaits pièce à pièce.
FaitConfirmé
Une charge de cavaliers bretons sur le flanc
Comme les assaillants s’épuisaient contre le retranchement, une troupe de cavaliers bretons, qu’on tenait en réserve un peu à l’écart, est survenue au bruit du canon et a chargé l’armée anglaise sur le flanc. Dans le même temps, les gens du roi ont fait une sortie du camp. Pris entre le feu des défenses et cette charge, le corps anglais s’est rompu et a commencé de lâcher pied.
RumeurProbable
Le sire Talbot et son fils seraient demeurés sur le champ
On rapporte que, dans la déroute, le cheval du sire Talbot a été abattu sous lui d’un coup de canon, et que le vieux capitaine, jeté à terre et qu’on n’a pas reconnu, a été tué là par les gens du roi. Son fils, le sire de Lisle, serait pareillement demeuré sur le champ. Le bruit en court de bouche en bouche dès cet après-midi ; on le donne pour fort probable, sans qu’on ait encore reconnu les corps avec certitude.
AnalyseIncertain
Débandade vers la Dordogne ; beaucoup se noient
La déroute est devenue générale. Les fuyards se sont jetés vers la Dordogne pour gagner l’autre rive et se sauver, et l’on dit que beaucoup s’y sont noyés, faute de gué et de bateaux, pressés par les poursuivants. On les a taillés et pris en grand nombre. Quel est le compte des morts et des prisonniers ? Nul ne saurait le dire au juste ce soir : on cite plusieurs milliers d’hommes perdus côté anglais, et de fort légères pertes côté du roi, mais ces nombres tiennent du premier ouï-dire et sont à confirmer.
Note de la rédactionConfirmé
La place de Castillon n’a pas encore ouvert ses portes
Le camp anglais est défait et le champ demeure aux gens du roi ; mais la ville de Castillon, tenue par garnison anglaise, n’a pas encore mis bas les armes ce soir. On l’investit et l’on braque sur elle l’artillerie. Se rendra-t-elle, et quand ? On l’ignore à cette heure. Ce qui est sûr, c’est que l’armée venue de Bordeaux pour la secourir a cessé d’exister comme force rangée.
Article Wikipédia (FR) consulté pour le déroulé de la journée du 17 juillet 1453 : escarmouche du matin (prieuré Saint-Laurent / couvent des Carmes, localisation débattue), camp retranché et artillerie de Jean Bureau, assauts répétés, charge des cavaliers bretons, mort de Talbot et de son fils, débandade vers la Dordogne, reddition de la place le 19 juillet.
Article Wikipédia (EN) consulté pour recouper : leurre de la poussière soulevée par les valets quittant le camp, force et reddition de la garnison de Castillon, fourchettes d’effectifs et de pertes.
editorial-reconstruction
Reconstitution éditoriale — direct de la journée de Castillon
Les heures et les formulations « à chaud » imitent un fil de nouvelles tenu sur place le 17 juillet 1453, du seul point de vue de ce qu’on pouvait en savoir dans la journée. Les horaires sont plausibles et non attestés ; rumeurs et chiffres sont donnés au conditionnel et en fourchettes.