Le choc des armées près d’Azincourt, heure par heure
De la pointe du jour au déclin de la lumière, le récit, encore confus, d’une journée de sang dans la boue d’Artois
Combats achevés — décompte des pertes encore incertain25 octobre 1415Près d’Azincourt, en Artois
FaitConfirmé
Les deux ost rangés entre les bois, sur une terre noyée de pluie
Au lever du jour, les deux armées se font face dans un champ étroit resserré entre les bois d’Azincourt et de Tramecourt. La pluie tombée toute la nuit a détrempé les labours : le sol est un bourbier où le pied enfonce. L’ost du roi de France, le plus nombreux de loin, est rangé en plusieurs lignes profondes ; en face, les gens du roi d’Angleterre, en bien moindre nombre, tiennent le rétrécissement. On parle de plusieurs heures passées ainsi, les bannières déployées, sans qu’un coup soit porté.
DépêcheProbable
Les archers anglais plantent leurs pieux devant leur front
Devant leurs rangs, les archers du roi d’Angleterre ont fiché en terre des pieux taillés en pointe, inclinés vers l’ennemi, comme une haie hérissée. La manœuvre se voit de loin. Ces gens de trait, dit-on les plus nombreux de leur ost, se tiennent aux ailes et dans les taillis, prêts à décocher de biais sur quiconque s’avancera dans le couloir boueux.
FaitProbable
Ultimes pourparlers : ils n’aboutissent à rien
Des hérauts vont et viennent entre les deux camps. On rapporte que les Français réclament que le roi d’Angleterre renonce à la couronne de France, et que celui-ci, de son côté, demande le libre passage vers Calais. Aucune des parties ne cède. Les parlements se rompent ; chacun retourne à sa bannière. Le combat paraît désormais inévitable.
DépêcheProbable
L’Anglais avance le premier pour provoquer le tir
Voyant que les Français ne bougent pas, le roi d’Angleterre fait avancer tout son ost de quelque distance, jusqu’à mettre l’ennemi à portée d’arc, puis fait replanter les pieux. Aussitôt en place, ses archers ouvrent le tir. Une grêle de traits s’abat sur la première ligne française. La provocation porte : les Français s’ébranlent.
DépêcheProbable
La charge de cavalerie française se brise sur les pieux et les flèches
Aux ailes, les hommes d’armes à cheval — on en dit entre huit cents et douze cents, et beaucoup moins, semble-t-il, qu’on n’en attendait à leur poste — s’élancent contre les archers. Mais le terrain gorgé d’eau étouffe l’élan, et les pieux fichés arrêtent les montures. Sous une nuée de traits, cavaliers et chevaux tombent ou refusent d’avancer. La charge n’entame pas les rangs anglais.
DépêcheIncertain
Les chevaux affolés refluent sur le corps de bataille
Criblés de flèches, blessés et épouvantés, nombre de chevaux font volte-face et refluent en désordre sur l’avant-garde française qui s’avance à pied. Le repli des montures jette le trouble dans les rangs serrés et piétine la première ligne avant même qu’elle ait joint l’ennemi.
DépêcheProbable
Le corps de bataille s’enlise dans la boue sous la grêle de traits
L’avant-garde française, à pied et pesamment armée, marche vers l’ennemi sous une pluie continue de flèches. Mais le bourbier engloutit les pas : on s’enfonce jusqu’aux jambes, on avance à grand-peine, le souffle court sous le harnois. Pressés par les lignes qui suivent, les hommes s’entassent dans un champ trop étroit où nul ne peut plus lever le bras. Ce qui devait être un choc se mue en cohue.
DépêcheProbable
La mêlée tourne au massacre des Français entassés
Dans cet entassement, les archers anglais, leurs traits épuisés ou inutiles à si courte distance, jettent l’arc et tombent sur les Français à la hache, à l’épée, à la masse. Les Français, embourbés et pressés les uns contre les autres, ne peuvent ni manœuvrer ni fuir. Les corps s’amoncellent. On commence, de part anglaise, à prendre des prisonniers de marque parmi les seigneurs renversés.
RumeurIncertain
Alerte sur les arrières : on tue une part des prisonniers
Le bruit court qu’une attaque a été portée sur les bagages et les arrières du roi d’Angleterre, et qu’il aurait alors ordonné de mettre à mort une partie des prisonniers déjà pris, par crainte qu’ils ne se ressaisissent et ne reprennent les armes dans son dos. Le fait est rapporté de plusieurs bouches, mais le nombre de ceux qu’on aurait ainsi égorgés demeure inconnu, et nul ici ne saurait le dire avec certitude.
Note de la rédactionIncertain
Note de la rédaction sur la mise à mort des captifs
Nous rapportons cette mise à mort de prisonniers sans la farder : si elle a bien eu lieu, c’est un acte cruel, contraire à l’usage qui veut qu’on rançonne un chevalier pris. La seule raison qu’on en donne sur le champ est la peur d’un retour offensif sur les arrières dégarnis. De son ampleur, de son ordre exact et du sort de chaque captif, nous n’avons pour l’heure que des récits qui se contredisent.
FaitConfirmé
À la nuit tombante, déroute française et champ jonché de morts
Comme la lumière baisse, les derniers corps français qui demeuraient en arrière se débandent sans avoir vraiment combattu. Les combats cessent. Le champ, entre les deux bois, est jonché de morts et de blessés enfoncés dans la fange. Les gens du roi d’Angleterre tiennent le terrain. La déroute des Français est entière.
AnalyseIncertain
Le décompte des pertes demeure confus
Au soir, nul ne peut donner de compte assuré. On dit la mortalité française très lourde — plusieurs milliers d’hommes d’armes et quantité de grands seigneurs tués ou pris —, mais les chiffres avancés varient du simple au multiple selon qui les rapporte. Du côté anglais, les pertes sont dites faibles ; certains les disent presque nulles, d’autres parlent de plusieurs centaines, et ces récits se contredisent. Il faudra des jours pour démêler le vrai du bruit.
Article Wikipédia (FR) consulté pour le déroulé : disposition entre les bois d’Azincourt et de Tramecourt, sol détrempé, pieux des archers, pourparlers, avance anglaise, échec de la charge de cavalerie, enlisement de l’avant-garde, mise à mort de prisonniers, fin des combats ; fourchettes d’effectifs et de pertes (chiffres très débattus selon les chroniqueurs).
Article Wikipédia (EN) consulté en recoupement sur les effectifs contestés et la question des pertes anglaises tenues pour incertaines et contradictoires.
editorial-reconstruction
Reconstitution éditoriale — « Les Échos du Passé »
Les formulations à chaud de ce direct imitent le compte rendu d’un témoin du jour même : elles ne livrent que ce qui pouvait être su sur le terrain le 25 octobre 1415, dates et lieux vérifiés, l’incertain rangé comme tel.