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Direct — 24-26 août 1944 : la libération de Paris, heure par heure

Nous actualisons au rythme des nouvelles venues des barricades, du Meurice, de Montparnasse et de l’Hôtel de Ville.

En cours 24-26 août 1944 Paris

Des chars français franchissent les portes du sud

Un détachement de la 2e division blindée, commandé dit-on par le capitaine Raymond Dronne, vient de pénétrer dans Paris par le sud — l’entrée dans la ville étant signalée autour de 20h41, avant que l’avant-garde ne pousse vers l’Hôtel de Ville. Les premiers récits hésitent sur le point d’entrée : on parle de la Porte d’Italie pour les uns, de la porte de Gentilly pour les autres. Le gros de la division ne suit pas encore : ce ne sont, pour l’heure, qu’une poignée de blindés lancés à travers la ville insurgée.

L’avant-garde atteint l’Hôtel de Ville

L’avant-garde — la 9e compagnie, dite « La Nueve », où l’on compte une forte majorité de républicains espagnols (quelque 146 hommes sur 160, selon les chiffres qui circulent) — aurait atteint le parvis de l’Hôtel de Ville aux alentours de 21h22 — d’autres récits avançant plutôt 22h20. L’heure exacte nous est rapportée diversement et reste à confirmer. Les half-tracks portent des noms de batailles d’Espagne. Les premiers résistants les entourent.

Les cloches de Paris se mettent à sonner

À l’annonce de l’arrivée des chars, les cloches de la capitale sonnent à la volée. Le bourdon de Notre-Dame donne le signal, repris d’église en église. Dans les rues, aux fenêtres, on s’appelle, on pleure, on chante. Radio-Paris s’est tue ; c’est la radio de Londres et la rumeur des barricades qui portent la nouvelle.

La nuit reste dangereuse

Que l’on ne s’y trompe pas : le gros de la division Leclerc n’est pas encore entré, les points d’appui allemands tiennent toujours dans la ville, et nul ne sait ce que fera la garnison du Gross-Paris. Les barricades demeurent en armes. Nous écrivons d’une cité encore disputée, où une avant-garde n’est pas une délivrance.

Entrée massive de la 2e DB et de troupes américaines

Au petit jour, le gros de la 2e division blindée pénètre dans Paris par plusieurs portes, appuyé par des éléments de la 4e division d’infanterie américaine. Les colonnes se déploient vers les points d’appui où les Allemands se sont retranchés : l’hôtel Meurice, rue de Rivoli ; le palais du Luxembourg et le Sénat ; l’École militaire ; la place de la Concorde. La foule sort dans les rues malgré les balles.

Combats de rue aux points d’appui

On se bat dur autour des derniers réduits allemands. Des blindés tirent à bout portant sur les façades barricadées ; des FFI se glissent par les toits et les caves. Concorde, Tuileries, Luxembourg : autant de foyers où le combat fait rage. Les pertes, des deux côtés et parmi les civils pris entre les feux, ne sont pas encore connues.

Von Choltitz capturé à l’hôtel Meurice

Le général von Choltitz, gouverneur du Gross-Paris, vient d’être fait prisonnier à l’hôtel Meurice, son quartier général, enlevé après un assaut. Jusqu’à cette heure, on ignorait s’il ferait sauter ponts et monuments, comme l’ordre lui en avait été donné ; sa capture met fin à cette attente angoissée. On ne sait rien encore des raisons de son attitude.

La capitulation de la garnison est signée

Conduit au quartier général, von Choltitz aurait signé l’acte de reddition de la garnison allemande de Paris. Cette première signature — du côté du Meurice et de la Préfecture — serait intervenue au milieu de l’après-midi, autour de 14h45, la contresignature à la gare Montparnasse, au PC de Leclerc, lui étant postérieure (vers 15h30) ; nous donnons ces heures sous réserve, car les récits divergent. L’ordre de cesser le feu doit être porté aux points d’appui qui résistent encore ; tous ne l’ont peut-être pas reçu.

Double cérémonie : Préfecture, puis gare Montparnasse

La reddition donne lieu à une double cérémonie. À la Préfecture de police, tenue par les FFI depuis le 19, puis à la gare Montparnasse, où le général Leclerc a établi son poste de commandement. Là, le colonel Rol-Tanguy, chef des FFI d’Île-de-France, contresigne l’acte aux côtés de Leclerc.

Qui a libéré Paris ? La querelle de la signature

Cette contresignature de Rol-Tanguy, à côté de celle du général de l’armée régulière, n’est pas un détail. Elle pose à chaud une question qui divise : qui a délivré la capitale ? L’armée venue du dehors, ou le peuple insurgé et ses FFI, qui se battent depuis six jours derrière les barricades ? Les tendances de la Résistance, entre gaullistes et communistes, n’en font pas la même lecture. Rien n’est tranché.

De Gaulle à l’Hôtel de Ville : « Paris libéré ! »

Le général de Gaulle est arrivé à l’Hôtel de Ville, où l’attendaient le Conseil national de la Résistance et le Comité parisien de la Libération. Devant la foule, il a prononcé une allocution dont chacun reprend déjà la formule : « Paris ! Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré ! » — Paris libéré, a-t-il ajouté, par son peuple avec le concours des armées de la France.

Un aparté que l’on rapporte

On rapporte, sans que nous puissions en garantir les termes, qu’avant de paraître au balcon le général aurait eu un bref échange avec Georges Bidault, président du CNR, qui le pressait de proclamer la République. De Gaulle s’y serait dérobé, jugeant la République jamais abolie. Nous donnons l’anecdote pour ce qu’elle est : un propos d’antichambre, rapporté de seconde main.

La flamme ranimée sous l’Arc de triomphe

Place de l’Étoile, le général de Gaulle ranime la flamme sur la tombe du Soldat inconnu, sous l’Arc de triomphe. Autour de lui, Leclerc, les chefs de la Résistance, les officiels du gouvernement provisoire. Puis il s’engage à pied dans la descente des Champs-Élysées, vers la Concorde.

Une foule immense sur les Champs-Élysées

On n’a pas mémoire d’une telle marée humaine. Des centaines de milliers de Parisiens pressent l’avenue de l’Étoile à la Concorde, débordent les trottoirs, grimpent aux arbres et aux réverbères pour voir passer le cortège. Le général marche en tête, dépassant tout le monde de la taille, refusant la voiture.

Des coups de feu sur la foule, place de la Concorde

La fête a viré à la panique. Des coups de feu ont éclaté place de la Concorde sur le cortège et la foule, jetant chacun à terre ou contre les murs. D’où venaient-ils ? Nul ne le sait. On parle de tireurs postés aux fenêtres, on accuse tour à tour les uns et les autres : à cette heure, l’origine de la fusillade demeure un mystère, et nous nous garderons de la désigner.

Fusillade à Notre-Dame, Te Deum écourté

Le cortège a gagné Notre-Dame pour un Te Deum d’action de grâces. À peine le général entré, tandis que l’assistance entonnait un Magnificat, des coups de feu ont de nouveau crépité, sur le parvis et jusque dans la nef, semant l’affolement parmi les fidèles couchés entre les chaises. La cérémonie a été écourtée. Là encore, on ignore qui a tiré et d’où ; les versions se contredisent.

Premiers bilans, donnés sous toute réserve

Tandis que Paris pavoise, on commence à mesurer le prix payé. Les chiffres qui circulent sont fragmentaires et contradictoires : on évalue les pertes des FFI entre 800 et 1 600 tués, celles de la division Leclerc à environ 71 morts et 225 blessés, les morts civils à quelque 582 et les blessés à près de 2 000. Du côté allemand, on parle de plusieurs milliers de morts et d’une douzaine de milliers de prisonniers. Nous les donnons pour des estimations, non pour un bilan.

Paris délivré, mais la guerre continue

Que la liesse ne masque rien : Paris est libéré, l’Allemagne ne l’est pas. Le combat se poursuit à l’est, des poches ennemies tiennent encore en France, et l’on s’attend cette nuit même à des représailles aériennes sur la capitale. Nous fermons ce direct sur une ville en fête et en armes, sans rien préjuger de ce qui vient.

Pour comprendre le direct

Sources historiques utilisées

secondary

Libération de Paris

Synthèse encyclopédique de référence (chronologie, acteurs, chiffres).

secondary

Liberation of Paris

Version anglophone, utile pour les heures et la composition des unités.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — fil en direct

Les formulations « à chaud » de ce direct imitent un média de la fin août 1944 : elles ne reposent que sur ce qui était connaissable au jour le jour. Heures, toponymes et bilans sont donnés sous réserve, conformément aux sources ci-dessus.