← Retour à l’édition du jour Direct historique

L’assaut final : Jérusalem, 15 juillet 1099

Fil tenu sur place, au pied du rempart nord puis dans la ville. Après cinq semaines de siège, la tour de Godefroy de Bouillon a atteint la muraille ce matin. Les défenses ont cédé, la Ville sainte est prise. Les heures et l’enchaînement sont reconstitués à chaud, à recouper.

Fil du jour — récit à chaud, en cours d’établissement 1099-07-15 Devant et dans Jérusalem

Ce que ce fil est, et ce qu’il n’est pas

Nous écrivons à la suite de l’ost, embarqués depuis Antioche, et rapportons ce que nous voyons et ce qu’on nous rapporte. Le tumulte d’un assaut ne se laisse pas mesurer à l’horloge : les repères de temps ci-dessous — l’aube, le matin, le milieu du jour — sont approximatifs, tirés de ce que chacun a pu retenir. Sur l’ordre exact des faits comme sur le nombre des morts, nous serons prudents et le dirons quand nous ne saurons pas.

La tour de Godefroy touche la muraille, au nord

Dans la nuit du quatorze au quinze, les gens du duc Godefroy de Bouillon ont démonté et déplacé leur grande tour de bois, la portant contre un point du rempart nord jugé moins garni de défenseurs. Ce matin, la machine a été poussée jusqu’au pied de la muraille. Aussitôt l’échange de traits a commencé, dense, et le feu avec : des pots enflammés, de l’étoupe poissée, tout ce qui peut brûler le bois de la tour. Les nôtres ont tendu des peaux fraîches, mouillées, contre l’incendie, et jettent de l’eau sans relâche.

Le duel du feu au pied du rempart

Un long moment, rien ne bouge que la fureur des tirs. De la muraille pleuvent flèches, pierres et matières ardentes ; de la tour et des machines de siège répondent les arbalétriers et les frondeurs. On voit la fumée monter des deux côtés. Le sort de la journée tient à peu de chose : si la tour prend feu avant d’avoir jeté ses hommes sur le mur, l’assaut est perdu.

Les défenses du nord cèdent, une passerelle est jetée sur le mur

Les défenseurs du rempart nord ont fléchi sous la pression continue. Du sommet de la tour, on a abattu une passerelle — un pont de bois, dit-on tiré du bélier même — sur le chemin de ronde. Les premiers Francs sont passés de la tour au mur. On nomme déjà, parmi les premiers montés, des chevaliers de la suite du duc ; les récits varieront sur qui posa le pied le premier. Une fois la tête de pont tenue, d’autres ont suivi et se sont répandus le long du rempart.

Dans la ville : une porte ouverte du dedans

Les nôtres, maîtres d’un pan de muraille, sont descendus dans la ville et ont gagné une des portes, ouverte de l’intérieur ; par là s’est engouffré le gros de l’armée. Les défenses se sont effondrées d’un coup. Ce ne sont plus des murailles que l’on force mais des rues que l’on dispute, maison après maison. La garnison et les habitants en armes refluent vers le sud et l’est de la ville.

La Tour de David se rend à Raymond de Saint-Gilles

La citadelle — ce que l’on appelle ici la Tour de David — n’a pas été emportée d’assaut. Le gouverneur de la place, que l’on nomme Iftikhâr ad-Dawla, s’y était retranché avec les siens. Il a traité avec le comte Raymond de Saint-Gilles, dont les gens tenaient ce quartier. La citadelle a été remise ; en échange, le gouverneur et son escorte ont eu la vie sauve et un sauf-conduit pour sortir de la ville et gagner Ascalon, sur la côte. Ils auraient été escortés hors des murs.

Le pillage et le massacre de la population

La ville prise, elle a été livrée au pillage et au carnage. On a tué dans les rues, dans les maisons, et jusque sur la grande esplanade au sud-est — celle où s’élève la mosquée que les nôtres appellent le Temple de Salomon —, où une foule d’habitants et de combattants s’était réfugiée. On a tué des musulmans, hommes, femmes et enfants ; on a tué aussi des juifs de la ville. Il n’y a pas ici à adoucir la chose : la tuerie fut massive, et les vainqueurs eux-mêmes ne la cachent pas.

Un nombre de morts que nul ne peut arrêter

Combien de morts ? Nul ne le sait, et quiconque avance un chiffre précis avance plus qu’il ne sait. On parle de plusieurs milliers ; certains, dans la fièvre du jour, disent des dizaines de milliers. Ce sont des estimations à chaud, sans dénombrement possible. Nous nous en tenons à une fourchette large et refusons le chiffre unique. Tous les habitants n’ont pas péri : on rapporte des captifs, et l’on dit que des prisonniers seront rançonnés.

Le « sang jusqu’aux genoux » : une image, non une mesure

Déjà courent, dans le camp, des formules qui frappent : on dit que l’on marchait dans le sang jusqu’aux chevilles, jusqu’aux genoux, jusqu’à la bride des chevaux. Ces mots viennent de récits qui empruntent à l’Écriture ; ils disent l’horreur, non une hauteur de sang réelle. Nous les rapportons comme des images de clercs, non comme un témoignage à prendre au pied de la lettre.

Pour comprendre le direct

Sources historiques utilisées

secondary

Siège de Jérusalem (1099) — Wikipédia (français)

Déroulé de l’assaut du 15 juillet : déplacement nocturne de la tour de Godefroy vers le rempart nord, passerelle jetée sur le mur, entrée dans la ville, reddition de la Tour de David à Raymond de Saint-Gilles et sauf-conduit d’Iftikhâr ad-Dawla vers Ascalon, massacre.

secondary

Siege of Jerusalem (1099) — Wikipedia (anglais)

Recoupement de la chronologie (aube, peaux mouillées contre l’incendie, tête de pont sur le rempart nord, porte ouverte de l’intérieur), fourchette de victimes (3 000 à 70 000) et distance prise avec les formules « sang jusqu’aux chevilles/genoux ».

editorial-reconstruction

Note de reconstitution — rédaction d’Aujourd’hier

Le découpage heure par heure de ce fil est reconstitué à partir des chroniques latines (Raymond d’Aguilers, Gesta Francorum) et de leur relecture critique : les repères de temps sont approximatifs et l’ampleur du massacre reste très incertaine.