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Ivry, heure par heure : la journée du 14 mars

Recomposée après coup, d'après les récits venus du camp, la journée où l'armée du roi et celle du lieutenant général de la Ligue se sont rangées face à face dans la plaine de Saint-André, près d'Ivry.

L'armée de la Ligue a rompu ; Mayenne s'est retiré 14 mars 1590 Plaine de Saint-André, près d'Ivry (Normandie)

Les deux armées se rangent en bataille dans la plaine

Dès le petit jour, les deux armées se mettent en bataille de part et d'autre de la plaine de Saint-André, entre Ivry et Nonancourt. D'un côté, l'armée du roi de Navarre, descendue de Normandie ; de l'autre, celle du duc de Mayenne, lieutenant général de l'État royal pour la Ligue, grossie des reîtres et des lances venues des Pays-Bas. Le temps est à la bataille rangée, ce que l'on n'avait pas vu depuis longtemps entre les deux partis.

Deux armées inégales en nombre

On dit l'armée de la Ligue la plus nombreuse, forte de plusieurs milliers de gens de pied et d'une forte cavalerie, reîtres et lances des Pays-Bas compris ; celle du roi, moindre en fantassins, mais serrée et bien commandée. Les nombres qui courent d'un camp à l'autre varient beaucoup et sont à prendre pour des ordres de grandeur, non pour un compte arrêté.

Le roi place son artillerie et range ses escadrons

Le roi fait mettre ses quelques pièces de canon et couleuvrines en batterie sur le front, sous la conduite du grand maître de l'artillerie, puis dispose sa cavalerie en plusieurs escadrons, entrelardée de gens de pied et d'enfants perdus. Les maréchaux tiennent les ailes ; le roi se réserve la conduite d'un gros escadron de gens d'armes, au plus près du choc. On assure qu'il porte un grand panache blanc au casque, afin d'être reconnu des siens dans la mêlée.

Ce que l'on rapporte d'une harangue au panache blanc

On raconte, dans le camp du roi, qu'avant de lancer les escadrons il aurait parlé à ses gens, leur recommandant de garder leurs rangs et, si l'enseigne venait à leur manquer, de se rallier à son panache blanc, qu'ils trouveraient toujours au chemin de l'honneur. Ce propos court de bouche en bouche parmi les siens ; nous le donnons pour ce qu'il est, une parole rapportée et non un texte assuré.

L'artillerie du roi ouvre le feu

Le canon du roi ouvre le combat et tire dans les masses ennemies avant que les cavaleries n'en viennent aux mains. De part et d'autre, on s'ébranle ; la poudre et la fumée couvrent bientôt une partie de la plaine, et l'on ne distingue plus les corps que par leurs enseignes.

Les reîtres de la Ligue enfoncent d'abord les chevau-légers

Au premier choc, la grosse cavalerie de la Ligue, reîtres et lanciers, culbute les chevau-légers du roi et vient jusqu'aux pièces de l'artillerie. Un moment, l'affaire paraît mal engagée pour les royaux ; mais des escadrons de réserve contre-chargent et rétablissent le combat avant que la ligne ne cède tout à fait.

La grande charge de cavalerie, le roi engagé au plus épais

Le roi mène en personne la charge de son gros escadron de gens d'armes contre la cavalerie ennemie. La mêlée est confuse et sanglante ; on assure qu'un moment le roi s'y trouve fort engagé, entouré d'ennemis, et qu'il faut le secours des siens pour le dégager. C'est à cheval, l'épée à la main, qu'il aurait rallié ses escadrons et repoussé le choc.

La cavalerie de la Ligue plie, puis se débande

Passé ce moment douteux, la cavalerie de la Ligue plie et se débande. On dit tué le comte d'Egmont, qui menait les lances des Pays-Bas. Les escadrons ennemis, rompus, entraînent dans leur fuite ceux qui tenaient encore, et le désordre gagne de proche en proche l'ensemble de leur ordre de bataille.

L'infanterie abandonnée, taillée en pièces ou prise

La cavalerie enfuie, les gens de pied de la Ligue demeurent seuls sur le champ, sans appui. Le sort en est inégal selon les corps. Les Suisses mettent bas les armes et obtiennent quartier : on dit que le maréchal Biron refuse de les faire charger et reçoit leur reddition. Les lansquenets allemands, eux, sont taillés en pièces sans merci ; au camp du roi, on donne pour raison de cette rigueur leur défection de l'an passé, à la journée d'Arques, que les royaux disent leur faire payer. On parle d'un grand nombre de prisonniers, mais leur compte n'est pas encore fait.

Mayenne, Nemours et Aumale quittent le champ

Voyant l'affaire perdue, le duc de Mayenne quitte le champ de bataille et se retire à toute hâte, avec le duc de Nemours et le duc d'Aumale, vers la Seine et les places qui leur restent. On dit qu'ils gagnent Mantes, poursuivis un temps par la cavalerie du roi. Le lieutenant général de la Ligue sauve sa personne, mais laisse son armée défaite derrière lui.

Canons, cornettes et enseignes tombés aux mains du roi

Le champ demeure au roi. On lui apporte des pièces de canon prises à l'ennemi, quantité de cornettes et d'enseignes, et, dit-on, jusqu'à la cornette du duc de Mayenne et l'étendard du comte d'Egmont. Le nombre exact des drapeaux et des prisonniers se compte encore ; ce qui est sûr, c'est que la Ligue a perdu là son artillerie et ses enseignes.

Un bilan encore provisoire

Au soir, tandis que l'on relève les blessés et que l'on compte les prisonniers, les nombres qui circulent restent flottants. On parle, du côté de la Ligue, de plusieurs milliers de morts et de blessés et d'autant de prisonniers ; du côté du roi, de pertes bien moindres, quelques centaines d'hommes. Ce sont là des estimations de camp, avancées à chaud, qu'il faudra vérifier.

Une victoire sur le champ, une question laissée ouverte

Nous tenons pour établi que la bataille a été gagnée par le roi et que l'armée de la Ligue a rompu et fui. Le reste — le compte des morts, des prisonniers et des enseignes, le sort des chefs, ce que cette journée changera au blocus de Paris et à la querelle de la couronne — demeure incertain à l'heure où nous écrivons. Un champ gagné n'est pas une guerre finie.

Pour comprendre le direct

Sources historiques utilisées

secondary

Bataille d'Ivry — Wikipédia

Déroulement de la journée, dispositions des deux armées, effectifs et pertes en ordres de grandeur, butin (canons, cornettes, enseignes).

editorial-reconstruction

Reconstitution journalistique

Journée recomposée après coup, heure par heure, comme si la rédaction avait suivi la bataille depuis le camp : gros faits donnés comme établis, chiffres et détails contestés au conditionnel, harangue au panache blanc signalée comme tradition. Rien n'est préjugé de la suite.