Aux Ides de mars, heure par heure : la matinée où César tombe à la curie
Du lever du jour à la fuite des sénateurs vers le Capitole, ce que l’on rapporte, heure par heure, de la séance tenue à la curie du théâtre de Pompée.
Fil en cours — nouvelles de la curie, recueillies à chaud15 mars 44 av. J.-C.Rome, curie du théâtre de Pompée (Champ de Mars)
Note de la rédactionConfirmé
Comment nous tenons ce fil
Nous rapportons ici, dans l’ordre où elles nous parviennent, les nouvelles de la matinée. Certaines sont établies, d’autres ne sont que ce qui se dit de bouche à oreille au Champ de Mars et au Forum. Nous distinguons les deux et nommons, autant que possible, qui affirme quoi. Les présages et les songes sont donnés comme des propos qui courent, non comme des faits.
FaitConfirmé
Le Sénat convoqué à la curie de Pompée
Le Sénat doit siéger ce matin dans la curie attenante au théâtre de Pompée, sur le Champ de Mars, la Curie du Forum étant en travaux. On attend César, dictateur, qui doit y présider. Les sénateurs commencent à s’y rassembler ; des gens sont venus l’attendre.
RumeurIncertain
On dit que Calpurnia a supplié César de rester chez lui
Le bruit court dans la maison de César et jusqu’au Forum que son épouse, Calpurnia, aurait passé une mauvaise nuit et l’aurait pressé de ne pas sortir. Sur la teneur de ce songe, les récits divergent déjà. On ajoute que des sacrifices offerts ce matin auraient été jugés défavorables. Nous donnons ces propos pour ce qu’ils sont : des rumeurs, invérifiables à cette heure.
DépêcheProbable
Decimus Brutus vient chercher César
On rapporte que Decimus Junius Brutus Albinus, proche de César, s’est rendu chez lui et l’a décidé à paraître au Sénat, jugeant qu’un homme de son rang ne pouvait faire attendre les sénateurs pour des songes de femme et des présages. César se met en route vers le Champ de Mars.
RumeurIncertain
Le mot prêté au devin Spurinna
En chemin, César aurait croisé l’haruspice Spurinna, qui l’avait averti naguère de prendre garde jusqu’aux Ides de mars. On lui prête ce mot, lancé en manière de raillerie : « Les Ides sont venues. » À quoi le devin aurait répondu : « Venues, oui, mais non passées. » Le trait est joliment tourné et rapporté par plusieurs bouches ; nous le donnons comme un propos qui court, non comme une certitude.
RumeurIncertain
Un billet qu’il n’aurait pas lu
On raconte encore qu’un certain Artémidore, familier des conjurés, aurait glissé à César un billet l’avertissant du danger, en le pressant de le lire sur-le-champ ; mais que, pris dans la foule des solliciteurs, César l’aurait gardé en main sans le parcourir. Nul ne peut le confirmer : le récit vient de ceux qui l’entourent, et nous le tenons pour incertain.
DépêcheProbable
César entre dans la curie ; Antoine retenu au seuil
César est arrivé au portique de Pompée et entre dans la curie, où les sénateurs se lèvent à son approche. À l’entrée, le consul Marc Antoine aurait été retenu en conversation et tenu à l’écart de la salle. Sur celui qui l’a ainsi arrêté, les versions ne s’accordent pas : les uns nomment Trebonius, d’autres Decimus Brutus. La question reste ouverte.
FaitConfirmé
Le signal : Tillius Cimber empoigne la toge
À peine César assis, plusieurs sénateurs l’entourent comme pour le saluer. Tillius Cimber s’avance et le presse d’une requête, le rappel de son frère exilé. César la repousse ; Cimber alors saisit sa toge des deux mains et l’abaisse sur ses épaules. C’est le signal.
FaitConfirmé
Le premier coup, porté par un Casca
C’est un Casca — Publius Servilius Casca — qui frappe le premier, atteignant César près de la gorge ou de l’épaule. Le coup n’est pas mortel. César se retourne, saisit le bras de son agresseur et lui crie, dit-on, sa colère : « Casca, misérable, que fais-tu ? »
FaitConfirmé
La nuée de coups
De toutes parts, les conjurés tirent leurs armes. César, cerné, tente d’abord de se défendre, puis, voyant les poignards partout, ramène sa toge sur son visage et cesse de résister. On dit qu’il reçoit vingt-trois coups, portés en désordre, plusieurs conjurés se blessant eux-mêmes dans la mêlée.
FaitConfirmé
César tombe au pied de la statue de Pompée
César s’affaisse et tombe au pied de la statue de Pompée qui domine la salle. Le corps reste là, à terre, tandis que la curie se vide.
FaitConfirmé
Panique dans la curie, les sénateurs s’enfuient
La salle se disperse dans le désordre. Les sénateurs qui n’étaient pas dans le complot fuient la curie sans savoir s’ils sont eux-mêmes visés ; la nouvelle gagne le portique, puis la ville. Nul ne gouverne la scène en cet instant.
RumeurIncertain
Ses derniers mots : les témoignages se contredisent
Sur ce que César a dit — s’il a dit quelque chose — en tombant, les récits ne concordent pas et nous nous gardons de trancher. Selon la plupart, il n’aurait rien dit et se serait seulement voilé la tête de sa toge. Selon d’autres, apercevant Brutus parmi les meurtriers, il aurait murmuré en grec un mot que l’on traduit « toi aussi, mon enfant ? ». Nous rapportons ces versions côte à côte, sans en privilégier aucune.
FaitConfirmé
Les meurtriers gagnent le Capitole et crient la liberté
Les auteurs du coup ont quitté le Champ de Mars et montent vers le Capitole, armes encore au poing. Ils se disent libérateurs et proclament par les rues que Rome est rendue à la liberté. Mais la ville ne répond pas : boutiques closes, portes barrées, rues qui se vident. On attend, on se terre. À cette heure, nul ne sait ce qui suivra.
Récit de la conjuration, des présages, du déroulé du meurtre (23 coups, un seul mortel selon le médecin Antistius) et du mot prêté à Spurinna. Consulté sur Wikisource.
Songe de Calpurnia, rôle de Decimus Brutus, billet d’Artémidore non lu, geste de Cimber, premier coup de Casca, voile sur le visage. Consulté sur remacle.org / Wikisource.
Article de synthèse recoupant Suétone, Plutarque, Appien et Nicolas de Damas ; utilisé pour la chronologie de la matinée et le lieu (curie du théâtre de Pompée).
editorial-reconstruction
Reconstitution journalistique
Le fil est écrit comme un direct du moment, à Rome même : il ne dit que ce qui est connaissable dans l’heure et n’annonce rien de la suite politique.