Le tocsin sonne dans les faubourgs
Vers minuit, le tocsin se met à sonner de clocher en clocher et les tambours battent la générale. Dans les sections, on s’assemble et l’on s’arme.
Nous actualisons au rythme des nouvelles venues du Carrousel et de la Salle du Manège. Les heures sont approximatives et données « vers » ; les éléments non confirmés sont signalés comme tels.
Vers minuit, le tocsin se met à sonner de clocher en clocher et les tambours battent la générale. Dans les sections, on s’assemble et l’on s’arme.
Les commissaires des sections écartent l’ancienne municipalité et prennent l’autorité sur la ville. Paris, à cette heure, a deux pouvoirs.
Mandé à l’Hôtel de Ville, le commandant de la Garde nationale Mandat y trouve la mort aux approches du jour. Le commandement des forces insurgées passe à Santerre.
Au château, la revue des défenseurs tourne mal : des cris hostiles montent des rangs, des canonniers quittent leurs postes et des gardes nationaux passent du côté des sections.
Pressé par M. Roederer, magistrat du département, le roi juge la défense impossible. Roederer rapportera plus tard, dans ses mémoires (1832), avoir adjuré le roi de se rendre à l’Assemblée pour épargner le sang ; nous donnons ce propos pour une parole reconstituée de longtemps après. Le roi traverse le jardin à pied avec sa famille.
M. Vergniaud, qui préside la séance, reçoit la famille royale et l’assure que la représentation nationale défendra les autorités constituées. Le roi est placé dans une loge derrière le bureau.
Le roi parti, l’assaut s’engage. La fusillade éclate : qui, des assaillants ou des Suisses, a fait feu le premier reste indéterminé.
Les gardes suisses, en bon ordre, repoussent d’abord les assaillants et font un grand carnage dans les cours. Mais le nombre, la canonnade et l’épuisement des cartouches finissent par l’emporter.
L’ordre du roi de cesser le feu arrive trop tard et dans la confusion. Le palais est emporté, parcouru, saccagé ; les Suisses qui n’ont pu fuir sont frappés sans merci.
Sous la pression de la rue et de la Commune, l’Assemblée tranche : sur le rapport de Vergniaud, elle suspend le roi de ses fonctions — non le dépose — et invite le peuple à former une Convention nationale. Les ministres sont révoqués.
Le roi et les siens, confiés à la garde de l’Assemblée, sont logés près des Feuillants. La Commune paraît tenir la rue. Ce que décidera la Convention convoquée, nul, ce soir, ne peut le dire.
Au terme d’une journée de sang, les Tuileries ont été emportées d’assaut et le château livré au saccage. Réfugié dès le matin auprès de l’Assemblée, le roi a été cet après-midi suspendu de ses fonctions ; une Convention nationale est convoquée. Nul, ce soir, ne sait quelle forme prendra désormais le gouvernement.
Au lendemain de la journée, nous reconstituons l’assaut des Tuileries du côté de ceux qui les défendaient. Huit à neuf cents gardes suisses ont tenu plusieurs heures durant, jusqu’à manquer de cartouches. Quand le billet du roi leur ordonnant de cesser le feu est parvenu, il était trop tard : on les a trouvés désarmés au milieu du palais forcé.
Toute la nuit, le tocsin a sonné et les tambours ont battu la générale dans les faubourgs. Pendant qu’à l’Hôtel de Ville une commune sortie des sections prenait la place de l’ancienne municipalité, les colonnes des sections et les fédérés se rassemblaient vers le Carrousel. Au petit matin, le commandant de la Garde nationale était mort sur les marches de la Maison commune et un brasseur du faubourg Saint-Antoine commandait à sa place. Récit d’une nuit où Paris s’est donné des chefs et des armes.
Notice de référence recoupée pour la chronologie (tocsin de la nuit du 9-10, Commune insurrectionnelle, marche des faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marceau, mort de Mandat et prise de commandement par Santerre, revue des troupes vers 5h et défections des canonniers, départ du roi vers 8h sur les conseils de Roederer, accueil par Vergniaud à la Salle du Manège, assaut après 9h, garde suisse de ≈800-900 hommes sous le major Bachmann en l’absence du colonel d’Affry, ordre de cesser le feu arrivé trop tard, ≈300 Suisses tués et 200-400 victimes côté assaillants), ainsi que pour le vote de l’après-midi : suspension du roi et convocation d’une Convention nationale, révocation des ministres, installation de la Commune insurrectionnelle et pétitions de déchéance des sections (3 août, Pétion).
Notice consultée pour la biographie (avocat bordelais, orateur girondin) et sa présidence de la séance de l’Assemblée le 10 août 1792, lorsqu’il reçoit la famille royale puis fait adopter les décrets de suspension du roi et de convocation d’une Convention.
Notice consultée pour l’identité du commandant des Suisses (origine de Näfels, grade) et la prise de commandement en l’absence du colonel d’Affry malade. La suite de son sort, postérieure au 12 août, est volontairement écartée.
Recoupée pour la date (25 juillet 1792, connu à Paris au début d’août), l’autorité invoquée (duc de Brunswick), la rédaction réelle attribuée à des émigrés français, la menace d’« exécution militaire » et de « subversion totale » contre Paris, et l’effet inverse de l’intention : la radicalisation de la capitale. La paternité réelle du texte, débattue par les historiens, n’est pas présentée comme connue des contemporains.
Notice consultée pour l’élection de Danton au ministère de la Justice au sein du Conseil exécutif provisoire (six ministres) et sa prééminence (signature générale) comme lien entre l’Assemblée et la Commune. La formule « De l’audace… » du 2 septembre 1792 est postérieure à cette édition et n’est pas employée.
Notice consultée pour sa désignation comme représentant de sa section à la Commune insurrectionnelle (le lendemain du 10 août), son opposition publique à La Fayette et son rôle aux Jacobins. Les verbatims précis de ses discours d’août 1792 n’étant pas assurés, ses thèmes (Convention, suppression de la distinction citoyens actifs/passifs) sont paraphrasés et rangés dans les propos rapportés.
Notice consultée pour la composition du Conseil exécutif provisoire élu le 10 août 1792 et le rôle de Danton.
Recoupée pour la chronologie (nuit du 20 au 21 juin 1791, arrestation à Varennes), l’effondrement de la confiance, la fiction de l’enlèvement, la suspension provisoire puis le rétablissement du roi en juillet 1791 et le retentissement de sa déclaration laissée à Paris.
Le mot pressant Louis XVI de gagner l’Assemblée est attribué aux mémoires que Roederer publie en 1832, soit quarante ans après les faits : restitution tardive, citée comme parole rapportée et non comme verbatim assuré du moment.
Les scènes de rue et le déroulé horaire sont plausibles mais reconstitués à chaud : le détail des heures, le premier coup de feu et le bilan des morts ne sont connus que par des récits ultérieurs et souvent contradictoires. Les formulations imitent un média du moment et ne préjugent pas des suites (ni Temple, ni Convention réunie, ni République).
Notice consultée pour l’arrivée de la famille royale au Temple le 13 août 1792, le dîner servi au palais du Grand Prieur, l’installation d’abord dans la petite tour (appartement du bibliothécaire Barthélemy) faute d’aménagement de la grande tour, la description du donjon (grosse tour de quatre étages aux murs épais, flanquée d’une petite tour et de tourelles) et l’origine templière de l’enclos (établissement médiéval au temps de Saint Louis), ainsi que la mise sous garde de la Commune de Paris. Les transferts internes ultérieurs dans la grande tour, postérieurs à cette édition, sont volontairement écartés.
Notice consultée pour le soupçon d’un « comité autrichien » en 1791-1792 : terme circulant au printemps 1792, dénonciations de Basire, Chabot et Merlin, relais de Carra (Annales patriotiques) et de Brissot (discours du 23 mai 1792), lien fait avec Marie-Antoinette et l’alliance autrichienne, et épisode de la lettre de Mercy-Argenteau présentée comme preuve. L’accusation est traitée comme un soupçon non prouvé, conformément à ce que pouvaient en savoir les contemporains : rangée dans les rumeurs, jamais posée en fait.
Notice consultée pour la généalogie de la reine (fille de l’impératrice Marie-Thérèse, morte en 1780, et de l’empereur François Ier, mort en 1765 ; archiduchesse d’Autriche née à Vienne ; sœur de Léopold II, mort en mars 1792, et tante de l’empereur régnant François II) et pour les sobriquets d’époque « l’Autrichienne » et « Madame Veto ». Le sort ultérieur de la reine, postérieur à cette édition, est volontairement écarté.
Notice consultée pour le service capitulé du régiment des gardes-suisses au service du roi de France : recrutement dans les cantons catholiques et à Fribourg, troupe de langue alémanique, solde double de celle des Français, exemptions fiscales et liberté de culte garanties par les capitulations, discipline suisse propre et commandement donné en allemand, casernes de Courbevoie, Rueil et Saint-Denis. Recoupée aussi pour l’effectif et le rôle de la garde au 10 août 1792 (le gros du régiment consigné au château, un fort détachement parti peu avant vers la Normandie, le colonel d’Affry retenu malade, le commandement échéant au major Bachmann). La teneur exacte du dernier ordre royal de déposer les armes est celle de l’autographe conservé au musée Carnavalet, adressé au colonel Durler : « Le roi ordonne aux Suisses de déposer à l’instant leurs armes, et de se retirer dans leurs casernes. »
Sur la distinction établie en 1789 entre citoyens actifs et passifs, le cens des trois journées de travail, le système électoral à deux degrés et l’estimation des adultes exclus du vote.
Sur le principe du vote conditionné par le cens et les arguments d’époque opposant droit et fonction dans l’attribution du suffrage.
Sur le discours imprimé de Robespierre contre le marc d’argent, les « différences monstrueuses » entre citoyens et le caractère « anti-constitutionnel et anti-social » du cens ; référence pour les verbatims cités.
Autographe conservé au musée Carnavalet : depuis la salle du Manège où il s’est réfugié, le roi ordonne aux Suisses de déposer les armes, pendant que le combat fait rage au château. La notice situe la défense des Tuileries à quelque huit à neuf cents gardes-suisses. Pièce primaire de l’ordre de cesser le feu porté aux défenseurs.
Monographie savante de référence sur la journée, consultée sur le texte intégral (Wikisource). Elle couvre le déroulé complet : tocsin et Commune insurrectionnelle de la nuit du 9-10, mort de Mandat sur les marches de l’Hôtel de Ville et succession de Santerre, marche des fédérés marseillais (entrés fin juillet, chant de Rouget de Lisle) et des faubourgs sur le Carrousel, revue des troupes et défection des canonniers, insistance de Rœderer, procureur général syndic, à conduire le roi à l’Assemblée, traversée du jardin, accueil par Vergniaud et installation dans la loge du Logotachygraphe (« environ huit heures trois quarts »), assaut, gardes suisses, épuisement des cartouches (Durler : « Nous n’avions plus de munitions »), ordre de cesser le feu porté par d’Hervilly « de la part du roi » et billet royal, bilan approché des pertes (500 à 600 tués et blessés côté suisse, 285 relevés côté sections parisiennes), puis le décret de suspension et de convocation d’une Convention au suffrage universel indirect proposé par Vergniaud, le rappel des ministres girondins et l’adjonction de Monge, Lebrun et Danton, et le choix du Temple par la Commune contre le Luxembourg voulu par l’Assemblée.
Texte intégral du manifeste : « Déclaration de S.A.S. le duc régnant de Brunswick-Lunebourg, commandant les armées combinées de LL.MM. l’Empereur et le roi de Prusse, adressée aux habitants de la France ». Article 8 : menace, si le château des Tuileries est forcé ou s’il est fait le moindre outrage à la famille royale, de livrer Paris « à une exécution militaire et à une subversion totale ». Pièce primaire de la menace faite à Paris.
Article de référence consulté pour la fourchette des morts (comptes d’époque de 630 à 760 tués) et sa révision par l’historien Jacques Czouz-Tornare, qui la ramène à moins de 400 victimes le 10 août, plus une soixantaine lors des exécutions de septembre — appui de l’incertitude assumée sur le bilan.
Notice biographique consultée pour Danton « né à Arcis-sur-Aube, avocat au Conseil du roi », « une notabilité de quartier, mis en vedette comme président du district des Cordeliers », substitut du procureur de la Commune de Paris (6 déc. 1791) et sa nomination comme ministre de la Justice au soir du 10 août 1792.
Notice consultée pour la généalogie de la reine : « Fille de François Ier de Lorraine, empereur du Saint-Empire romain germanique, et de Marie-Thérèse de Habsbourg, archiduchesse d’Autriche, Marie-Antoinette naît à Vienne le 2 novembre 1755 » ; et le sobriquet péjoratif d’« Autrichienne ».
Texte primaire de l’article VI : « La Loi est l’expression de la volonté générale. Tous les Citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs Représentans, à sa formation. »
Notice biographique : « Georges Danton, né le 26 octobre 1759, guillotiné le 5 avril 1794, est le fils d’un procureur d’Arcis-sur-Aube » ; « Il devient avocat en 1787 » ; « En avril 1790, il fonde dans l’ancien couvent des Cordeliers, à Paris, la Société des amis des Droits de l’Homme et du citoyen » ; entrée au Conseil exécutif au poste de ministre de la Justice le 10 août 1792.
Discours imprimé de Robespierre contre le marc d’argent : « telles sont cependant les monstrueuses différences qu’établissent entre eux les décrets » ; « Cette disposition est donc essentiellement anti-constitutionnelle et anti-sociale. » ; « ce n’est point l’impôt qui nous fait citoyens ». Référence des verbatims cités par la tribune.
Texte laissé aux Tuileries par Louis XVI à sa fuite : « le roi, après avoir solennellement protesté contre tous les actes émanés de lui pendant sa captivité, croit devoir mettre sous les yeux des François… le tableau de sa conduite ». Pièce du désaveu de ce qu’il avait juré.
Notice consultée pour la conduite de la famille au Temple après le 10 août (« Louis XVI, Marie-Antoinette, le dauphin, leur fille Marie-Thérèse dite Mme Royale, et Mme Élisabeth, sœur du monarque, sont conduits au Temple »), l’origine templière de l’enclos (« C’est ici que les Templiers avaient établi le siège de leur ordre vers 1140 ») et l’enfermement dans « des chambres sordides de la petite tour ».
Récit détaillé de l’installation au Temple le 13 août 1792 : souper servi le soir, installation nocturne dans la petite tour, et description du « énorme et robuste donjon carré des Templiers, haut de plus de cent cinquante pieds, coiffé de créneaux », à quatre étages ; la grande tour étant rendue habitable par l’entrepreneur Palloy.
Notice consultée pour la fuite (« Dans la nuit du 20 au 21 juin 1791, une berline lourdement chargée s’éloigne de Paris. À son bord le roi Louis XVI, la reine Marie-Antoinette et leurs deux enfants »), l’arrestation de la famille royale, son retour ramené à Paris (« Le 23 juin au matin, la berline reprend le chemin de Paris ») et la suspension provisoire du roi (« Il est provisoirement suspendu de ses pouvoirs »).
Libellé vérifié sur Wikisource : le préambule intitule le roi « Louis, par la grâce de Dieu, et par la loi constitutionnelle de l’État, roi des Français » ; art. 2 : « La personne du roi est inviolable et sacrée ; son seul titre est Roi des Français. » Établit le changement de titre (de « roi de France et de Navarre » à « roi des Français ») et la Constitution de 1791 comme loi de l’État.
Étude savante : « le soi-disant comité autrichien est l’un des thèmes de l’imaginaire des révolutionnaires » (soupçon circulant au printemps 1792) ; dénonciation par « Merlin de Thionville, François Chabot et Claude Basire, tous membres du Comité de surveillance » ; relais du journaliste Carra (« le comité autrichien des Tuileries, le comité qui s’acharne à la perte de la France »).
Notice : « le 20 avril 1792, à Paris, sur une proposition du roi Louis XVI, l’Assemblée législative déclara officiellement la guerre au “roi de Bohême et de Hongrie” » ; premiers revers : « Face à cette coalition qu’elle n’escomptait pas, la France fit piètre figure. »
Notice sur le suffrage censitaire : « Les citoyens passifs, au nombre de trois millions, sont exclus du vote » ; « Les citoyens actifs, au nombre de quatre millions, sont appelés à se réunir » ; condition de « payer un impôt d’au moins trois journées de travail ».
Notice biographique détaillée : « Il fut reçu avocat vers 1780, à Reims, acheva son stage et vint s’essayer au barreau de Paris » ; « En 1787, il épousa Mlle Gabrielle Charpentier, dont le père était contrôleur des fermes et propriétaire d’un café » ; achat d’« une charge d’avocat aux conseils » ; établissement « cette noire maison du passage du Commerce » ; « l’Assemblée législative nomma Danton ministre de la justice, par 222 voix sur 284 votants ».