Arsouf, 7 septembre : la bataille de la forêt, heure par heure
Reconstitution de la journée du samedi 7 septembre 1191, sur la route de Jaffa
Reconstitution1191-09-07Le long de la côte, entre le camp de la veille et la ville d'Arsouf, au bord de la forêt
DépêcheConfirmé
L'ost s'ordonne avant de lever le camp
Depuis Acre, l'armée marche vers Jaffa à petites journées, serrée pour ne pas prêter le flanc à Saladin, qui la suit et la harcèle depuis des jours sans jamais livrer bataille rangée. Ce matin, le roi Richard fait ranger l'ost dans un ordre arrêté : les Templiers en tête, puis les corps d'Anjou, de Bretagne et de Poitou, le gros des Normands, des Anglais et des Français au centre, et les Hospitaliers, les plus rudement éprouvés ces jours derniers, à l'arrière-garde. Les gens de pied, arbalétriers en avant, tiennent le flanc de terre, du côté du bois ; les bagages et les malades suivent du côté de la mer, où la flotte fait route de conserve.
FaitConfirmé
La colonne s'ébranle le long de la côte
L'ost se met en marche au sortir du camp, entre la forêt d'Arsouf, qui borde la route à main droite, et la mer. On sait l'armée de Saladin proche, dissimulée dans les taillis depuis la veille au soir selon ce qu'en rapportent nos éclaireurs. Le roi et le duc de Bourgogne chevauchent sans cesse d'un bout à l'autre des rangs pour tenir la formation. L'ordre donné à tous, du premier au dernier chevalier, est de ne rompre les rangs sous aucun prétexte, quoi qu'il advienne, avant le signal.
FaitConfirmé
Les Turcs sortent du bois et donnent l'assaut
Aux cymbales, aux tambours et aux trompes, dans un vacarme et des cris tels qu'on en connaît rarement, l'armée du Sultan sort de la forêt et se rue sur notre flanc de terre. Des gens de pied, Bédouins et Nubiens à ce qu'on en dit, ouvrent le jeu à coups de javelines et de flèches, puis se retirent pour laisser passer les archers montés turcs, qui chargent au galop, décochent, et tournent bride sans jamais s'arrêter au contact. C'est leur manière ordinaire de combattre, déjà éprouvée dans les jours précédents, mais jamais avec une telle masse.
FaitConfirmé
L'arrière-garde plie sous le nombre
La pression la plus rude tombe sur les Hospitaliers, qui ferment la marche et se trouvent pris à la fois de flanc et de dos. Leurs gens de pied en sont réduits à marcher à reculons pour garder le bouclier tourné vers l'ennemi. Sous nous, les chevaux tombent par dizaines, tués à coups de flèches sans qu'on puisse répondre autrement qu'à l'arbalète, l'ordre du roi étant de tenir la ligne et d'endurer sans charger. Plus d'un, dans les rangs, dit tout haut qu'on ne pourra souffrir cela longtemps.
DépêcheProbable
Le roi tient bon : pas de charge avant le signal
Le maître de l'Hôpital, messire Garnier de Naplouse, presse le roi à plusieurs reprises de le laisser charger, faisant valoir que ses gens ne peuvent plus tenir sous une telle grêle de traits. Le roi refuse encore : il veut que toute l'armée charge d'un seul élan, au signal de six sonneries de trompe, et non par corps séparés qui s'épuiseraient l'un après l'autre sans emporter la décision. Le dessein est hardi, mais dans le vacarme des tambours et des cymbales de l'ennemi, plus d'un doute que le signal, une fois donné, puisse seulement s'entendre.
DépêcheProbable
La charge part d'elle-même, puis se fait générale
La chose que l'on redoutait arrive : n'y tenant plus, le maréchal de l'Hôpital et des chevaliers de son corps, dit-on, avec un chevalier anglais de la maison du roi, forcent le pas entre les fantassins en criant « Saint-Georges ! » et se jettent sur les Turcs. Les Français qui marchaient devant eux s'élancent aussitôt à leur suite, entraînés par cet exemple. Voyant la chose faite et ne pouvant plus la retenir, le roi fait sonner sur-le-champ le signal de la charge générale, et toute la ligne s'ébranle à son tour, du dernier rang jusqu'au premier, les gens de pied ouvrant leurs rangs pour laisser passer les chevaliers.
FaitProbable
L'armée du Sultan rompt et se débande
Le choc est rude et l'aile droite de l'armée turque, déjà mêlée au corps à corps, se défait en peu de temps. On rapporte, de ceux qui ont pu s'approcher le plus près, que Saladin lui-même ne serait resté entouré que d'une poignée des siens, le reste de son armée fuyant de tous côtés vers le bois. Nul, de ce côté-ci, ne saurait dire avec certitude le nombre des morts turcs ; on parle de plusieurs milliers et de nombreux émirs tombés, mais ce sont là des chiffres de bataille, à prendre pour ce qu'ils valent.
FaitConfirmé
Un corps ennemi revient à la charge : mort de Jacques d'Avesnes
L'affaire n'est pas finie : un corps de la garde du neveu du Sultan revient sur notre flanc et engage un second choc, que le roi brise par une nouvelle charge. C'est dans cette reprise du combat que meurt le seigneur Jacques d'Avesnes, l'un des plus vaillants barons francs de cette croisade, entouré et abattu sous le nombre. On dit dans les rangs qu'il aurait terrassé de sa main nombre de cavaliers turcs avant de tomber ; le chiffre exact qu'on en donne appartient au registre du bruit de bataille plutôt qu'à celui du fait assuré.
AnalyseProbable
Le roi retient la poursuite et ramène l'ost au camp
Une troisième charge disperse ce qui restait de rangs ennemis dans les broussailles et les collines boisées. Le roi, se gardant de l'erreur qui a coûté cher à d'autres devant des Turcs habiles à feindre la fuite pour mieux revenir, refuse de pousser l'ost trop avant à leur poursuite et ramène ses gens vers Arsouf, où les fantassins avaient déjà dressé le camp durant le combat.
DépêcheProbable
Ce que l'on compte, ce soir, sous les tentes
Les pertes de notre côté se comptent par centaines, sans qu'on puisse encore en arrêter le chiffre exact ; celle de messire Jacques d'Avesnes pèse plus lourd que bien des noms. Du côté du Sultan, on ne dispose que d'estimations données par nos gens, à prendre comme des ordres de grandeur et non comme un compte assuré. Ce que chacun retient ce soir, c'est que l'armée franque a tenu la ligne sous les flèches sans rompre, puis a chargé et vaincu en bataille rangée — chose qui ne s'était pas vue depuis longtemps face à ce Sultan.
Note de la rédactionConfirmé
Ce que nous tenons pour sûr, ce soir
Voici ce qui est assuré : l'ost a marché toute la journée sous le harcèlement, l'arrière-garde des Hospitaliers a le plus souffert, la charge est partie avant le signal attendu puis s'est faite générale, l'armée de Saladin a été mise en déroute, et le seigneur Jacques d'Avesnes est mort au combat. Le reste — les chiffres exacts des pertes de part et d'autre, le détail de qui a rompu les rangs le premier, ce que Saladin fera de son armée dispersée — nous le laissons en suspens ou le rapportons comme bruit de camp. Nous n'écrirons rien de la route à venir avant de la voir venir.
Ordre de marche (Templiers en tête, Hospitaliers à l'arrière-garde), harcèlement des archers montés de Saladin, discipline imposée par Richard, impatience d'un Hospitalier et du chevalier anglais Thomas Carreu déclenchant la charge, déroute sarrasine, mort de Jacques d'Avesnes, pertes franques autour de 700, pertes sarrasines autour de 7 000 (chiffre incertain).
Détail de la formation (infanterie protégeant les flancs, arbalétriers en ligne extérieure), pression particulière sur l'arrière-garde hospitalière, demandes répétées de Garnier de Naplouse, rôle de Baudouin le Carron/maréchal de l'Hôpital dans le déclenchement de la charge, échelonnement de l'assaut général, témoignage du chroniqueur Baha al-Din sur la déroute, charge de la garde de Taqi al-Din, retenue de la poursuite par Richard, mort de Jacques d'Avesnes.
editorial-reconstruction
Reconstitution éditoriale — la journée du 7 septembre 1191
La rédaction d'Aujourd'hui
Le fil des heures est reconstitué d'après les chroniques de la troisième croisade (Ambroise, Itinerarium peregrinorum, Baha al-Din). Les horaires (« vers none », « sur le midi ») sont approximatifs ; le détail exact de qui a rompu les rangs le premier et les chiffres de pertes des deux camps restent discutés par les sources et sont donnés en ordre de grandeur, non comme des faits assurés.