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En direct du Ponthieu — la bataille de Crécy

L’ost anglais s’est retranché sur la crête au-dessus de Crécy ; l’ost de France, après une longue marche, paraît en cette fin de journée. Nous rapportons heure après heure ce que les courriers et les fuyards laissent entendre du champ ; rien n’est encore tranché.

Issue inconnue 26 août 1346 Crécy-en-Ponthieu

L’ost anglais demeure rangé sur la crête

Depuis le milieu du jour, les Anglais ne bougent point. Ils se tiennent sur une hauteur au-dessus de Crécy, en trois batailles, le dos appuyé à un bois et à des pentes. On les dit reposés et nourris, ayant pris poste de longue main, là où ils ont voulu attendre.

L’ost de France paraît, au bout d’une longue marche

Les bannières de France se découvrent sur les chemins du Ponthieu. La chevalerie arrive par troupes, échauffée d’une marche qui dure depuis l’aube ; les rangs s’allongent et se mêlent sans qu’on ait pu, semble-t-il, les ordonner tout à fait.

On dit qu’on a voulu différer le combat

Le bruit court parmi les arrivants que des avis sages auraient conseillé d’attendre le lendemain, le temps de rassembler tout l’ost et de le mettre en ordre. Mais la presse des arrivants et l’ardeur des seigneurs l’auraient emporté : on ne peut plus reculer ceux qui poussent par-derrière.

Une averse traverse le champ

Une pluie soudaine et drue s’est abattue, détrempant la terre et les hommes, puis le ciel s’est rouvert. Le soleil, dit-on, donne maintenant du côté des nôtres, face aux archers ennemis postés sur la pente.

Les arbalétriers génois sont poussés en avant

Pour ouvrir le combat, on a fait avancer les arbalétriers génois au-devant de la chevalerie. Ils montent vers la crête à découvert, sans leurs grands pavois — ces boucliers derrière lesquels ils s’abritent d’ordinaire — que l’on dit restés en arrière, dans les chariots de l’arroi.

Le tir des archers anglais s’abat dru

À peine les Génois en portée, les archers anglais ont lâché leurs traits par nuées, plus vite et plus loin qu’on ne les attendait. Les nôtres y répondent mal : on rapporte que les cordes de leurs arbalètes, mouillées par l’averse, ont perdu de leur force, là où les Anglais avaient mis leurs arcs à couvert.

Les Génois plient et refluent

Accablés de traits, sans abri et sans avantage, les Génois lâchent pied et redescendent en désordre vers le gros de l’ost. Leur reflux vient heurter de plein fouet la chevalerie qui montait derrière eux.

Chevaliers et fuyards se mêlent dans la confusion

On nous dit une grande presse : les seigneurs, voyant fuir les Génois, ont voulu passer outre et donner tout de suite. Cavaliers et arbalétriers se sont pris les uns dans les autres, montures bousculées, rangs rompus avant même d’atteindre l’ennemi.

Des engins de feu, dit-on ?

Quelques fuyards jurent avoir entendu, du côté anglais, des coups pareils au tonnerre et vu fumer des engins jetant le feu sur les chevaux. Un seul, parmi ceux que nous avons pu entendre, le dit avec assurance ; les autres n’en savent rien. Nous le notons sans y croire encore.

Les charges montées se renouvellent et se brisent

La chevalerie de France revient à l’assaut de la crête, vague après vague, sans qu’on ait pu, semble-t-il, en régler l’ordre. Chaque fois, le flot des traits et la roideur de la pente paraissent rompre l’élan avant le contact. On parle de plusieurs reprises, mais nul n’en a tenu le compte.

Ce que nous pouvons dire, et ce que nous ne dirons pas

Nous reconstruisons le déroulé de la journée d’après ce que rapportent courriers et fuyards, souvent contraires. Tant que le champ n’est pas tenu et le jour revenu, nous ne proclamerons aucune victoire et n’avancerons aucun compte des morts. Les nombres que l’on nous jette — des hommes, des tués — sont des dires d’effroi : nous les donnerons en fourchettes, plus tard, ou pas du tout.

On dit la bataille du jeune prince fort pressée

Le bruit nous vient que la bataille où combat le jeune prince de Galles, fils aîné du roi d’Angleterre, a été un moment durement étreinte, et qu’on aurait porté demande de secours au roi son père. Ce que le roi aurait répondu, on le raconte de dix façons : nous n’en retiendrons aucune comme parole vraie.

À la tombée du jour, l’ost de France faiblit

La lumière baisse et, avec elle, l’ardeur des assauts. Les bannières de France refluent plus qu’elles ne montent ; on voit des chevaux sans maître errer entre les lignes. Les Anglais, eux, n’ont point quitté leur crête.

On dit de grands seigneurs tombés

De partout montent les noms de seigneurs que l’on dit morts ou disparus dans la mêlée — et l’on murmure parmi eux celui du vieux roi de Bohême, venu en allié, qu’on aurait conduit aveugle au combat. Nous ne donnons aucun de ces noms pour assuré : trop de bouches les répètent sans les avoir vus tomber.

L’ost de France rompu, le champ aux Anglais

La nuit tombée, ce qui restait de l’ost de France s’est défait et s’écoule par les chemins, en troupes éparses. Les Anglais demeurent maîtres de la hauteur et du champ. On ne sait où est passé le roi de France ni ce qu’il advient des seigneurs tombés.

Nulle paix, nul compte des morts

Le champ, dans l’obscurité, ne se laisse pas dénombrer. On parle de morts par milliers et de seigneurs par centaines ; nul ne saurait, cette nuit, en faire un compte sûr. Nous attendons le jour pour mesurer l’ampleur de ce qui s’est joué ici, et nous ne donnerons de chiffres qu’avec la plus grande réserve.

Pour comprendre le direct

À la une

Désastre en Ponthieu : la fleur de la chevalerie taillée en pièces devant Crécy

Les nouvelles nous parviennent de cinq jours, confuses et grossies de bouche en bouche, mais elles concordent sur l’essentiel : le samedi 26 août, près de Crécy-en-Ponthieu, l’ost du roi de France s’est brisé contre les Anglais retranchés sur une crête. On dit la perte affreuse, et l’on pleure déjà de très grands noms. Nous rapportons ici ce qui remonte jusqu’à nous, sans pouvoir encore en mesurer toute l’étendue.

31 août 1346, 08h009 min
Réactions

Le roi de Bohême et le frère du roi parmi les morts du Ponthieu

Les nouvelles qui arrivent de Crécy-en-Ponthieu accablent les cours d’Europe. Parmi les milliers de morts que l’on dénombre encore, les noms les plus illustres de la chevalerie française et alliée se lisent comme le registre d’un désastre sans précédent depuis des générations. Jean de Luxembourg, roi de Bohême, Charles d’Alençon, frère du roi Philippe, Louis de Nevers, comte de Flandre — ces grands seigneurs ne reviendront pas. La liste s’allonge de jour en jour.

3 septembre 1346, 08h005 min

Sources historiques utilisées

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Bataille de Crécy — Wikipédia (FR)

Déroulé de la journée du 26 août 1346 : positions anglaises sur la crête, arrivée désordonnée de l’ost de France, averse précédant l’engagement, arbalétriers génois en difficulté, charges montées brisées, déroute nocturne. Effectifs et pertes donnés en fourchettes divergentes.

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Battle of Blanchetaque — Wikipedia (EN)

Passage en force du gué de la Blanchetaque (24 août) qui a précédé la prise de position à Crécy ; éclaire la longue marche de l’ost anglais et la poursuite française.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — « Les Échos du Passé »

Ce direct imite la couverture à chaud d’un chroniqueur du XIVe siècle posté en lisière du Ponthieu le 26 août 1346. Les heures sont médiévales et approximatives ; aucune issue n’est anticipée, aucun bilan chiffré arrêté, aucune parole n’est prêtée aux grands comme attestée. Les nombres viennent des récits et sont donnés en fourchettes.