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Acre, 18 mai : l'assaut, heure par heure

Reconstitution du vendredi 18 mai 1291 d'après les défenseurs repliés à la pointe du Temple

Reconstitution 1291-05-18 Sur les murs d'Acre, de la tour Maudite à la porte Saint-Antoine

Sur toute la longueur du mur, l'assaut général se lève

Cette nuit, il n'y a plus de sommeil dans Acre. Avant même que le jour ne point, les Sarrasins se sont ébranlés d'une mer à l'autre et pressent le rempart sur toute sa longueur à la fois, sans plus ménager un seul point. Un fracas monte de leur camp comme on n'en a pas entendu depuis six semaines : cors, timbales et tambours par centaines. On rapporte que ces tambours seraient portés sur le dos de quelque trois cents chameaux, roulant devant les rangs pour donner le pas à l'attaque. Nos gens courent aux créneaux dans le noir.

La tour Maudite est forcée

C'est à la tour Maudite, clef de l'enceinte intérieure, que le poids de l'ennemi se fait le plus lourd. Le fossé comblé et les murs minés ces derniers jours ont fait leur ouvrage : l'assaut y prend pied, et la tour, tant disputée, n'est plus tenue par les nôtres. La brèche donne aux Infidèles l'entrée du dedans des murs.

Nos gens refluent vers la porte Saint-Antoine

La tour Maudite perdue, les défenseurs cèdent le terrain pas à pas et se rabattent vers la porte Saint-Antoine, où se nouent Templiers, Hospitaliers et gens du roi. On s'y bat au coude à coude dans les rues étroites. C'est là, dit-on, que se joue à cette heure le sort de la ville.

La porte Saint-Antoine disputée pied à pied

À la porte Saint-Antoine, l'ennemi presse et les nôtres tiennent encore, mais la ligne plie. Les traits et le feu pleuvent des deux bords ; les rangs se mêlent. Chacun sent que si la porte cède, plus rien ne couvre le cœur de la place.

Le grand maître du Temple frappé sous l'aisselle

Un coup terrible court de bouche en bouche : messire Guillaume de Beaujeu, grand maître du Temple, aurait été frappé d'un trait à la porte Saint-Antoine. On rapporte qu'ayant pris à la hâte un harnois qui n'était pas le sien, il aurait levé le bras gauche, et qu'un javelot l'aurait atteint au défaut de l'aisselle, là où l'armure ne joignait pas. On le voit emporté hors de la mêlée par les siens.

Les paroles qu'on lui prête, telles qu'on les répète

On raconte — et nous le donnons pour ce que valent les récits colportés dans le tumulte, non pour parole assurée — qu'en le voyant quitter les rangs, des sergents lui auraient crié qu'il fuyait, et qu'il aurait répondu qu'il ne s'enfuyait pas, mais qu'il était mort, montrant sa blessure. Nul ne peut jurer des mots exacts ; c'est le bruit qui passe de rang en rang, et nous le rapportons comme tel.

L'issue de la journée paraît jouée

Au regard de ce que l'on voit depuis les toits et les murs du dedans, l'affaire du jour semble entendue : les Sarrasins ont franchi l'enceinte en plusieurs points et coulent dans les rues. Nos gens ne défendent plus une ligne, mais des carrefours et des maisons, en reculant vers la mer. On se garde de rien tenir pour fini, mais l'avantage a changé de camp.

La ruée vers le port et la panique

Le mot que l'ennemi est dans la ville jette les gens vers le port. Femmes, enfants, bourgeois, blessés se pressent vers les quais et les barques. Il n'y a pas assez de nefs pour tous. On rapporte déjà de vilaines choses : des patrons d'embarcation qui vendraient le passage au plus offrant, des barques chargées à couler. Dans cette presse, on dit que messire Matthieu de Clermont, maréchal de l'Hôpital, aurait tourné bride vers la mêlée pour n'y point survivre.

On dit le patriarche de Jérusalem noyé

Une nouvelle cruelle court parmi les fuyards : la barque du patriarche de Jérusalem, messire Nicolas de Hanape, aurait chaviré sous le trop-plein de gens qu'il avait voulu recueillir, et le vieux prélat s'y serait noyé avec eux. Nous la rapportons sous réserve, comme tant d'autres en ce jour de désordre, mais elle se répète de bouche en bouche.

Le repli dans le réduit du Temple, qui tient encore

Ce qui reste d'armes valides se rabat vers la pointe de l'ouest, dans le grand château du Temple qui garde la mer. Templiers, frères de l'Hôpital, chevaliers teutoniques et une foule de gens du peuple s'y entassent, et l'on dit que frère Thibaud Gaudin y a été choisi pour commander. Les portes en sont closes ; le réduit tient. Ce que demain apportera aux murs d'Acre, nul ici ne le sait, et nous n'en écrirons rien avant de le voir.

Pour comprendre le direct

Guerre

Le réduit du Temple tient encore

La ville est prise, mais tout n’est pas fini. À la pointe du couchant, le château du Temple, cerné par la mer sur trois côtés, tient encore. Vers ses quatre tours ont reflué les frères du Temple, de l’Hôpital et des Teutoniques, et des milliers de gens sans armes. Les frères se sont donné un nouveau maître, Thibaud Gaudin. Une trêve un instant offerte a été rompue dans le sang : on rapporte que des cavaliers sarrasins, entrés sous la parole donnée, se sont jetés sur les femmes, et que le maréchal du Temple, sorti pour parlementer, y a laissé la tête.

23 mai 12916 min

Sources historiques utilisées

secondary

Siège de Saint-Jean-d'Acre (1291) — Wikipédia

Déroulé de l'assaut du 18 mai 1291 : attaque à l'aube sur toute la longueur du mur, chute de la tour Maudite, repli vers la porte Saint-Antoine, blessure mortelle de Guillaume de Beaujeu (trait sous l'aisselle) et retraite dans le réduit du Temple.

secondary

Siege of Acre (1291) — Wikipedia

Rassemblement mamelouk avant l'aube, tambours portés par trois cents chameaux, issue « au-delà du doute » vers neuf heures ; prise de la tour Maudite et repli vers la porte Saint-Antoine.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — récits des défenseurs d'Acre

Le fil des heures est reconstitué d'après les chroniques de la chute d'Acre, au premier chef le récit du Templier de Tyr. Les horaires (prime, tierce, « vers neuf heures ») et l'ordre précis des faits sont approximatifs ; les paroles prêtées à Guillaume de Beaujeu et le détail de sa blessure relèvent du récit reconstitué, non du verbatim assuré.