Notre dossier du moment

Novembre 1942 : invasion de la zone libre et sabordage de Toulon

La France sous l’Occupation · Édition de Toulon · Perspective Toulon

À la une
Vue aérienne verticale de la rade de Toulon au lendemain du sabordage, 28 novembre 1942 : navires de guerre français couchés ou coulés le long des quais de l’arsenal, panaches de fumée s’élevant des coques.

Au lendemain de Toulon : une rade de carcasses, un État sans flotte

Royal Air Force, reconnaissance aérienne de la rade de Toulon, 28 novembre 1942 — domaine public (Wikimedia Commons).

Hier à l’aube, les équipages de Toulon ont détruit de leurs propres mains la flotte de haute mer. En trois semaines, du débarquement allié en Afrique du Nord à l’entrée des troupes du Reich dans l’ancienne « zone libre », Vichy a perdu son dernier territoire non occupé et son dernier instrument de force. Retour sur trois semaines qui ont vidé l’État de ses moyens.

Antoine Reverdy 28 novembre 1942 8 min
27 novembre 1942

La rade de Toulon, au matin du sabordage

Théâtre de l’attente puis de l’autodestruction : la grande et la petite rade, l’arsenal, le fort Lamalgue et la passe par où sortent les sous-marins. Les chiffres ne sont donnés qu’en ordres de grandeur, les sources divergeant.

Grandes unités perdues ≈ 3 cuirassés

Strasbourg, Provence, Dunkerque parmi les bâtiments détruits.

Total des navires plusieurs dizaines

Croiseurs, contre-torpilleurs, sous-marins, auxiliaires ; décompte non stabilisé.

Sous-marins sortis 5

Casabianca, Marsouin, Glorieux, Iris ont forcé la passe ; le Vénus s’est sabordé à l’entrée.

Bilan humain (provisoire) ≈ 12 morts, 26 blessés

Chiffres provisoires côté français.

Rapporté

Opération Lila

Deux groupes blindés allemands marchent sur l’arsenal.

Rapporté

Arrestation de Marquis

Le préfet maritime est appréhendé ; chars au fort Lamalgue vers 4 h 25.

Incertain

Ordre de saborder

Donné par radio depuis le Strasbourg ; heure non tranchée (5 h 25 / 5 h 35).

Rapporté

Explosions sur la rade

Les bâtiments coulent ou brûlent ; fumées visibles de loin.

Le décompte exact des navires n’est pas stabilisé : sous-totaux français et total anglophone (~77) ne concordent pas.

Les heures de la nuit sont approximatives.

Entretien

Le grand entretien du jour

La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.

Un officier de l’arsenal de Toulon (anonymat préservé) — personnage composite

« Nous attendons, la main sur les vannes » — entretien avec un officier de l’arsenal

Depuis le 11 novembre, la Wehrmacht occupe l’ancienne zone libre. Toulon seule demeure, par accord provisoire, une enclave « neutre » où la marine garde ses navires et ses établissements. Un officier-marinier de l’arsenal, qui requiert l’anonymat, a accepté de nous décrire ce huis clos d’attente, de discipline et de consignes — sans rien savoir, dit-il, de ce que demain réserve.

Huit jours ont passé depuis l’entrée des Allemands en zone libre. Comment cela s’est-il su, à l’arsenal ?

Vite, et mal, comme toujours. Au matin du 11, on a appris que les colonnes allemandes avaient passé la ligne dans la nuit et descendaient vers le Midi. Radio Paris a diffusé un message où l’on nous expliquait que l’armée allemande « ne venait pas en ennemie du peuple français ». Vous imaginez l’effet d’une pareille phrase sur des marins. Personne, à bord, ne s’y est trompé : ce qui se passe, c’est l’occupation de ce qui restait de libre. Sur le moment, l’angoisse a été pour la flotte. On s’est demandé si les blindés allemands ne fonceraient pas droit sur les bassins. Et puis non. On s’est arrêté aux abords. On nous a laissé la place. Provisoirement, nous a-t-on dit. Ce mot, « provisoirement », nous le retournons depuis huit jours dans tous les sens.

Lire l’entretien
18 novembre 194213 min
Consulter toutes les archives disponibles